Danakil Meets OnDubGround

Comme tout bon groupe de reggae qui se respecte, Danakil s’est toujours beaucoup intéressé au dub. En témoignent ainsi les déclinaisons dub de leurs troisième et quatrième albums, Echos du Temps et Entre les Lignes, respectivement remixés en Echos du Dub et Entre les Lignes Dub par  Manjul.

Mais cet attachement au genre créé par King Tubby ne s’arrête pas là, puisque le combo francilien a aussi participé à l’édition 2013 du Télérama Dub Festival, sous le nom de code Dubakill, autrement dit la concrétisation logique sur scène d’une aventure engagée en studio. On ne va pas se mentir, on avait beaucoup apprécié cette configuration et il nous tarde de pouvoir y être de nouveau confrontés ; cependant selon les dires de Balik, ce « side project » live n’est pas à l’ordre du jour : « Ce n’est pas que je m’en désintéresse, mais dans les deux ans qui viennent, nous allons nous concentrer sur la tournée consécutive à la sortie de l’album« .

Par conséquent, faute de projet dub sur scène, les Danakil se sont rabattus sur de la production. Et pour ce faire, ils ont confié les clés de leur dernier album La Rue Raisonne (la grosse chronique ici) à l’un des plus grands artisans de la scène dub française, j’ai nommé OnDubGround, la formation tourangelle qu’on ne vous présente plus, composée d’Olo et d’Art-X. Nul besoin d’être un expert en la matière pour comprendre que l’esprit de ce Danakil Meets OnDubGround, à paraître le 17 novembre prochain chez Baco Records, diffère sensiblement des deux premiers opus dub que Danakil a sortis. En effet, la touche roots de Manjul, s’est effacée au profit de l’approche plus digitale et moderne de la fratrie de Tours. Et c’est même d’ailleurs tout le son roots de Danakil qui subit ici une large transformation, même si le combo s’était déjà essayé à quelques genres plus rudes que le reggae sur La Rue Raisonne, en attestent « Mediatox » ou « Dis-leur ».

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Mais plus qu’un album de remix, ce Danakil Meets OnDubGround est un véritable opus à part entière, puisque de nouveaux chanteurs ont été convoqués, outre la réutilisation des voix de Danakil, Balik et Natty Jean. Et chacun des artistes a rajouté sa patte personnelle en posant ses propres lyrics.
Et plus qu’une production dub (même si celui-ci traverse l’album de part en part), ce Danakil Meets OnDubGround est en fait un concentré des influences qui bercent Olo et Art-X : l’on peut aussi écouter du trap, de l’electro, du dubstep, du hip-hop, et j’en passe.

Ainsi, par la multiplication des genres musicaux présents ici, on peut établir une analogie directe avec l’une des tueries sorties l’année dernière, j’ai nommé le puissant Double Trouble de Supa Mana (la grosse chronique ici), paru chez Brigante Records et sur lequel on retrouvait déjà un certain Olo à la co-production. En effet, les riddims sont ici très estampillés Brigante Records et d’ailleurs, de nombreux artistes du crew se retrouvent ici : Joseph Cotton, Green Cross, Adam Paris, etc…

Vous avez déjà pu découvrir le titre d’ouverture, « Echosysdub », premier extrait de l’album à avoir été présenté. Le son se fait immédiatement digital, les incursions dubstep et stepper se font remarquer tout comme une légère touche à la Major Lazer et DJ Snake dans le refrain. A noter que pratiquement seule la voix de Natty Jean a été conservée, ODG ne conservant que le gimmick de Balik, de la même manière que sur « 33 Mars » où juste un sample du chanteur de Danakil n’est présent ; et c’est Joseph Cotton qui se pose sur le riddim d’ODG pour un rub-a-dub digital très lourd, façon « Brigante Team » sur le Double Trouble de Supa Mana, et qui se conclut par un stepper bouillonnant.

Avec « Parisian Dub », malgré un skank, c’est le trap pêchu qui fait son entrée dans cet album, la dimension urbaine étant ainsi très prégnante sur ce track, notamment avec un traitement chopped & screwed (procédé de remix inventé par DJ Screw et qui consiste à ralentir le tempo d’un morceau, comme si vous ralentissiez un vinyle) sur la voix de Balik. On retrouve d’ailleurs cette technique avec « Butterflies », remix de « Papillons », pour une réorchestration très vintage qui fleure bon l’electro de Kraftwerk ou Giorgio Moroder.

Quant aux autres morceaux influencés par le hip-hop, ils sont plus d’essence boom-bap, qu’il s’agisse de « Lumière de la Mémoire », revisité en « Memories » avec un excellent melodica d’Art-X (on a même l’impression d’entendre le fameux harmonica d’Il était une fois dans l’Ouest, maintes et maintes fois samplé dans le dub et le hip-hop) ou de « J’attends la nuit, incontestablement l’un des morceaux les plus réussis de cet album, avec une combination explosive entre Miscellaneous, MC de Chill Bump, et Adam Paris, qui se posent sur un beat reggae/hip-hop à la ligne de basse très lourde digne des High Tone ou du Peuple de l’Herbe

Green Cross, autre chanteur de Brigante Records avec Adam Paris, intervient pour reprendre le « Comme Je » de Balik, en changeant les paroles mais en étant tout aussi amoureux que sur la version originale, dans un rub-a-dub très marqué par l’esprit du label sur lequel il est signé. Et c’est également à un pur track Brigante auquel nous avons droit avec un cut exclusivement instrumental du « Pars » de Danakil sur « Blow with the wind » où le vent en question est symbolisé par le melodica d’Art-X. A vrai dire, on ne se lasse jamais des ballades dub où l’on retrouve le talentueux joueur de melodica.

Les reggae addicts fréquenteurs assidus de sound system dub ne seront pas en reste, puisque quelques morceaux essentiellement orientés dancefloor, c’est-à-dire stepper, se sont glissés dans cet album. C’est le cas de « Dub Again », « Dub Of The Nation » (remix du dubstep « Mediatox ») ou de « Something », tous marqués également, de près ou de loin, par des influences digitales et electro. Mais on restera surtout sous le charme de « Something » en feat. avec un Sr Wilson en pleine forme, à l’instar d’un Jamalski qui, décidément, après des collaborations avec Stand High Patrol et Manudigital prend goût au digital made in France dans un excellent « Tell Dem » qui revisite de façon moins saccadée le « Dis-leur » originel.

L’album se conclut bien évidemment par « World Of Dub », l’hymne de la mif Baco Records et sur lequel on retrouve tous les interprètes du titre initial dans un casting prestigieux.

Danakil Meets OnDubGround ou comment le roots rencontre le digital. Un album de remix est toujours un exercice périlleux surtout lorsque l’on modifie en profondeur les morceaux originaux. ODG s’en est cependant très bien sorti, apportant une nouvelle couleur et une autre dimension à l’univers de Danakil.

TRACKLIST

1. EchoSysDub
2. 33 Mars Feat Joseph Cotton
3. Parisian Dub Feat Patrice
4. Nuff Power Feat Green Cross
5. Dub Again
6. Dub Of The Nation
7.  Blow With The Wind 
8.  Something Feat Sr Wilson
9. Tell Dem Feat Jamalski
10. Butterflies
11. Memories
12. J’attends La Nuit Feat Miscellaneous & Adam Paris
13. World Of Dub

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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