City Kay – Mad Men

Les City Kay sont un peu des ovnis au sein de cette très prolifique et très créatrice scène reggae/dub française. On les avait laissés avec la sortie de leur excellent et dernier album Daystar (la grosse chronique ici), paru en 2015. Depuis, ils ont enchaîné les dates et on avait notamment pu les voir au Genestival en 2016 (le gros report ici), festival au cours duquel le chanteur Jay Pharaoh nous avait accordé une interview très intéressante (voir ici) et à travers laquelle il nous exposait l’esthétique du groupe et sa vision du reggae music.

Mais justement, les City Kay jouent-ils du reggae ? A vrai dire, on s’en fout un peu, du moment qu’ils savent se faire plaisir, et nous par la même occasion. Jay Pharaoh était d’ailleurs formel à ce sujet lors de l’interview : « d’une certaine manière notre structure est et sera toujours du roots, ce n’est que l’habillage qui évolue. On revient à ce que faisaient par exemple les Black Uhuru, qui étaient parmi les premiers à apporter des machines« . Ainsi, City Kay est bel et bien un groupe de reggae, il cherche simplement à le faire évoluer. On peut par conséquent rapprocher le combo des activistes de la scène dub live des années 2000 (Jay Pharaoh a notamment travaillé avec Zenzile sur l’album Electric Soul), mais aussi de Stand High Patrol (surtout concernant les techniques d’enregistrement) ou de Brigante Records, le label de Biga*Ranx avec toute son esthétique vaporwave et dub champagne.

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Le vaporwave renvoie à toute une ambiance vintage et énormément influencée par les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix (films, jeux vidéos, pubs, etc…) et auquel est associé d’autres waves comme le synthwave ou le chillwave. Le morceau « Nightcall » de Kavinsky est peut-être le plus représentatif de cette vague très planante qui a cours aujourd’hui dans la musique. Manudigital nous confiait d’ailleurs l’année dernière : « aujourd’hui dans le reggae digital et dans l’électro, il y a un vrai revirement pour le vintage. Maintenant, on fait de la musique avec beaucoup de machines, après la folie de l’électro purement avec ordinateurs« .

Le nouvel EP de City Kay, Mad Men, à paraître le 24 novembre chez Baco Records, va également dans ce sens, même si les instruments ont également toute leur place dans cette production, raison pour laquelle nous faisions un parallèle avec la scène dub live qui mêlait machines et instruments, mais City Kay pousse la chose encore plus loin en fusionnant beats organiques et nappes planantes.

Souvenez-vous, il y a peu, vous découvriez « Man Cultivation Struggle » (voir ici), avec son clip rural où le travail de la terre est à la fois réalisé par les hommes et les machines et qui symbolise à lui tout seul l’univers dans lequel City Kay veut nous embarquer. Sur un beat stepper avec un skank furtif et quelques effets à la Dunbar, les City Kay s’orientent plus sur une instru digne des 80’s et ses synthés emblématiques.

Les mêmes effets à la Dunbar se retrouvent sur « Run For Your Soul » avec un Jay Pharaoh qui se pose avec un flow ragga sur une prod assez bigarrée oscillant entre le hip-hop, le dancehall, un peu de trap et toujours ses nappes de synthé en toile de fond.

Mais là où les City Kay ont le plus innové c’est sur « Throw Away Your Guns », lui aussi déjà dévoilé l’année dernière (voir ici), avec un Johnny Osbourne surprenant. Jay Pharaoh nous avait déjà prévenus dans la même interview évoquée plus haut qu’ils voulaient apporter quelque chose de neuf avec le Jamaïcain : « pour le futur album, on a préparé un feat. avec Johnny Osbourne et on l’a poussé à aller au-delà de ce qu’il était capable de faire d’habitude« . Là aussi, les nappes cloud façon vaporwave font également leur apparition où Johnny Osbourne se montre sous un autre jour avec une voix soul très aigue.

Quant au titre éponyme, il est peut-être le seul, avec « Throw AwayYour Guns »,  à pouvoir être qualifié de reggae et sûrement celui qui représente le mieux l’esprit de cet EP. Mais attention, qu’on ne s’y méprenne pas, le reggae se mélange ici subtilement au vaporwave pour un track sublime. La voix de Jay Pharaoh peut parfois être pitchée au vocoder pendant que les plages de synthé vaporwave révèlent toute leur finesse.

Cet EP Mad Men brise les frontières inhérentes au reggae music en lui apportant une touche novatrice. Il est un excellent avant-goût du futur album de City Kay, Strange Things, qui doit paraître en mars prochain, toujours chez Baco Records.

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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