Entretien avec Yoha & The Dragon Tribe

Quelques mois après avoir sorti son premier album, The Sound Of My Soul (la grosse chronique ici) et quelques jours après avoir assisté à son concert à La Cave à Musique de Mâcon (le gros report ici), nous sommes partis à la rencontre de Sofiane aka Yoha.

En effet, alors que nous avions été bluffés par la qualité de sa prestation, nous voulions en apprendre un peu plus sur l’artiste et son groupe The Dragon Tribe.

Sofiane revient sur la genèse de son expérience solo (après le duo Saï avec Williams Brutus), sur la conception de l’album ainsi que sur certains projets à venir.

Bonjour Sofiane, merci de nous recevoir au nom de La Grosse Radio. Peux-tu présenter brièvement ton projet Yoha & The Dragon Tribe ?

Ce projet est né en 2014. Les chansons étaient déjà toutes prêtes, mais on a vraiment pris le temps d’enregistrer l’album. Par contre, on n’a fait aucun concert, sachant que j’étais aussi à l’étranger durant cette période. Puis, en 2015 et 2016, on s’est consacré au mix et au mastering, et l’album est sorti en 2017.

Tu as commencé en tant que batteur, tu es maintenant plus porté sur le chant. As-tu abandonné l’instrument (bien que tu joues encore de la guitare) au profit de ta voix parce que tu avais des choses à dire ?

C’est vrai que j’ai débuté très tôt ma formation dans la musique grâce à mes parents. J’ai appris la batterie à l’âge de 4 ans, ensuite est venu le xylophone puis le piano vers 9 ou 10 ans. Et c’est à 21 ans que j’ai eu envie de me mettre à la guitare et d’écrire des chansons, lorsque j’ai trouvé une réelle et nécessaire inspiration pour cela. Le fait d’être musicien m’a permis de comprendre le rythme et la justesse et ça m’a donné quelques bases pour ensuite faire l’apprentissage du chant.

As-tu des influences particulières en ce qui concerne l’écriture ? Des poètes, des auteurs de chanson française, etc ?

Non, pas spécialement. En fait, je vais accorder plus d’importance à la musique en règle générale. Le livre, c’est la musique, et les mots, ce sont les textes. Mais ce qui m’inspire, c’est avant tout mon histoire personnelle, ce que je vois autour de moi, ce que j’observe tous les jours. Les textes proviennent de mon cœur ou de mon âme, je n’ai pas de référence particulière.

Ton album s’intitule The Sound Of My Soul et fait donc référence à l’âme. Peut-on y voir également un jeu de mots avec la soul, le genre musical ?

Non, ce n’est pas un jeu de mots. Le véritable sens de cet album, c’est vraiment le son de mon âme. Mais bien évidemment, la soul a fait partie de mon éducation musicale, puisque, avec le reggae, ce sont les deux styles que j’ai le plus écoutés dans ma vie. Et il faut dire que je suis resté assez bloqué dans les années 50, 60 et 70 ; je reconnais que ce n’est pas une qualité (rires) ! Pourtant, je n’ai rien contre les sons modernes.

                              yoha & the dragon tribe, interview, sound of my soul

Les musiciens qui t’accompagnent sur scène ont-ils participé à la composition des riddims sur l’album ?

Non. Pendant plusieurs années, on a beaucoup partagé avec Williams Brutus au sein de Saï, même si, déjà à cette époque, il écrivait ses propres textes et moi les miens. Avec le projet Yoha & The Dragon Tribe, j’ai vraiment envie d’exposer mes chansons, ma musique et réaliser mes arrangements. Quant aux musiciens, ce sont de super potes qui ont accepté de suivre la direction artistique de cet album, mais sans intervenir dans le processus de création. A la base, ils aimaient bien les maquettes et à partir de là, ils m’ont accompagné à fond sur le projet.

T’arrive t-il de faire des sets acoustiques selon les demandes des salles et des programmateurs ?

En fait, j’ai dû faire à peu près 700 concerts en acoustique jusqu’à maintenant, donc j’essaye aujourd’hui de donner la priorité au groupe. Mais il est vrai que ce serait sympa de pouvoir s’adapter à certaines formules, avec trois ou quatre musiciens par exemple. J’ai cependant envie de passer à autre chose aujourd’hui et c’est la configuration en full band qui me convient le mieux. L’objectif est maintenant de jouer le plus possible avec eux, puisque pour l’instant on n’a fait que quelques concerts, on ne s’est pas encore vraiment lancé. On commence donc à rechercher activement des dates pour le printemps et l’été prochains.

Qu’est-ce qui a poussé Boomrush Productions, importante structure dans le reggae, à être partenaire de ton album ?

Après avoir enregistré l’album, je savais pertinemment qu’il fallait bien promouvoir et défendre l’album ; la communication est l’une des parties les plus importantes dans le milieu de la musique. Dès le départ, j’ai donc fait tous les efforts possibles pour chercher des partenaires, tout en sachant que ce n’était pas évident, sachant qu’on est complètement inconnus. D’autant plus qu’à l’époque, on n’avait même pas encore fait de concerts ! Par conséquent, j’ai insisté sur le fait de sortir des clips et de promouvoir l’album bien avant sa sortie. Felix de Boomrush, qui est une super personne, a accepté de participer à la promotion et à la diffusion de The Sound Of My Soul aussi bien en France, qu’en Allemagne [Boomrush Productions est en effet un label allemand, NDLR] et qu’à travers le monde. Merci à eux !

Reggaeville a aussi soutenu le projet…

En effet, Reggaeville a diffusé le clip de « When I Play Music ». Aujourd’hui, on est à plus de 20 000 vues, c’est super cool pour nous ! La Grosse Radio aussi nous a soutenus. Merci à vous ! Beaucoup de partenaires du milieu reggae croient en ce projet. A nous maintenant de taper dedans ! (rires) Il faut qu’on continue à avancer et à nous faire connaître, même si la route est très longue.

Un certain Aziz a été producteur de l’album. Peux-tu nous parler de lui ?

C’est un monsieur que j’adore et que j’ai rencontré en 2012. J’avais pris le temps de lui faire écouter les maquettes de l’album et il a totalement adhéré. Il m’a donné un gros coup de main pour me lancer dans la production de l’album. Aujourd’hui, il est toujours là pour nous, puisqu’il est également tourneur et on va tout mettre en œuvre pour trouver le maximum de dates possibles. Encore un soutien de plus !

Abordons maintenant ton concert. Votre son est clairement inspiré des Wailers, n’est-ce pas ?

Bien sûr ! Ça sent grave les Wailers ! Dans le reggae, beaucoup de gens ne sont pas nécessairement de grand adeptes de Bob Marley, ce qui m’a surpris. Pourtant, il n’y a pas qu’un seul grand maître, que l’on pense à Ken Boothe, Burning Spear ou Peter Tosh. Mais je dois reconnaître que Bob Marley est celui qui nous a le plus frappés. Mon guitariste et moi-même avons écouté uniquement Bob Marley pendant des années et des années, de 7 à 27 ans pour être précis. C’est à cet âge-là que j’ai commencé à m’intéresser à d’autres artistes reggae. C’est la raison pour laquelle mon influence Bob Marley & The Wailers est monumentale aujourd’hui. Ils m’ont appris le groove reggae.

Justement, votre musique groove énormément. Tu es également inspiré par toute la black music en général ?

En effet, j’ai grandi avec Bill Withers, Stevie Wonder, Sam Cooke, etc, le funk avec James Brown. Reggae et groove à fond ! (rires)

Un violoncelliste était présent aussi sur scène. On n’entend pratiquement jamais de violoncelle dans le reggae. Pourquoi ce choix ?

J’aime toute la musique en général, d’une certaine manière. Laurent, le violoncelliste, avait déjà joué sur un de nos albums avec Saï. On avait également participé ensemble à un spectacle de musique et de danse. Le violoncelle est un instrument que j’aime plus que tout et Laurent permet d’apporter d’autres influences au sein de Yoha & The Dragon Tribe. Il est en quelque sorte notre arme secrète. Au début, ça peut peut-être faire peur le violoncelle et le reggae, mais quand on écoute « The Sound Of My Soul » ou « Hallelujah » ça marche ! Il faut savoir oser finalement.

A propos d' »Hallelujah », as-tu repris ce morceau afin de toucher un public extérieur au reggae ?

C’est une chanson que j’adore et que j’ai énormément chantée avant. Mon père l’aimait beaucoup également, plus que tout. Ça faisait déjà pas mal de temps que j’avais l’intention de reprendre ce morceau en reggae. J’ai aussi voulu mettre le « Jah » pour donner un aspect reggae à cette chanson très universelle par ailleurs. L’étincelle s’est créée lors d’une répétition en petit comité avec quelques-uns de mes musiciens.

Vas-tu faire d’autres reprises à l’avenir ?

Oui. Il y en a une que j’ai en tête mais je ne sais pas quand elle arrivera, je préfère donc ne pas en parler. Je pense aussi faire une reprise en français, c’est un risque, mais là aussi, il faut oser. Autrement, je vais bientôt sortir un EP.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur cet EP ?

Ce sera un EP deux titres, peut-être trois, mais pas plus. Mais ce que je veux avant tout c’est mettre le paquet sur la prise de son, le mixage et le mastering. Dorénavant, il faut que je m’aligne sur la qualité sonore d’aujourd’hui. Quand on entend Naâman ou Taïro par exemple, leurs morceaux sont très bien produits. Donc si nous aussi, on veut avoir notre chance pour être reçus, écoutés ou appréciés, on se doit d’avoir un son impeccable. Il y aura un morceau reggae/rocksteady et l’autre sera plus dub. On espère sortir ça au printemps afin de préparer l’été.

On a justement entendu un gros dub durant ton concert. Serais-tu tenté de sortir quelques versions dub de tes morceaux ?

Oui, bien sûr, mais ce qu’il manque ce sont les moyens financiers. Ce serait un vrai travail mais ça me plairait grave !

As-tu quelques dates à annoncer ?

Pour l’instant, on n’a que trois dates. Le 27 janvier, on joue au Ninkasi de Saint Romain en Gal près de Vienne, le 25 mai dans le cadre du festival Wine Note à Mâcon et le lendemain 26 mai au Sunshine Reggae Festival à Lauterbourg. Mais on est actuellement en train de démarcher le plus possible les programmateurs, les festivals, etc. On ne va rien lâcher !

Un dernier mot pour La Grosse Radio ?

Un grand merci à La Grosse Radio qui soutient les groupes aussi bien connus que ceux qui débutent comme nous. C’est important de souligner qu’il existe aujourd’hui des structures qui s’intéressent aux artistes émergents. Et heureusement. Lorsqu’on voit tous ces gros groupes et ces grosses machines qui fonctionnent, on a aussi envie d’être entendus. Je dis souvent qu’on a envie de prendre la place à personne, mais on veut quand même créer la nôtre. Merci La Grosse Radio ! J’espère qu’on se reverra en live, vous êtes les bienvenus !

Merci à toi également Yoha de nous avoir accordé cet entretien !



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