Païaka – The line

Le patois auvergnat se perd avec nos anciens malheureusement et ne subsiste pour nous différencier que les « Y » que l’on aime mettre un peu partout dont notre fameux Yaka. Et puis nous avons Païaka (là aussi du patois mais jamaicain), groupe clermontois fondé il y a quelques  années déjà et qui ont à leur actif plusieurs EP et Albums.

En décembre, le clip « many faces » annonçait le nouvel album The line qui sort ce 09 février 2018.
Pour ce nouvel opus, ils ont fait appel à Flox, artiste franco-anglais du mouvement nu-reggae et réputé outre-manche et dans l’héxagone, qui a sorti l’an dernier un album novateur, Taste of Grey. Son influence se sent sur l’album tout en gardant la patte Païaka qui a fait la renommée du groupe.
 

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On se met sur la ligne de départ en enclenchant le bouton play  pour être droit sur la ligne, « Right down the line ». Clavier discret allant crescendo, cuivres puissants dès les premières notes, batterie arrivant juste avant  une ligne de guitare parfaite et Spelim attaque de cette voix mélodieuse un titre où le chanteur nous raconte que des évènements de la vie font qu’il est de bon de faire le point, Il y parle de son enfance, de son adolescence, de l’entourage et de la voie qu’il a prise pour être ce qu’il est aujourd’hui et ce qu’il sera demain. Des blessures personnelles, toujours dans la pudeur mais qui font avancer. Un titre important de l’album et qui donne la ligne de leur musique, Tracer la route sans être forcément triste, ni joyeux, mais convaincu du chemin à prendre.

Grosse force de frappe des cuivres pour le morceau suivant, « Take it », autrement plus vivant que des synthétiseurs reproduisant froidement un instrument chaud. Le morceau est sautillant, joyeux, écrit par François le guitariste, car le groupe est vraiment collectif, soudé, et au-delà d’une bande de copains, une vraie famille. Chanson qui met dans l’ambiance, qui donnent envie de bouger.

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T-Bass nous envoie pour le morceau suivant, « old Man say », une ligne de basse ronde et hypnotique, une des signatures de Païaka, dont personne ne peut sortir indemne, des fourmis dans les jambes, envie de bouger les hanches, les cuivres et le synthé très ‘Flox’ finissent de vous achever sur ce titre qui se veut conscient, vous invitant à vivre la vie réelle et non celle virtuelle des réseaux sociaux, chronovore, et de donner de sa personne.

« Ecoute  le vent, laisse voler ton âme
Laisse le coeur parler et ton corps bouger
(…)
Plus tu donnes, plus tu  obtiens »

 

Sur « Sweet and cool » qui démarre sur un synthé électro, Spelim se livre, toujours dans cette pudeur qui le caractérise sur une autre épreuve de sa vie mais comme il le dit lui-même, tout est question de volonté, avec celle-ci, on soulève les montagnes et c’est encore mieux quand on est bien entouré.  Au delà de son épreuve personnelle, il extrapole pour parler au plus grand nombre :

« certaines personnes peuvent ouvrir les yeux pour voir
mais elles regardent n’importe quoi, comme si leur cœur était aveugle
Ce ne sont pas tes yeux ouverts qui te font voir, c’est ton ouverture d’esprit. »

une fois de plus il a les mots, il les chante, il slame, on entend même quelques mots de Flox (citant Marley) sur ce morceau d’une grande générosité.

 


Sur « Crazy », on retrouve la forte influence de Flox dans les synthés, écriture collective du texte qui nous parle de la folie du monde, de tout de qui se détruit au nom de l’argent roi, qui fait que beaucoup vendent leur âme à ce diable appelé « finance » .  De très beaux solos cuivres amenés par la batterie folle de Bapt viennent agrémenter ce titre complément fou.

« Many faces » que nous avions découverts avec le clip fin 2017 nous parle des multifacettes qu’il y a en chacun de nous, les apparences peuvent être trompeuses et les jugements trop rapides. Rien n’est tout noir ou ou blanc, c’est un 50 nuances de gris musical mais tout en couleur musicalement et vocalement.

Le son se veut plus rough (rugueux) et la voix plus grave, comme un cri pour « What a world ». L’humanité est comme un serpent dans ce qu’il peut avoir de primitif, se faufile, rampe, se cache pour attaquer sa proie. L’instinct animal est de tuer pour se nourrir mais sur Terre l’homme tue son prochain pour ses différences, parce que certains ne tolèrent pas les idées des autres et pensent avoir la ‘connaissance’, une chanson qui prend aux tripes, une colère qui a mûri suite aux évènements du Bataclan, mais qui se veut toute autant vindicative.

 


Orgue et guitare pour un titre là encore très personnel et très attachant ou chacun peut se retrouver, pour un thème pas facile, la perte d’un être cher, la voix de Spelim se veut confidentiel tout en glissant sur un cri de déchirure. Ce qu’il faut retenir, ce sont les bons moments avec nos être chers lorsqu’ils partent de l’autre côté de la rivière et se dire qu’il faut continuer pour nous, pour eux.

Une très belle histoire d’amour entre un père et un fils qui vous mettra le frisson à coup sûr.
 

Avec  » I’m free », on va dans le rouleau compresseur, la basse résonne et va résonner longtemps dans votre tête, claque comme seul peut l’imposer T-Bass, la voix de Spelim descend d’une octave. Texte court qui laisse la place à la fête, à la folie, à l’envie d’être totalement libre, peu importe le regard des autres, un appel à la danse, à se méler à leur folie dans un déchainement sans limite, le solo de Jammy est tout simplement magique, on ne voudrait jamais qu’il s’arrête !

Pour le titre « Your voice » que n’aurait sûrement pas renié un Yellowman ou un General Echo, cela se veut rub-a-dub, cela sent l’amour, le sexe, et l’équipe nous embarque dans une nuit d’été, ou une nuit chaude plutôt. Si le texte se veut plus léger, c’est un bol d’air pour tout amateur de titres comme I Roy  « Welding » ou Ken Boothe « Just another girl », etc… la vie c’est cela aussi. Et on prend son pied.

Pour le dernier morceau, on part pour un autre monde (tiens, pour les plus anciens cela pourrait rappeler un titre du groupe Téléphone), « Another Land » se veut intimiste sur la musique comme pour mieux laisser passer le message de Spelim sur ceux qui aujourd’hui ont un langage formaté, dévié par les médias sur l’immigration, dans tout ce que cela peut avoir de ridicule. Mais chaque personne nous amène la richesse de sa culture. Un merci aussi aux personnes ‘ordinaires’ qui aident des personnes ‘ordinaires’ et tout cela en devient extraordinaire. Un autre cri du cœur comme peut le scander le chanteur. Des paroles vraies, pour un groupe vrai.

 

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11 pistes bien orchestrées et interprétées, Flox en a donné la direction artistique, le mixage, le mastering et a aidé dans la conception des textes qui sont écrits principalement par Martin « Spelim », et ce, directement en anglais.

Les enregistrements ont été effectués par Paiaka et Antoine Aubert a Improve Tones Studios, Woodlarks Studio, Imago et au Studio de l’Etoile de Clermont.

L’artwork très réussi, a été imaginé par l’épouse de Spelim, Adeline, et le graphisme a été confié à Quentin Pigeat. Le livret intérieur comprend toutes les paroles de l’album, ce qui est un plus pour celui qui veut au delà d’apprendre les textes, s’en imprégner totalement.

Album de la maturité pour le groupe et comme diraient les anciens d’ici

« Mefia te, coui  de pezan ! » *
(* Méfie toi c’est du lourd !)

tracklist :
01 – Right down the Line
02 – Take it (as it is)
03 – Old man say
04 – Sweet and Cool
05 – Crazy
06 – Many Faces
07 – What a World
08 – Hey Dad
09 – I’m Free
10 – Your Voice
11 – Another Land

Pour ceux qui veulent aller les voir sur scène, invitations au voyage, à la réflexion et à la danse :

02.03 – La Moba – Bagnols sur Cèze (30)
03.03 – La Coopérative de Mai – Clermont-Ferrand (63) –
23.03 – FGO Barbara – Paris (75)
24.03 – La Batolune – Honfleurs (14)
20.04 – Kfé Quoi – Forcalquier (04)
21.04 – La Feunière – Pavie (32)
21.06 – Fête de la Musique – Besançon (25)
23.06 – Fête de la Musique – Beaurepaire (38)
24.08 – Plein Air – Flers (61)

Païaka – The Line
Disponible en CD, Vinyl et digital sur toutes les plateformes légales.
label : Flower Coast / Differ-ant
I Welcome Promotion Agency

Sortie le 09/02/2018

Photo avec l’autorisation de I’Welcom/Paiaka

Merci à Baptiste et  Martin ‘Spelim pour leur gentilesse, leur  aide et patience.
Merci à ma grand-mère Nanou pour ces quelques mots en patois

A Ezra, bébé Païaka

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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