NakSooKhaw – Optimise

La scène reggae stéphanoise est riche, immensément riche. Elle est l'une des plus emblématiques en France et, si l'on excepte les toasters et sound systems parisiens et les escapades jamaïcaines d'un Gainsbourg, elle est peut-être celle qui a vu naître le premier groupe de reggae dans l'Hexagone, à savoir les Babylon Fighters. Même Bernard Lavilliers, l'un des pionniers du reggae made in France, est lui aussi originaire de Saint-Etienne. La suite, vous la connaissez tous : Dub Inc, ASSEBrain Damage, Datune, Soul Sonics, Fedayi Pacha etc...

C'est alors qu'un petit nouveau a émergé de ce chaudron il y a quelques années. Son nom : NakSooKhaw. Formé autour du chanteur Méca, le groupe est également constitué de musiciens issus de collectifs cités plus haut, comme Datune et Soul Sonics. Et si Babylon Fighters jouait autant du reggae, que du ska, du dub, voire du punk, si Dub Inc produit autant du dancehall, que de la world ou place des breaks de metal (voir à ce propos notre interview du batteur Zigo) dans ses compos, et si Brain Damage montre autant son intérêt pour le spoken word que pour le stepper, alors NakSooKhaw suit le même chemin que ses homologues, puisqu'il est l'instigateur d'un genre qu'il appelle raggap. Par là, il faut comprendre un mélange de reggae, de ragga et de rap ; Méca ayant en effet fait ses classes dans le hip-hop. Cela est d'autant plus perceptible en live quand les Stéphanois reprennent notamment le mythique "Demain C'est Loin" d'IAM (voir le gros report du festival Verjux Saône System). Mais NakSooKhaw n'hésite pas non plus à rendre visite au dancehall, au funk et au rock afin de diversifier ses instrus.

naksookhaw, optimise, méca

Optimise, le premier album du groupe (à paraître le 9 février prochain), après avoir sorti une Naktape en 2016, est ainsi le reflet de ce mélange des genres. Optimise n'est pas un album de reggae pur et dur et l'on s'en rend compte dès l'ouverture avec "NakSooKhaw", la profession de foi du groupe à base d'ego trip dans laquelle Méca emploie explicitement le terme de "fusion" pour qualifier l'identité musicale du crew : on a en effet l'impression de se retrouver face à une instru du Peuple de l'Herbe avec des cuivres et des scratches le tout rythmé par un beat dancehall et quelques riffs de guitare bien énervés.

La suite annonce par contre des titres reggae, même si à travers "Fleur Fanée" Méca fustige la décadence du rap français : "mon capitaine dans le rap n'a jamais porté leur brassard / on n'a pas le même dossard / eux, c'est le game, c'est les dollars / c'est médiatique, ça buzze, ça marche / et le rap français perd tout espoir". Mais justement, Méca, s'il a quitté le milieu hip-hop n'est pas devenu une "Fleur Fanée", il ne se laisse pas abattre et "Optimise" "dans ce monde qui pue", comme on peut l'entendre sur le track suivant. Ce constat est le leitmotiv de cet album : nous avions déjà fait le rapprochement entre le Tout Va Très Bien... d'I Woks (la grosse chronique ici), mixé par un certain Tony Bakk de...Saint-Etienne et le contraste fait par Dub Inc entre cette "Triste Epoque" que nous vivons et notre existence qui est un "Grand Périple". NakSooKhaw prend le même chemin avec ses lyrics amères mais contrebalancées par des notes d'espoir. Preuve à l'appui, il vous suffira de visionner à nouveau le clip de "Lady Le Das" qui raconte le destin d'une prostituée décidée à ne plus se laisser exploiter.

Cette envie d'en découdre se retrouve sur "Fier" (déjà présent sur la Naktape mais arrangé différemment), un rub-a-dub électrique (toujours cette guitare aux accents rock en sourdine) avec quelques touches digitales à la Major Lazer. Le refrain est d'ailleurs clairement une référence à l'identité de Saint-Etienne : "être fier d'être un de ces fistons prolétaires, porter un maillot populaire". Rude Boy Story, le documentaire sur l'ascension de Dub Inc, faisait d'ailleurs état du parallèle entre les Verts et les auteurs de "My Freestyle" ; un personnage déclarant justement : "ils ont mouillé le maillot". NakSooKhaw mouille le maillot également dans cet album tout en choisissant les chemins de la liberté, l'un des thèmes principaux de cet Optimise.

"Free up", c'est notamment ce que chante Takana Zion dans le morceau du même nom, un one drop débordant de bonne humeur avec là encore l'"espérance" scandée par Méca. Soliaon est l'autre invité de cet album sur "Funky Vibe", un titre, vous l'aurez compris, à la croisée du reggae et du funk, surtout via les cuivres et le solo de piano qui fait bien plaisir à entendre en fin de morceau. Piano que l'on entend sur "QI-2", track étranger au reggae à la limite du rock progressif et peut-être le plus virulent, lyricalement parlant, de cet OptimiseMéca dénonce les abus de pouvoir de l'Etat dans un système où justice, police, medias sont étroitement liés pour maintenir le peuple en léthargie. Méca n'oubliera pas ainsi d'épeler plusieurs fois dans le morceau "L.I.B.E.R.T.É".

Par conséquent, l'invitation au voyage et à l'évasion, au fait de traverser les frontières marquent aussi de leur empreinte l'album. "Prendre Le Large" (on insistera encore sur un bon petit solo de guitare) et "Terre Anga" qui nous parle du Sénégal révèlent cette envie d'exploration mais aussi et surtout de rencontre et de chaleur humaine. Citant Aimé Césaire (dont on entend un extrait de discours dans le morceau) et Martin Luther, Méca incite les pays africains à s'unir pour lutter contre les ravages commis par l'Occident sur le continent. Et comme par hasard, c'est Komlan qui est venu s'incruster dans le clip. Sainté RPZ !!

Finalement, c'est par une instrumentale hip-hop que NakSooKhaw vient conclure son album avec "Par Habitude". La boucle est bouclée.

Avec Optimise, NakSooKhaw livre un premier opus bien produit, aidé en cela par un autre Stéphanois (mais d'adoption), Sam Clayton, qui avait déjà travaillé avec Dub Inc ou Brain Damage. Des textes forts et consistants qui résonnent sur des instrus majoritairement reggae avec un soupçon de hip-hop ou de funk, voilà la recette fructueuse d'Optimise. Au côté de Tours, Saint-Etienne est bel et bien the place to be aujourd'hui dans le reggae français.

TRACKLIST

01. Naksookhaw
02. Fleur fanée
03. Optimise
04. Terre anga
05. Amico
06. Funky vibe ft Soliaon
07. QI-2
08. Lady le das
09. Fier
10. Free up ft Takana Zion
11. Prendre le large
12. Par habitude

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements