King Kong – Repatriation

King Kong est l’un des artistes emblématiques de la digital era en Jamaïque. C’est d’ailleurs lui que l’on retrouve en 1986 sur la maaadd combinaison « Two Big Bull In A One Pen » en compagnie d’Anthony Red Rose sur un riddim de King Tubby, riddim auquel rendra hommage plus tard Manudigital sur « We Know Now » avec Dapatch. King Kong est justement un habitué des instrus de Manudigital, puisqu’on a notamment pu l’entendre sur son album Digital Pixel (la grosse chronique ici) avec « Manudigital Affair » ou encore sur le Turbulent (la grosse chronique ici) de Papa Style (dont Manudigital a majoritairement composé les riddims) avec « Police ».

Aujourd’hui, c’est avec d’autres Français que le Jamaïcain a décidé de collaborer, en l’occurence le label Irie Ites qu’on ne vous présente plus. De cette association a résulté un album, Repatriation, à paraître le 2 mars. Il fait suite au EP In The Old Capital sorti l’an dernier (la grosse chronique ici) enregistré chez Irie Ites dans une production strikly digital. Avec Repatriation, les artistes sont cependant allés explorer d’autres univers, bien que l’on reste dans un esprit très 80’s où le rub-a-dub instrumental des Roots Radics côtoie allègrement le digital et le dub. Et pour rester fidèle à cette ambiance vintage, King Kong s’est également entouré d’autres chanteurs emblématiques de cette période, Eek-A-Mouse, Pinchers ou encore Burro Banton.

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Les Roots Radics ouvrent justement ce Repatriation avec « Money Could A Buy » inna rub-a-dub style avec le même riddim qu’ils ont utilisé pour « Reason » de Perfect Giddimani sur son album Reggae Farm Work (la grosse chronique ici) sorti chez…Irie Ites en 2016. Pas de doute, cet album s’est fait en famille et certains des compositeurs/beatmakers de Repatriation sont des habitués de la mif Irie Ites. Pour l’essentiel (une bonne moitié des morceaux), c’est le duo néo-zélandais Naram & Art qui s’est chargé des instrus, et ça tombe bien sachant que les producteurs revisitent à leur manière tout le rub-a-dub, early dancehall, early digital, digital, dancehall, bref tout le son jamaïcain des années quatre-vingt. Même s’il s’agit de leur première collaboration avec le label du Mans, il n’en reste pas moins que leurs riddims s’intègrent parfaitement à l’esprit de cet album. Irie Ites nous assure d’ailleurs que cette association « n’est qu’un début« .
Ce sont eux qui signent la prod sur la deuxième piste, « Gwaan », à travers laquelle ils se réapproprient le rub-a-dub early 80’s des Roots Radics. Tiens, tiens…

Avec « Pree The Money », sur un riddim aux accents digitaux, les « nanana na » et autres « wo ho » font leur apparition par l’entremise du singjay King Kong ; c’est officiel, on est clairement de retour dans les 80’s et cela se ressent d’autant plus avec cette mad combination qu’est « Wake Up The Town » dans laquelle c’est Eek-A-Mouse (et ses célèbres gimmicks) qui vient prêter main forte à King Kong dans un tune qui fait justement écho au « Ganja Smuggling » d’Eek-A-Mouse. Sur un riddim rub-a-dub d’Irie Ites, qui là encore rappelle fortement la patte Roots Radics, les deux singjays nous livrent un peu d’ego trip (« we are the number one soldiers marching in the dancehall« ), mais on les comprend tellement ce morceau est capable de tout ravager sur son passage. Dans le même esprit, c’est sur un autre excellent riddim rub-a-dub d’Irie Ites, auquel s’ajoutent les cuivres de Gillles Le Cossec, que King Kong se pose en « Dancehall Teacher » et sur lequel il réitère un « we are the champion all around« . Quant à la dernière instru composée par les Manceaux, c’est en toute éloquence et avec une limpidité imparable que King Kong se permet de chevaucher le riddim sur « Rootsman Skanking » ; et une fois de plus, la légendaire section rythmique Flabba Holt/Style Scott aura fortement inspiré le label sur ce track.

Une autre section rythmique de grande classe est présente sur ce Repatriation ; nous parlons bien évidemment de Sly & Robbie qui, avec « Change », basé sur le African Princess Riddim (la grosse chronique ici), livrent un tune calibré digital et façon stepper dans une ambiance très UK dub. A ce propos, les dub addicts adeptes du son d’outre-Manche ne seront pas en reste, puisque « Old School » vient sceller la rencontre entre les deux plus grandes nations du reggae music. Russ D des mythiques Disciples a concocté un bouillant riddim (que ne renierait pas O.B.F) pour une triplette de choc jamaïcaine totalement en osmose : une pincée de voix mélodique de la part de King Kong, le flow hyper rocailleux (c’est peu de le dire !) de Burro Banton et le fast style raggamuffin de Pinchers se complètent à merveille. MAAAADDDD !!!

Et pour rebondir une dernière fois sur le dub anglais, on mentionnera le superbe titre éponyme de ce Repatriation, composé par Naram, un stepper dont l’influence de Vibronics et de Dougie Wardrop est indéniable. Profession de foi et pierre angulaire de cet album, « Repatriation » évoque l’Ethiopie, pays dans lequel s’est installé King Kong en 2007. Le singjay mentionnait déjà ce retour aux racines dans le « Manudigital Affair » de Manudigital en feat. avec Joseph Cotton et dont nous parlions plus haut où il chantait « my name is King Kong from Jamaica land, repatriated to Ethiopia » (petite piqûre de rappel ici).

Repatriation fait justement forcément référence au reggae digital, histoire pour King Kong de se replonger dans ses années de jeunesse où il travaillait avec King Tubby et son disciple King Jammy. Pour l’occasion, c’est Naram & Art qui ont composé ces instrus digitales, une sorte de revival de la digital era avec « Just A Grow », « Licky Licky » et « After Midnight » (celle-ci comportant un mix très axé dub). Pas les meilleures compositions de l’album, mais qui ont tout de même le mérite de faire en sorte que cet opus balaye un large éventail de styles.

Si vous êtes un fan du reggae des années 80, alors ce Repatriation est fait pour vous. Il sera une façon de vous rémemorer cette grande époque où règnaient, entre autres, Channel One, les Roots Radics, Gregory Isaacs, Yellowman, King Jammy, Scientist, Eek-A-Mouse et bien sûr King Kong. Le singjay nous offre ainsi avec son album un bel hommage au son qui l’a construit en tant qu’artiste.

TRACKLIST

01. Money Could A Buy
02. Gwaan
03. Pree The Money
04. Repatriation
05. Change
06. Old School Feat. Burro Banton & Pinchers
07. Just A Grow
08. Wake Up The Town Feat. Eek A Mouse
09. Rootsman Skanking
10. Dancehall Teacher
11. Licky Licky
12. After Midnight

 

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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