Entretien avec Demi Portion au festival Contraste & Couleurs

Le hip-hop et le reggae ont toujours fait bon ménage. La venue de Demi Portion au festival Contraste & Couleurs (le gros report ici) s'imposait donc comme une évidence.

C'est ainsi que nous sommes allés à la rencontre du Sétois, alors qu'il venait tout juste d'électriser le public au cours de son set et qu'il ne remonte sur scène au cours du concert de Naâman.

Nous revenons avec lui sur les liens entre reggae et hip-hop et il en profite également pour nous parler de sa Mic Session avec Jahneration (voir ici) ainsi que de futures collaborations avec d'autres artistes reggae français, et non des moindres.

Bonjour Demi Portion, merci de nous recevoir au nom de La Grosse Radio. Quelques réactions à propos du show que tu viens de donner ?

Franchement, je ne m'attendais pas à cela ! J'étais le seul rappeur de ce festival et forcément j'appréhendais un peu. Mais là, voir Demi Portion en haut de l'affiche, c'était un honneur. Il y avait un public de fou qui a pu découvrir ma musique. C'était un pur moment de partage ! Donc merci aux organisateurs d'avoir fait le choix de me programmer, tout en sachant que le rap français est tellement vaste. Je me suis régalé ! Mais une heure, c'est passé très vite !

Le Festival Contraste & Couleurs ainsi que le Reggae Sun Ska (où tu joueras également cet été) sont avant tout des événements reggae. Ressens-tu une vibe particulière à propos de ce genre de festivals ?

En fait, je suis content finalement de faire partie de ce monde-là où l'on trouve des gens qui veulent écouter du texte, peu importe le style de musique. Ça fait plaisir. On a tous un côté révolutionnaire caché, même si on essaye souvent de montrer du love et des choses positives : l'univers du reggae, c'est ce créneau-là. Par conséquent, je suis content d'être là ce soir ou de jouer au Reggae Sun Ska comme Keny Arkana. On m'avait aussi proposé le No Logo l'année dernière, mais ça n'avait pas pu se faire.

                                 contraste & couleurs, demi portion, interview

Tu viens de parler de textes. C'est quelque chose qui s'est perdu selon toi dans le hip-hop ?

D'une manière générale, oui. On n'a plus le temps de réfléchir ni d'écrire correctement, on a plus envie de danser et de consommer. Le but n'étant pas nécessairement de faire la morale, mais juste de parler, de prendre position. Mais la musique a évolué, aujourd'hui le hip-hop est devenu un business de malade, c'est l'un des genres musicaux les plus écoutés en France. Beaucoup d'artistes se retrouvent pris dans cette machine et même si ça a regressé d'un côté textuel, heureusement il y a toujours des Nekfeu, Orelsan, Georgio ou Vald qui savent très bien écrire. Finalement, il se passe beaucoup de choses dans le monde du hip-hop, comme dans le reggae d'ailleurs. Quand on voit Raggasonic revenir, c'est que tout se porte bien. Et le public est là !

A propos de Raggasonic, les instrus de leur premier album étaient tirées de vieux riddims jamaïcains. Ce soir on t'a entendu sur du Eminem ou du Cypress Hill. De la même manière que dans les sound systems reggae, as-tu fait tes classes sur des faces B ?

Tout à fait ! En 1996, on avait que des faces B. On achetait les vinyles et on était heureux d'entendre Mos Def, EPMD, DJ Premier, des classiques East Coast ou West Coast. On a écrit sur tout ça, on tapait des nuits blanches sur la même instru. On a toujours été influencé par cela. Et en effet, comme dans le reggae, ça fait partie du truc de glisser un petit clin d'œil de la bonne manière, ce n'est pas un plagiat. C'est grâce au reggae qu'on peut faire ça. En tout cas, c'est toujours un plaisir de reprendre Eminem, même si on ne sera jamais Eminem (rires).

Quant à "La Sirène", c'est un feat. virtuel avec Daddy Mory ?

Oui, carrément ! C'est une référence à Raggasonic et à "Faut pas me prendre pour un âne". C'est, Sprinter, un frérot de mon groupe, qui a lancé le refrain. C'est vrai que ça peut paraître un peu fou d'écrire "oh na na oh", sur la feuille (rires), mais ça change, c'est clair !

Peux-tu nous parler du freestyle avec Jahneration ?

Ils m'ont appelé pour me proposer une session freestyle, vu que j'en faisais déjà à la maison. J'ai accepté immédiatement après avoir écouté le son. On les avait déjà croisés en concert, ils ont une bonne vibe. Ça charbonne, ça respecte, c'est bien fait.
Ils sont venus à Montpellier pour un concert et on en a profité pour faire la vidéo. BIG UP Jahneration, Théo et Ogach !

On trouvait beaucoup de collaborations entre rappeurs et reggaemen auparavant (compilation Rapattitude, NTM & Raggasonic, IAM & Nuttea...), puis ce mouvement s'est essoufflé avant un léger renouveau (YaniSs Odua & Keny Arkana, Biga*Ranx & Biffty). Ne manque-t-on pas de feat. entre reggae et hip-hop aujourd'hui ?

Bien sûr ! Il y a eu aussi le crew One Shot pour Taxi 2. Mais c'est vrai que ça manque un peu aujourd'hui. Après, il faut dire que ça a changé, les rappeurs font tout eux-mêmes, il n'y a même plus de voix féminines comme K-Reen ou Wallen. Mais ça a quand même tendance à revenir, le feat. entre YaniSs Odua et Keny Arkana est d'ailleurs une tuerie. Et puis tout est connecté avec Internet de nos jours, les liens se font plus facilement. J'aimerais beaucoup faire une collab' avec Danakil avec qui je suis plus ou moins en contact.

Cool !

Oui, on a déjà les sons, il faut juste qu'on puisse finaliser. J'espère aussi que ça se fera avec Biga*Ranx, que j'ai rencontré il y a 2 ou 3 ans.

Un dernier mot pour La Grosse Radio ?

Merci à vous de faire découvrir et de faire tourner, vu qu'il n'y a pas beaucoup de hip-hop chez vous. Et merci aux auditeurs !

BIG UP Demi Portion ! Merci de nous avoir accordé cette interview.
Merci également à Mehdi pour avoir organisé cette rencontre.



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