Le Grand Bastringue – Cluny – 08.06.2018 (Jour 1)

C'est encore et toujours dans le magnifique cadre de l'abbaye de Cluny que s'est tenue la douzième édition du Grand Bastringue, les 8 et 9 juin derniers. Organisé par les étudiants de l'ENSAM, une école d'ingénieurs (dont les locaux se trouvent justement dans l'abbaye), le festival a en effet tout pour plaire : un site superbe et spacieux dans une localité plutôt rurale, des bénévoles efficaces et une programmation qui vaut le détour. Si cette dernière n'est pas aussi ambitieuse que celle de festivals plus gros, on peut tout de même souligner que Lee Perry, Biga*Ranx, Anthony B ou encore Danakil sont passés par Cluny les années précédentes.

Mais s'il s'agit avant tout d'un festival reggae, peut-on dire que ce cru 2018 était axé sur le genre né à Kingston ? Oui et non. Oui, pour la bonne et simple raison que les groupes qui y ont joué (Feuilles De Roots, Wailing Trees, Rakoon, Tetra Hydro K et le Woodblocks Sound System pour le premier jour) sont étiquetés reggae ou dub. Et non, puisque tous ces artistes ont un répertoire qui puise bien au-delà de cette musique. Le reggae est aujourd'hui protéiforme et Le Grand Bastringue nous l'a parfaitement démontré. Cette édition 2018 a d'ailleurs été un grand succès, puisqu'elle affichait complet avec pas moins de 3000 personnes par soir.

Nous entrons donc dans le parc de l'abbaye bercés par les sélections du Woodblocks Sound System qui nous permettent de faire oublier les quelques gouttes de pluie.

grand bastringue, cluny, 12ème

Ce sont les Haut-Savoyards de Feuilles De Roots qui ont eu l'honneur d'ouvrir le festival. Peu de monde était encore présent à 20h devant la scène pour accueillir le groupe, mais la fosse s'est remplie petit à petit au cours du concert. Toujours est-il que, grâce à leur reggae épique, les Feuilles De Roots ont fait s'arrêter la pluie.
Reggae épique, quesako ? Pour faire simple, c'est le concept du tout premier album du combo, Homme (la grosse chronique ici), sorti en mai dernier, à travers lequel il retrace l'histoire de l'humanité dans un format reggae, dancehall, electro, swing, dub, de la new wave et que sais-je encore. Feuilles De Roots est donc venu présenter cet opus avec quelques morceaux comme "Homme", "Super Jésus", "XIV", "Croisade 3.0" ou encore "Le Cabaret Doré". Le concept est légèrement revisité sur scène puisque le narrateur de l'album, Bernard Metraux (aka la voix française de Bruce Willis, hé ouais) se permet quelques incursions afin d'introduire les "tubes" du groupe comme le fameux "La Yaute En Action" ou le douloureux "Malatet". Et forcément, Feuilles De Roots conclura son show par l'inévitable "C'est Pas Fini".

Wailing Trees et Feuilles De Roots se connaissent bien, puisqu'on avait pu entendre Riwan sur l'EP Feuilles De Roots & Friends (la grosse chronique ici). Et comme les Hauts-Savoyards, le crew de Vienne aime à aller au-delà des sentiers battus du reggae. Nous dirions même plus en affirmant que Wailing Trees n'est pas un groupe de reggae. Alors certes, la trame du concert est bien évidemment marquée par ce genre mais le son du groupe serait plutôt à la croisée de Raphael Saadiq, des Beastie Boys et de The Roots. Les Wailing Trees pratiquent en effet une musique hybride (voir à ce propos notre interview de Riwan qui détaillait très bien cette idée) qui se balade entre le ska, la soul, le reggae, le funk, le hip-hop, le jazz, comme en attestent "What A Gwaan", "No One Lives Forever" ou "Tell It To The World". Le batteur utilise parfois des mailloches, pendant que Jawad, le guitariste peut se saisir du gambri, un instrument marocain, ou offrir quelques riffs punk.
Par conséquent, les Wailing Trees, avec toutes ces influences, savent groooover et, à l'image des musiciens sur leur 31 et exécutant leurs petites chorégraphies, on ne peut s'empêcher de remuer pendant leur show. Show qui se finira par l'apparition sur scène de la maman de Riwan, venue partager un moment avec tous les massives de Cluny.

Rakoon n'est pas véritablement un artiste dub non plus. A l'instar de son pote Bisou, on pourrait plutôt qualifier sa musique d'electro disco house dub digital pop, bref appelez cela comme vous voulez et rajoutez tous les substantifs possibles et inimaginables, mais ce n'est pas strickly dubwise. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard s'il figure sur le Dub To Dub, l'album de remix d'High Tone (la grosse chronique ici), le groupe qui a éclaté les codes du genre en France il y a une vingtaine d'années. Il jouera justement ce "Dirty Urban Beat" qu'on attendait tant. Il nous fera également part de sa version à lui de l'ultra célèbre "Drunken Sailor" (déjà revisité par tout le monde ou presque), repris pour l'occasion en "Dubbin' Sailor" et qui devient, sous la houlette de Rakoon, de l'irish electro dub marin. Et puis, on ne peut passer sous silence ce big bad tune qu'est "Disco Dealer", produit avec Bisou, que Rakoon a bien évidemment interprété armé de sa guitare (là est en effet toute la force de la scène dub française où les instruments tutoient les machines). Seul bémol à souligner, toujours pas de boule à facettes, mais on espère que cela arrivera vite !

Les Tetra Hydro K ont eux aussi participé à l'album de remix d'High Tone en novembre dernier. Eux aussi font partie de cette foisonnante scène dub française qui utilise machines et instruments, le saxophone dans le cas présent. Et eux aussi ne se privent pas du tout pour décloisonner le genre, puisqu'ils s'adonnent à un dub hybride, influencé par les teufs des 90's. Le public, encore présent en masse, ne s'y est pas trompé et skankait à l'unisson. Il est vrai que la saxophone apporte une réelle plus-value au son electro dub de Tetra Hydro K, qu'il s'agisse de nappes psyché ou d'envolées plus épiques (pour paraphraser un groupe cité plus haut). Quoiqu'il en soit, pour leur retour au Grand Bastringue après leur association avec Panda Dub en 2016 (le gros report ici), les Tetra Hydro K ont mis le feu au festival.

Un immense BIG UP à tous les artistes présents ce soir-là !!
BIG UP également au staff pour son organisation au top !!



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