No Logo 2018 – Jour 1

C'est désormais devenu un rituel : à l'approche du 15 août, les massives du Jura et d'ailleurs se donnent rendez-vous sur le site des Forges de Fraisans pour trois jours de partage, de musique et de convivialité. Cette année, le No Logo Festival soufflait sa sixième bougie et il n'en aura pas fallu une de plus pour qu'il devienne le premier événement reggae en France. Oui, oui, vous avez bien lu, avec plus de 40 000 personnes sur tout le week-end, le No Logo devance désormais tous ses concurrents qui, il faut le dire, sont de plus en plus nombreux au fil du temps. Le reggae en France est plus que jamais dynamique et le No Logo est la vitrine idoine de cette vitalité.

Fonctionnant toujours sans sponsors ni subventions, le festival jurassien a donc fait carton plein pour ce millésime 2018. Une édition radieuse dans tous les sens du terme, tant pour la fréquentation, que pour l'ambiance ou la météo.

Pas de modifications notables n'ont été constatées par rapport à l'édition précédente : le site est toujours divisé en trois parties : la grande scène Yann Carou, le dub corner sonorisé par les Dub Shepherds et leur sound system Clear Sound et enfin les espaces chill et restauration.
Quant au camping, il se veut lui aussi très animé de par les concerts et films qui rythment la vie du Ch'apéro.

Retour sur trois jours de musique en texte et en images.

no logo, 2018, fraisans

no logo, 2018, fraisans

no logo, 2018, fraisans

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Dès notre arrivée sur le site, on est accueilli par les sélections d'Art-X au dub corner qui officie en tant que seul représentant d'ODG, son frère Olo étant absent. Alors que les massives s'immiscent peu à peu dans la place, Art-X envoie quelques tunes sortis tout droit de leur label ODGProd dont un de Twan Tee ou encore un extrait du Musical Spaceship de Bisou sorti en début d'année.

                            no logo, 2018, art-x

Et c'est Marcus Gad qui a ouvert le festival sur la grande scène pour un concert tout en roots et en méditation. Le son de Marcus Gad est tellement hypnotique et stratosphérique qu'il ne peut laisser personne indifférent. Les morceaux durent 5 minutes ou plus histoire de bien vous transporter loin des contrées matérielles. Le public l'a bien compris, puisqu'il était déjà présent en nombre pour accueillir le premier artiste du No Logo. Accompagné de son fidèle Tribe, le Néo-Calédonien est venu nous présenter son album Chanting (la grosse chronique ici) aux teintes soul et jazzy avec notamment le titre éponyme, "Purify" ou "The Valley". De la même manière que sur l'album, les claviers sont omniprésents et nous rappelleraient presque Marcus Urani de Groundation. C'est ainsi à une véritable "Marcus Connection" à laquelle nous avons eu droit sur "Keep Cool", texte écrit par Marcus Garvey. Pour finir, Marcus Gad demandera à ce que son ami et chanteur Jean-Yves Pawoap pour le magnifique "Kanaky".

no logo, 2018, marcus gad

no logo, 2018, marcus gad

marcus gad, no logo, 2018

no logo, 2018, jean-yves pawoap

Pierpoljak hésitait sur le mot juste à employer et il a finalement opté pour "ancienne" en lieu et place de "vieille". "On a ramené des chansons anciennes" a-t-il ainsi déclaré à l'assistance, devant qui il a effectivement interprété tous ses classiques parfois entièrement ou alors en medley : une heure de set c'est court pour "jouer du reggae". Aucun titre n'a été oublié et le public non plus n'a rien oublié : il connaît par cœur les morceaux du Général Indigo, de "Pierpoljak" à "Police" en passant par "Le Mec Bien" ou "Cultivateur Moderne". Pierpoljak n'a cependant pas hésité à faire une petite entorse à ce programme en jouant le plus récent "Rub-A-Dub Music". On aura notamment remarqué la présence de Thomas Broussard à la guitare pour backer l'auteur de Kingston Karma. Pierpoljak fait partie de ces artistes sans qui le reggae hexagonal ne connaîtrait pas l'explosion actuelle et sans qui le No Logo n'existerait tout simplement pas. Un juste retour des choses qu'il fut programmé à Fraisans. Deux jours plus tard, c'est un autre pionnier qui allait fouler la scène, j'ai nommé Big Red.

no logo, 2018, pierpoljak

no logo, 2018, pierpoljak

no logo, 2018, pierpoljak

no logo, 2018, thomas broussard

Un peu à la manière de Pierpoljak, Horace Andy a lui aussi repris une très grande partie de ses classiques. Lui qui devait venir jouer l'année dernière, il avait été déprogrammé à la dernière minute et remplacé par Inna De Yard. C'est donc naturellement qu'il fut réinvité cette année. Nous disions donc que le "Marvin Gaye du reggae" (voir vidéo) était venu interpréter nombre de ses big tunes, hé bien nous avons été servis. A ce titre, nous n'avons observé que peu de changements dans la setlist par rapport à son concert à Caluire en 2016 (le gros report ici), à la différence près que le chanteur au vibrato était peut-être moins fougueux sur scène, l'usure des tournées sûrement. Comme beaucoup de ses compatriotes de sa génération, Horace Andy se repose sur ses tubes et il a bien raison ; de toute façon, c'est ce que le public veut entendre : il est en festival pour se faire plaisir et pas autre chose. "Skylarking", "Money Money", "Man Next Door" et le fameux "Cuss Cuss" sauront faire skanker des massives déchaînés.

no logo, 2018, horace andy

                            no logo, 2018, horace andy

                            no logo, 2018, horace andy

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Nous avions découvert Calypso Rose l'année dernière aux Nuits de Fourvière (le gros report ici) et nous avions été bluffés par sa prestation tant par la qualité de sa musique que par son attitude radieuse et grâcieuse sur scène. A presque 80 ans, son envie de partage et son sourire sont toujours bel et bien intacts. Il nous tardait donc de revoir la Trinidadienne afin de remuer sur son calypso qu'elle affectionne tant. Elle qui n'oublie jamais de glisser quelques mots en faveur du respect des droits des femmes, elle en profite également pour déclarer que son band est international, puisqu'on y retrouve autant des musiciens camerounais que français ou trinadadiens. La musique ne connaît pas de frontières et il était donc important de raviver au bon souvenir des massives que le reggae n'est pas un genre né ex nihilo et qu'il descend en partie du calypso. La joie communicative de Calypso Rose aura su faire des émules sur les big bad tunes que sont "Leave Me Alone", "Calypso Blues" (sur lequel chacun des musiciens opérera un solo et que Biga*Ranx se réappropriera le dimanche soir), "Far From Home" ou sa reprise de "Rivers Of Babylone".

no logo, 2018, calypso rose

no logo, 2018, calypso rose

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Nous le disions, la musique est sans frontières et on joue donc du reggae partout dans le monde aujourd'hui. La Nouvelle-Zélande n'est pas épargnée et après leurs compatriotes de Katchafire en 2016 (le gros report ici), ce fut au tour de Fat Freddy's Drop de poser leurs valises et leurs instruments à Fraisans. Mais à la différence de leurs homologues, les Fat Freddy's Drop ne pratiquent pas un reggae roots, sachant que celui-ci se dirige aussi vers le hip-hop, le dancehall et le dub, la présence d'un machiniste y étant notamment pour beaucoup. La section cuivres apporte également son lot de ferveur et d'enthousiasme dans un concert qui ne connaît aucun temps mort. Les chanteurs savent mettre le feu et motiver les massives à travers les classiques du groupe comme "Kamo Kamo", "Roady" ou "Shiverman". Mais ils se poseront sur un autre classique, qui n'est pas de leur cru cependant, à savoir le "Waiting In Vain" de qui vous savez, histoire de mieux introduire la suite de la soirée.

                            no logo, 2018, fat freddy's drop

no logo, 2018, fat freddy's drop

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                          no logo, 2018, fat freddy's drop

En effet, c'est Julian Marley qui a succédé à Fat Freddy's Drop sur la scène du No Logo, après son frère Ky-Mani l'année dernière (le gros report ici). Il est de tradition qu'un Marley fréquente le festival jurassien et il est tradition que chaque fils reprenne plusieurs morceaux de son père. Et il semblerait qu'Exodus soit l'album préféré de Julian avec pas moins de trois morceaux interprétés dont le titre éponyme mais aussi "Heathen" et "Natural Mystic". Et pour cause ! La ressemblance entre Julian et Bob est frappante tant par le timbre de voix, la guitare, la gestuelle que par l'apparence physique ! Mais Julian n'est pas la réincarnation de son père et, passé cet hommage, il chantera ses propres morceaux sur une tonalité très roots. Il est sûrement celui parmi toute la fratrie Marley à ne pas s'écarter du reggae. On l'entendra sur les one drop "Loving Clear", "Build Together", le ska/rocksteady "Try Me" (encore une reprise de son père) sur un mode très boogie ou "Straighter Roads". Et puisqu'il prépare un nouvel album, intitulé As I Am, il en dévoilera quelques titres comme le rub-a-dub "Cooling Jamaica" ou "Broken Sail".

no logo, 2018, julian marley

no logo, 2018, julian marley

no logo, 2018, julian marley

Et pour finir la soirée, les festivaliers auront pu absorber les basses et les beats propagés par la techno tribale d'Hilight Tribe qui, après le Grand Bastringue de Cluny, se produisait, quelques mois après dans un autre festival de reggae. L'ouverture étant l'un des maîtres-mots du No Logo, le son d'Hilight Tribe y avait toute sa place, d'autant plus que le public répondait présent encore en nombre à deux heures du matin. Mais nous, nous avons préféré aller nous coucher.

no logo, 2018, hilight tribe

                        no logo, 2018, hilight tribe

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Allons maintenant faire un petit tour du côté du dub corner. Après la session d'Art-X mentionnée plus haut, le sound system était en veille jusqu'à 20 heures avant de reprendre du service par l'entremise de Massive Dub Corporation, un crew de Bourges, quelque peu atypique, puisqu'il se produit avec des instruments dans le corner pour un set oscillant entre live machine et live instrumental. En effet, c'est un véritable band que Massive Dub Corporation, composé d'une section cuivres, d'un guitariste, d'un bassiste et d'un machiniste. Une configuration qui sort des cadres traditionnels du sound system mais qui n'était pas pour nous déplaire, bien au contraire, notamment via leur titre phare "Dread Inna Babylon".

Et l'on a retrouvé une guitare pour le set suivant avec les Bass Trooperz, la rencontre entre Mahom et Ashkabad, pour un live machine à 8 mains plus que détonnant. En effet, chacun des quatre membres se partage les pistes, dont justement Luke Skyroger avec sa guitare et qui se permet même quelques parties chantées, notamment sur un "Fallujah" endiablé. Le "Deep In Yours" des Mahom a également résonné dans un dub corner qui commençait à se remplir sérieusement.

C'est alors qu'Art-X a fait son retour, mais avec son mélodica cette fois-ci, afin de se poser sur les versions des Dub Shepherds en formule Dub Master Clash qui étaient venus essentiellement jouer des productions de leur tout nouveau label, Bat Records, dont le rootikal "Dubble Trouble" avec Jahno (voir ici).

Enfin, deux ténors de la scène dub européenne sont venus conclure cette première journée au Dub Factory. En premier lieu, Jahtari et son dub digital, puis les Anglais de Bush Chemists et leur stepper inna "conscious styleeee".

Crédit photos : Live-i-Pix



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