Entretien avec Art-X au No Logo

Nous commençons aujourd’hui la retranscription de la série d’entretiens que nous avons menés au No Logo. Pour cette première, c’est Art-X, le joueur de mélodica et co-fondateur d’OnDubGround avec son frère Olo, qui répond à nos questions.

Alors qu’il était présent pour diffuser la vibe au dub corner, nous revenons avec lui sur le festival mais aussi sur quelques productions d’ODG, dont le Danakil Meets OnDubGround (la grosse chronique ici), ainsi que sur son projet solo.

Il en profite également pour nous parler d’une création spéciale avec un autre crew tourangeau, Chill Bump, que nous pourrons découvrir au prochain Télérama Dub Festival.

Bonjour Art-X, merci de nous recevoir au nom de La Grosse Radio. Peux-tu nous faire part de tes impressions sur le No Logo ?

Je connais déjà le No Logo et son public, puisque j’étais venu jouer avec OnDubGround l’année dernière. C’est vraiment un super festival, l’accueil est top, la mentalité également. Et quand on voit la programmation, c’est juste un truc de dingue ! C’est vraiment un bonheur d’être là !

Tu étais tout seul à jouer au dub corner tout à l’heure, alors qu’OnDubGround compte plusieurs membres, dont notamment ton frère Olo. Pourquoi cette configuration ?

En fait, j’ai fait une sélection des morceaux du label ODGProd en ouverture de festival ; les gens étaient déjà bien bouillants. Du coup, très souvent, je suis tout seul pour les DJ sets ; parfois, mon frère est présent, mais c’est relativement rare. Et ce soir, je jouerai sous mon propre nom, Art-X, au côté des Dub Shepherds et de Jahno.

                           art-x, interview, no logo

On retrouvait OnDubGround sur deux albums en fin d’année dernière. Tout d’abord, Danakil Meets OnDubGround, où vous remixiez l’album La Rue Raisonne. Qui a pris l’initiative de la démarche, eux ou vous ?

Avec Danakil, cela fait des années qu’on se croise sur les festivals, surtout à nos débuts. Et sachant qu’ils ont l’habitude de faire remixer leurs albums par d’autres personnes, ce sont eux qui nous ont fait la demande. Ça a été une proposition assez surprenante pour nous, il faut le dire. Du coup, très vite, ils nous ont envoyé les pistes séparées par Internet afin qu’on puisse élaborer ces remixes. On s’est fait énormément plaisir et tout est venu naturellement.

Vous ont-ils laissé libres ou ont-ils eu leur mot à dire ?

Ils nous ont vraiment laissé carte blanche, c’est de toute façon ce qu’ils nous avaient dit dès le départ. Mais ce qu’ils voulaient surtout, c’est que ce soit éclectique, que toute la bass music soit représentée dans l’album. On a donc respecté ce souhait, puisqu’il y a du dub, du hip-hop, du trap, de l’electro, etc.

C’est justement la raison pour laquelle ils ont fait appel à vous alors ? Sachant que votre discographie est elle-même très éclectique…

Tout à fait ! C’est ce qu’ils aiment chez nous.

Parmi les chanteurs sur l’album, on retrouve, entre autres, des artistes liés à Brigante Records, mais également Jamalski. Qui a décidé de l’inviter ?

C’est Danakil qui voulait absolument faire un feat. avec lui. Ça nous allait très bien, puisque Jamalski, c’est juste une tuerie avec un flow de dingue ! Ils ont proposé des chanteurs de leur côté (Joseph Cotton, Jamalski) et nous on voulait Green Cross ou Sr Wilson. Chacun a donc pu placer ses pions tout naturellement. On s’est finalement rendu compte avec cet album que, même si on avait une esthétique très différente, on a beaucoup de choses en commun et d’affinités musicales.

Quant à l’autre album, il s’agit de Dub To Dub (la grosse chronique ici), les remixes d’High Tone, qui a été lancé à votre initiative…

Alors pas exactement à notre initiative. C’est plutôt Aftrwrk, notre boîte de booking, qui a eu l’idée du projet, vu qu’ils s’occupent maintenant du management d’High Tone. Et pour relancer la machine High Tone, ils ont décidé de monter cet album de remix avec la jeune génération du dub. Et par conséquent, ils voulaient que celui-ci sorte sur notre label, ODGProd. C’est un grand plaisir d’accueillir cet album qui est juste génial !

Pourquoi avoir choisi « The Orientalist » plutôt qu’un autre à remixer ?

En fait, on a longuement hésité, sachant qu’on aime énormément de choses chez High Tone. « The Orientalist » représentait finalement le mieux pour nous la période qu’on adorait, la grande époque des premiers albums.

Et maintenant High Tone joue votre propre remix sur scène…

En effet ! C’est génial ! C’est une grande surprise ! Ils ont préféré joué notre remix que leur « Orientalist » à eux. C’est une consécration, puisque si on en est là aujourd’hui avec ODG, c’est en partie grâce à High Tone.

Bisou, artiste signé sur votre label, nous confiait à propos de cet album : « Ce qui est intéressant avec cet album, c’est que le groupe qui a bouleversé le dub il y a plusieurs années est remixé par des artistes qui ont ce rôle-là aujourd’hui« . Es-tu d’accord avec cela ?

C’est vrai qu’on a des points en commun. La génération d’High Tone ou de Kaly Live Dub avait sorti un ovni, quelque chose qui n’avait encore jamais été fait à leur époque. Toute cette bande de potes avait créé un style à part entière. Et 15 ans plus tard, les nouveaux artistes essayent de continuer mais avec d’autres influences, comme l’electro, le trap, etc. Tu peux de toute façon mélanger le dub avec n’importe quel style.

Quels sont vos projets à venir maintenant ?

On prépare actuellement un EP avec Chill Bump, un groupe de hip-hop de Tours également. Ce sera le point de départ de notre programmation commune au Télérama Dub Festival où on se retrouvera à six sur scène, ODG et Chill Bump. L’EP sera encore quelque chose de nouveau pour nous avec la voix de Miscellaneous, le rappeur de Chill Bump, qui sera sûrement présent sur tous les morceaux avec également d’autres featurings. Ce sera très cross-over.

Du dub rappé ?

Du dub rappé assez electro. Mais il s’agira d’electro pur avec des influences dub, trap, hip-hop, etc… Ça sortira probablement en octobre juste avant le Télérama Dub Festival.

art-x, interview, no logo

A propos de scène, vous êtes aujourd’hui l’un des rares groupes à perpétuer la tradition des High Tone, Zenzile, etc, avec des instruments. Le live machine est très dominant. Pourquoi selon toi ? Evolution des techniques de production, contraintes budgétaires ?

Il y a un peu de tout cela en effet. Mais c’est avant tout le genre qui veut cela. Le dub est devenu moins rock n’roll qu’il ne l’était. Même si on a du mal à le percevoir, High Tone c’était quand même assez rock n’roll dans le fond. Aujourd’hui, on évolue vers un style de dub plus électronique, où les machines sont donc plus importantes ; et fatalement, il y a moins de personnes. Les batteries sont pratiquement toutes digitales de nos jours et très peu acoustiques, donc forcément tu n’as plus besoin de batteur.
Et il est vrai que ça devient de plus en plus compliqué de se déplacer à plusieurs et d’être payés à 5, 6 ou 7 personnes. Par exemple, pour nous OnDubGround, lorsqu’il n’y a pas assez de budget, on réduit l’effectif et on vient à deux ou trois, alors qu’on est cinq dans le groupe. Ça nous ennuie, mais on le fait quand même. Ce soir au No Logo, Massive Dub Corporation joue en formule complète au dub corner : ils sont six et c’est rare de pouvoir les voir dans cette configuration.

Tu vas également sortir un projet prochainement sous ton propre nom [The Lost Melodies, disponible en libre téléchargement sur le site d’ODGProd, NDLR] ?

En effet. Il s’agit d’une mixtape avec plein de riddims que j’ai kiffés que j’ai mis bout à bout et sur lesquels j’ai enregistré du mélodica. Une grosse demi-heure de riddims qu’on connaît tous, des classiques jamaïcains, mais aussi du Stand High Patrol, là aussi c’est très cross-over. Je me suis fait plaisir, c’est mon petit trip de l’été, la mixtape de l’été (rires).

Peux-tu nous dire quelques mots sur l’album de Green Cross, Mic Alchemist (la grosse chronique ici), que ton frère Olo a majoritairement composé et auquel tu as brièvement participé ?

Je ne peux pas dire grand-chose, vu que j’étais assez extérieur à ce projet, mais globalement c’est mon frère qui a composé les morceaux, en effet. Je sais qu’il y a aussi une prod de Dubmatix, une autre d’Atili. Il est wicked, il faut l’écouter !!

Tu as une manière différente de te poser avec ton mélodica sur « Hold On », n’est-ce pas ?

En fait, je n’ai pas fait de lead sur ce morceau avec mon mélodica ; il n’y a pas de couplet ou de refrain, ce sont juste des arrangements, j’ai habillé le morceau comme je pouvais avec mon mélodica. C’est sûrement ça qui change par rapport à ce que je peux faire d’habitude.

Allez-vous donner une suite au Blue Lotus (la grosse chronique ici) que tu as produit avec Gabriel Bouillon des Ligerians ?

Alors en fait, j’ai une petite exclu (rires). Je suis en train de travailler sur un album au mélodica comme j’avais pu faire sur Toy Story, mais que dans le roots. Ce sera une sorte de compilation où il y aura les Ligerians, les Dub Shepherds, Jahno, AntiBypass, The Roots Addict, The Radiators, Roots Attack, etc. J’ai fait appel aux producteurs roots français que je kiffe et j’espère que ça sortira avant la fin de l’année.

Un dernier mot pour La Grosse Radio ?

Merci à vous, c’est sincère ! Vous relayez des choses qui peuvent passer inaperçues comme le Blue Lotus justement. Vous faites de belles chroniques qui ont du sens et qui ne servent pas à faire uniquement des big ups, ce qui malheureusement est un peu trop rare dans le milieu du reggae et du dub. Bravo !

Merci à toi aussi Art-X de nous avoir accordé cette interview !!
Merci également à Charlotte et Lonella du No Logo pour avoir organisé cette rencontre !!

Crédit photos : Live-i-Pix



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