Brain Damage – ¡ Ya No Más !

Quelques années après un voyage en Jamaïque pour Walk The Walk, Brain Damage s’est de nouveau rendu sur le continent américain afin d’y puiser d’autres vibes. Comme tout un chacun le sait désormais, le Stéphanois aime à expérimenter et à repousser ses limites et son dévolu s’est ainsi jeté sur la Colombie, un pays qui explose en ce moment dans la sono mondiale, particulièrement via la cumbia.

Ce serait cependant se tromper lourdement que de définir ce nouvel album de Brain Damage comme une fusion de reggae et de cumbia. Si ce genre musical sert de vitrine médiatique à la Colombie (et surtout sous ses aspects les plus electro et dancefloor avec Systema Solar ou El Freaky), le producteur stéphanois, fidèle à sa réputation, est allé gratter un peu plus en profondeur en allant débusquer des musiciens, chanteurs et MCs colombiens afin d’effectuer la synthèse de sa palette sonore et de celle de Bogota. En effet, ce ¡ Ya No Más !, à paraître le 19 octobre prochain chez Jarring Effects, reflète le virage roots, agrémenté d’une esthétique latino, que Brain Damage a entamé depuis plusieurs années. L’esprit cold et dark qui prédominait sur ses premières productions s’est ainsi définitivement envolé avec cet album. On le savait déjà, mais ce ¡ Ya No Más ! ne fait que confirmer ce renouveau roots de la part de Brain Damage.

Pour la petite histoire, c’est après avoir joué en Colombie lors du Télérama Dub Festival en 2016 que le Stéphanois a décidé d’aller plus loin dans l’aventure en concrétisant un projet plus global qui se traduit par la réalisation d’un album.

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Comme il nous le confiait l’année dernière en interview (voir ici), à l’instar de ses confrères de la scène dub live française du tournant des années 90/2000, Brain Damage n’est pas venu au dub par la Jamaïque mais plutôt par l’Angleterre et par le punk. Cependant, ce tournant roots qu’il a entrepris ces derniers temps n’est en fait qu’un retour aux sources et aux fondamentaux de sa musique de prédilection.
Bien qu’ayant une identité musicale propre et ayant énormément subi l’influence de la soul ou du swing américains des 50’s et 60’s, le son jamaïcain est pleinement ancré dans ce vaste ensemble qu’est l’Amérique du Sud (au sein duquel nous incluons également l’Amérique Centrale) ; qu’il s’agisse du calypso et de certains thèmes empruntés à Cuba ou au Mexique, le destin artistique de la Jamaïque est intimement lié à celui de ses voisins. De plus, les sonideros mexicains ou les radioles brésiliens ne sont que les avatars des sound systems nés à Kingston dans les 50’s. La musique jouée dans la rue occupe ainsi une place prépondérante en Amérique Latine et c’est ce que Brain Damage a, en partie, voulu retranscrire dans son ¡ Ya No Más !.

Tout d’abord par la pochette de l’album, puisqu’elle est l’œuvre d’Oscar Gonzalez, un graphiste street art colombien, mais également par la participation de Macky Ruff et La Gaitana issus du collectif Gatos Negros qui vient en aide à la jeune population des ghettos de Bogota. Et c’est d’ailleurs par un cri revendicatif et à l’unisson qu’on croirait tout droit sorti d’une manif que s’ouvre ce ¡ Ya No Más !. Une introduction significative pour cet album avec un « Sin Violencia » lourd de sens.

Puis le reggae fait son apparition dans le second track, « Ciruela », avec la voix et le timbre soul de Jimena Angel (pour faire une analogie, on pourra la rapprocher d’une certaine Marina P), l’une des intervenantes les plus présentes ici, puisqu’on la retrouve également sur trois autres titres. Avec « Ciruela », nous entrons donc directement dans le vif du sujet avec ce skank digital si emblématique de Brain Damage. Un piano et un trombone latino donnent encore plus de saveur à ce morceau, puisqu’il réside bel et bien là l’intérêt de cet album, à savoir que le Stéphanois a invité de nombreux musiciens locaux à enrichir ses compositions. De ce fait, on décèle même un côté mambo sur la piste suivante, « Oyela », toujours en feat. avec Jimena Angel et toujours avec ce piano en arrière-plan qui vient rythmer la chanson. Ça y est, on est maintenant en Amérique du Sud, même si Brain Damage se permet de rajouter ici et là quelques effets dub.

Et on l’est encore plus avec le track suivant, « El Control », dans lequel les percus latinos font leur apparition et qui surplombent à elles seules tout le morceau, notamment à la fin où le reggae s’est définitivement évaporé. Et après les percus, ce sont les guitares hispanisantes qui se manifestent sur « Andar » où l’on peut écouter le Cumbia Rockers All Stars et le flow rauque et raggamuffin de Pablo 2one Aaroz.

On retrouve ensuite un morceau très braindamagien dans ce que le dubber peut produire de plus roots, le premier single de l’album « Luna Llena » (que l’on vous avait présenté ici), en compagnie d’une Jimena Angel qu’on comparerait encore à Marina P. Mais là aussi, les sonorités typiquement sud-américaines ne sont pas en reste avec un envoûtant solo de flûte qui vient prendre le relais d’un mélodica plus jamaïcain.

C’est alors que Brain Damage vient encore faire résonner la rue colombienne dans un interlude intitulé « Zumba Que Zumba », où la voix des enfants vient se mélanger au chant des oiseaux. Un autre interlude, à base de marimba cette fois-ci, « Muy Facil », se glissera habilement entre « Afrika – kaliente » en feat. avec Javier Fonseca, l’un des titres les plus énervés de l’album à l’ambiance stepper, et « Dolores » sur un riddim très jamaïcain dans lequel les cuivres nous rappelleraient presque la grande époque de Studio One ; on mentionnera également ici les grandes envolées vocales de Jimena Angel.

En effet, si la gamme instrumentale fait montre de toute sa richesse sur ce ¡ Ya No Más !, alors que dire de la diversité des interprètes ? Sur le titre éponyme (voir ici), ce sont les flows hip-hop à la Orishas de Kontent Thug et de Macky Ruff qui mash up ce riddim limite dancehall. Quant à Javier Fonseca, il nous gratifie, une fois de plus, de son raggamuffin styleee sur un surprenant « Lloran » qui va encore plus loin que « Afrika – kaliente », puisque le Stéphanois se lâche littéralement dans la deuxième partie du morceau avec un stepper à l’anglaise qu’on n’attendait pas vraiment mais qui arrive parfaitement à s’intégrer ici. S’agit-il d’un avant-goût du live qu’il nous prépare pour défendre cet album ?

Avec « Mi Voz », Brain Damage vient conclure la liste des invités et c’est en mode spoken word que Macky Ruff et La Gaitana viennent ici s’exprimer sur ce morceau jazzy avant que le producteur ne nous quitte avec un « Terrible » uniquement instrumental orné de percus, de marimba et surtout de cuivres radieux qui nous remémorent au bon souvenir du génial « Harrison Hello » sur Liberation Time (la grosse chronique ici).

On ne sait pas où et quand s’arrêtera Brain Damage ? On espère le plus loin et le plus tard possible ! Pour son quatorzième album, l’auteur de Walk The Walk, a ainsi confirmé son intérêt pour l’exploration, le défrichage et la découverte. Il a su mobiliser des troupes nombreuses afin de faire émerger toute la richesse vocale et instrumentale de Colombie et de l’associer au reggae. Le pari est on ne peut plus réussi.

TRACKLIST

01 • Sin violencia
02 • Ciruela feat. Jimena Angel
03 • Óyelo feat Jimena Angel
04 • El control feat. Javier Fonseca
05 • Andar feat. Cumbia Rockers All Stars & Pablo « one2 » Aaroz
06 • Luna llena feat. Jimena Angel
07 • Zumba que zumba
08 • ¡Ya no más! feat. Kontent Thug & Macky Ruff
09 • Afrika – kaliente feat. Javier Fonseca
10 • Muy fácil
11 • Dolores feat. Jimena Angel
12 • Lloran feat. Javier Fonseca
13 • Mi voz feat. Macky Ruff & La Gaitana
14 • Terrible

Artiste : Brain Damage 
Album : ¡ Ya No Más !
Label : Jarring Effects
Date de sortie : 19/10/2018

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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