High Tone – Time Has Come

Time Has Come. Le temps est venu pour High Tone de faire son retour après une absence de 5 ans sur le terrain discographique. Les Lyonnais nous avaient laissés avec le très expérimental Ekphrön en 2014 qui en avait surpris plus d’un avec un son complètement éloigné du dub des débuts. Celui-ci poursuivait pourtant l’initiative engagée sur le double album Outback avec une seconde partie intitulée No Border qui synthétisait à elle seule toute la philosophie du groupe. Chez High Tone, le dub est le socle sur lequel repose leur musique, mais pour mieux s’en éloigner. Ceci était perceptible dès Opus Incertum qui a posé les bases de ce dub hybride à la française.

Et ce dub hybride est toujours de mise avec Time Has Come, à paraître le 1er mars chez Jarring Effects. Mais là où Ekphrön laissait (presque) complètement s’effacer le skank, ce nouvel album y revient. Chassez le naturel, il revient au galop, dit l’adage. C’est ce qu’on avait déjà affirmé avec la dernière galette de Zenzile (la grosse chronique ici), où cet autre groupe emblématique de la scène historique dub live made in France signait un retour aux sources du skank après quelques digressions rock. On remarquera d’autres similitudes sur ce Time Has Come avec le 5+1 des Angevins, mais nous l’aborderons plus bas.

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Time Has Come. Le temps est donc venu pour High Tone de se réapproprier le skank, mais également de rendre hommage, une fois de plus, à la musique extrême-orientale en général et chinoise en particulier, l’une des autres pierres angulaires du son d’High Tone. Des chants de moine tibétains sur « Ohm » dans Opus Incertum aux ambiances plus indiennes sur « Raag Step » dans Ekphrön, en passant par cette sublime atmosphère japonisante sur « Musical Bonzeye » dans Wave Digger, les exemples sont nombreux qui montrent l’attachement du groupe pour l’Asie. Et le point d’orgue de ce penchant aura été sans nul doute l’album en collaboration avec Wang Lei, le bien-nommé Wangtone, paru en 2005 et dont Time Has Come lui emboîte quelque peu le pas, puisque la plupart des morceaux sont empreints, à plus ou moins grande échelle, de sonorités venues de Chine.

En effet, vous avez pu vous en apercevoir avec le premier single de cet album, « Oh Why » (voir ici), avec la chanteuse chinoise Yehaiyahan. Les feat. vocaux se comptent sur les doigts de la main dans la discographie d’High Tone, d’autant plus qu’il s’agissait en règle générale de rappeurs (hormis Pupajim sur le désormais mythique « Rub-a-Dub Anthem »), puisque même Shanti D s’était posé sur l’electro-rock-dubstep « Until The Last Drop ». Ici, une fois de plus, on n’a pas affaire à un toaster ou un singjay, mais bel et bien à une chanteuse complètement étrangère à l’univers reggae/dub ; et pourtant sa voix rentre en adéquation avec cette instru stepper qui mêle dub et electro. Ainsi, la messe est dite, High Tone est bel et bien revenu à ses fondamentaux avec ce titre et, par extension, avec cet album.

Car c’est également ce qu’on pouvait remarquer dès le deuxième morceau, « Conspiracy », après une brève introduction, « Over Your Mind » où le collectif, comme à l’accoutumée, montre qu’il sait piocher les samples là où il faut. En l’occurence, là, il est issu d’une déclaration de Timothy Leary : « Time has come to go over your mind« . Il y a donc une certaine continuité avec Ekphrön (concept grec signifiant hors de l’esprit), mais ce dépassement de soi se fait ici beaucoup moins brutal et destabilisateur, puisque « Conspiracy » nous fait, tel un voyage dans le temps, étonnamment penser au wicked « X-Ray » sur Underground Wobble. Une sensation de déjà-vu, ou de déjà-entendu plutôt, que l’on remarque également sur le très indus « Babylon Empire », ainsi que le groupe a toujours très bien su le proposer. Cette tournure inquiétante est cependant immédiatement contrebalancée par le délicat « Real Good Society » qui rappelle les dub très digitaux d’Outback.

C’est justement ce paradoxe qui pourrait résumer le mieux cet album, comme l’atteste également toute la discographie du groupe qui oscille entre phases mélancoliques et orageuses et phases enjouées et chaleureuses, parfois (ou souvent) même à l’intérieur d’un même morceau. « A Fistful Of Yen » représentait par exemple parfaitement cet état de fait sur Ekphrön. Ici, sur Time Has Come, ce rôle dualiste est plutôt dévolu à « Earth Breath » dans lequel High Tone se réfère au dub techno et dancefloor de Rhythm & Sound (c’est en sens que l’on faisait plus haut un parallèle avec Zenzile qui avait également exploité cette piste sur son 5+1) pour ensuite se diriger, dans la deuxième partie, vers une atmosphère plus sombre et surtout beaucoup plus lente marquée par un kick à la limite du trap. De trap, il en est également question dans « Ritual Of Death », enregistré avec des musiciens chinois et qui pourrait donc être, lui aussi, un excellent condensé du son d’High Tone où les instruments se sont toujours acoquinés avec les machines et un côté plus urbain où le hip-hop a toute sa place.

Et c’est avec « The Forge » que le crew conclut son Time Has Come, titre qui, artistiquement parlant, est le plus proche des expérimentations menées sur No Border et Ekphrön. Plus de dub ici et encore moins de skank, le groupe laisse place à une complètement smooth et stratosphérique presque symphonique comme s’il livrait sa propre bande-son d’un film de Kubrick ou de Terence Malick. Parfait épilogue pour une œuvre fidèle aux valeurs musicales des Lyonnais.

Time Has Come. Le temps est venu désormais de défendre ce dernier opus sur scène. 

TRACKLIST

1. Over Your Mind
2. Conspiracy
3. Oh Why Feat. Yehaiyahan 
4. Earth Breath
5. Babylon Empire
6. Real Good Society
7. Walk For The Future
8. Ritual Of Death
9. The Forge

Artiste : High Tone
Album : Time Has Come
Label : Jarring Effects 
Date de sortie : 01/03/2019

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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