Mahom – King Cat

Bon, on ne va pas y aller par quatre chemins ; le 18 mars prochain, vous tiendrez entre les mains le meilleur album de Mahom. Enfin, tout du moins, c'est le constat que nous en avons fait et le présent article aura pour but d'essayer de le démontrer.

Ce n'est pas que les précédents opus du duo composé de Joris et Toinou nous auront déplu, bien au contraire, on avait par exemple beaucoup apprécié The Skankin' Cat ou Fell In (la grosse chronique ici), mais ce King Cat leur est supérieur, de par le fait qu'il est tout simplement radicalement différent et qu'il apporte un vent de fraîcheur dans les compositions du crew. Certes, cette déclaration ne suffit pas, mais nous allons bientôt entrer dans le vif du sujet, patience...

Mahom s'est toujours inscrit dans cette tradition du dub à la française où leur genre musical favori s'acoquinait avec de l'electro, de l'ambiant, de la techno, des sonorités plus orientales, etc. Ces éléments ont forgé l'identité même de Mahom (à la fois sur disque et en live) et ils se retrouvent en partie sur King Cat. Celui-ci va cependant encore plus loin dans l'exploration sonore, puisqu'il est marqué, esthétiquement parlant, par les deux labels tourangeaux qui, aujourd'hui, repoussent les frontières du dub, à savoir ODGProd (au sein duquel cet album sortira d'ailleurs) et Brigante Records.  

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King Cat emboîte ainsi le pas à certains des meilleurs albums de dub et/ou reggae digital sortis récemment du Danakil Meets OnDubGround (la grosse chronique ici), au Chill Bump & OnDubGround (la grosse chronique ici) en passant par le Musical Spaceship de Bisou pour la partie ODG et au Vapor (la grosse chronique ici) de Big Red et au Double Trouble (la grosse chronique ici) de Supa Mana pour la patte Brigante Records. Vous l'avez compris, ce King Cat s'est beaucoup aventuré du côté du trap. Certes, ce genre aujourd'hui en vogue et majeur dans le hip-hop, beaucoup l'ont injecté dans leur reggae et leur dub ces derniers temps, mais ODG et Brigante Records sont incontestablement ceux qui ont le mieux réussi à opérer cette fusion. Et ce King Cat s'est brillamment engouffré dans cette voie.

Mais il est également un élément majeur à prendre en compte, c'est la présence de Panda Dub, en qualité de directeur artistique sur cet album. Lui aussi avait pris la tangente en développant encore plus un son electro sur Shapes & Shadows tout en le mariant avec du trap ou du trip-hop.

Et cette incursion dans le trap, vous avez déjà pu la découvrir avec le premier single de l'album, "Disappear" (voir ici), mais il se trouve que c'est sur une ambiance similaire, mais plus digitale, que s'ouvre ce King Cat avec "Cosmic Cat". L'atmosphère est posée et on croirait presque avoir affaire à du Bisou avec ce titre, mais les Mahom reviennent très vite à leurs premières amours avec un stepper hyper efficace (qui aurait d'ailleurs très bien pu faire office de titre inaugural) intitulé "Blue Hole" : c'est classique, on a une impression de déjà entendu, mais ça reste magnifiquement mené et rodé.

Dès lors, on se dit qu'on va se farcir un énième album de stepper, mais pas du tout, puisque Mahom arrive à nous surprendre une fois de plus en proposant un reggae digital, "Digital Badness", lui aussi, tellement bien produit qu'il aurait pu sortir tout droit du Casio MT-40 de Manudigital. Et surtout, on se doit mentionner le Mic Alchemist, en d'autres termes Green Cross qui vient se poser sur un riddim qui lui va à ravir. Ce n'est sûrement pas un hasard si les Mahom ont décidé d'inviter l'un des activistes de Brigante Records sur cette galette, rapport à ce que nous avons évoqué plus haut.

Puis, après un "Planete" smooth et rootikal, le duo hausse le ton en délivrant plusieurs steppers aussi énervés que limpides : "Snowball" avec l'autre feat. de l'album, Luiza (qu'on écoutera également sur "Le Temps de l'Amour", un dub très sweet qui revisite Françoise Hardy), le terrible "Waves" qui nous rappelle au souvenir des regrettés Improvisators Dub tant pour le beat, le skank, les mélodies et même le sax (!).

Est-ce à dire que le duo rend hommage à la scène dub française tout entière avec son King Tubby (euh pardon son King Cat) ? Cela pourrait être une grille de lecture, surtout que "Sound Conspiracy", avec son approche vintage et electro (limite à la Giorgio Moroder), aurait pu être l'œuvre d'Ackboo et plus particulièrement sur son Invincible (la grosse chronique ici) avec son "mastering qui pète" (voir ici). Sur "Prisme", les Mahom sont allés mixer le trap et des ambiances japonisantes avec des influences clairement hightoniennes. L'Extrême-Orient a aussi été une source d'inspiration sur "Beyond The High Mountain", un stepper à la tonalité electro et zen.
Par conséquent, c'est sous "Hypnose" que les Mahom viennent conclure leur King Cat, de la même manière que cet opus avait commencé, ou comment arriver à nous persuader que dub et trap peuvent parfaitement cohabiter. Telle est notre sentence.

TRACKLIST

01 - Cosmic Cat
02 - Blue Hole
03 - Digital Badness ft. Green Cross
04 - Planète
05 - Snowball ft. Luiza
06 - Waves
07 - Sound Conspiracy
08 - Prisme
09 - Beyond the High Mountain
10 - Le Temps de l'Amour ft. Luiza
11 - Disappear
12 - Hypnose

Artiste : Mahom
Album : King Cat
Label : ODGProd
Date de sortie : 18/03/2019

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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