Atili – Huglife

Atili nous avaient laissés avec Cityscape en 2017 (la grosse chronique ici), un album classique de reggae digital qui faisait suite au prodigieux Bridge Over Troubled Dreams (la grosse chronique ici) de 2016. Après cette étape sans grosse prise de risques, le Tourangeau nous revient donc avec un opus beaucoup plus ambitieux et surtout mieux produit dans lequel il a injecté toutes ses influences.

Conjointement élaboré sous le patronage de Bendo Music et de Brigante Records, Huglife synthétise donc l’esprit défricheur, voire même expérimental, du beatmaker ainsi que du label auquel il est affilié. Reggae digital, dub, hip-hop, trap, electro, vaporwave et j’en passe, il serait difficile de faire entrer Huglife dans une case bien déterminée ; il ne s’agit pas d’un album de reggae digital stricto sensu. Mais après tout, on s’en fiche ; « qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse« , pour paraphaser un auteur célèbre.

Ainsi, dans ce flacon, Atili a distillé tout ce qu’il affectionne musicalement et pour ce faire, il a réuni nombre de protagonistes partageant le même état d’esprit, que cela concerne les feat. vocaux (tous issus d’horizons et d’univers différents), bien évidemment, mais aussi les producteurs.

          atili, huglife, reggae digital

En effet, s’il a très majoritairement composé seul son Huglife (forcément), Atili a pu faire appel à d’autres beatmakers pour étoffer encore un peu plus son projet. On mentionnera tout d’abord Lil Slow de Damé, l’une des dernières recrues en date de Brigante Records, sur deux tracks, dont le titre d’ouverture, « Stereo Dawn », sur lequel la voix de Belkis FDB est pitchée en chopped & screwed, ce procédé visant initialement à ralentir le tempo d’un vinyle ; on écoute ainsi une piste fly, très planante et assez représentative d’une partie assez chill de l’album. Car si les orientations stratosphériques restent largement dominantes dans ce Huglife, il s’avère également qu’Atili a pu prendre quelques directions plus énervées, plus rapides. Et ce sont justement les morceaux partagés avec Lil Slow et Panda Dub qui rentrent dans cette catégorie.

« Popcorn » avec Lil Slow et « Going On » avec Panda Dub sonnent par conséquent très electro et stepper ; et si on peut quasiment parler de new wave avec « Popcorn », on se dirige limite vers du Flume sur « Going On ». Quoiqu’il en soit, ces deux morceaux contrastent avec l’esthétique vapor développée tout au long de ce Huglife.

De ce fait, lorsqu’il retourne seul à la composition, Atili se veut plus smooth, plus hug, plein d’amour. Vous aviez ainsi pu en avoir un brillant aperçu avec l’un des singles annonciateurs de l’album, le fameux « Subterranean Exodus » en feat. avec Pupajim et Biga*Ranx (et que Panda Dub a d’ailleurs remixé sur son dernier opus, Horizons), un dub profondément vapor. On ne le dira jamais assez, mais ça faisait un bail qu’on espérait une collaboration entre les deux meilleurs MCs de la scène reggae/dub hexagonale, tant pour leur talent que pour leur volonté de casser les codes du genre et d’en renouveler les contours. On l’a rêvé, Atili l’a fait.

Outre ces deux featurings, c’est, une fois de plus, une partie de la mif Brigante Records qui a été mise à l’honneur ici. Adam Paris se paye même le luxe d’intervenir sur deux tracks, « My Grind » et « Skudoza », qui, eux aussi, révèlent deux tempéraments aux antipodes l’un de l’autre. Si « My Grind » s’écoute comme un reggae digital dans la plus pure tradition rub a lounge d’Atili façon Bridge Over Troubled Dreams, le flow d’Adam Paris suivant ici cette attitude calme et cool, « Skudoza » comprend une atmosphère beaucoup plus sombre et angoissante, notamment via des basses plus que ronronnantes. La synthèse de ces deux morceaux pourrait être apportée par « Godzilla », sur lequel on entend l’ex-compère de Biga*Ranx au sein de Mus Bus, Ruffian Rugged, qui pose son fast style saccadé, scandé et ravageur sur le riddim d’Atili.
Biffty, quant à lui, autre incarnation du hip-hop sur cet album, mais dans la langue de Molière cette fois-ci, ne manque pas une punchline dans le désopilant et addictif « Mr Diddy ». On se dit même que le reggae français aurait beaucoup à y gagner si le rappeur venait grossir les rangs de cette scène qui, malheureusement, se prend un peu trop au sérieux, afin d’apporter une bonne grosse dose de souye et de second degré.

Puis Huglife se termine de la plus belle des manières par trois titres qui résument, chacun à leur manière, le côté hug et chill du Tourangeau. Tout d’abord, « Daylights », avec le timbre très soul de Pauline Darkling, un track oscillant entre dub, trap et trip-hop et qui rappellerait presque les grandes heures des Portishead et autres Massive Attack.
On passe ensuite à l’une des réjouissantes découvertes de cet album via Kid Eastah sur « Tsuioku » qu’on écoute sans modération. Le flow délicat du toaster se marie à merveille avec le riddim digital planant à souhait d’Atili pour l’un des tracks les plus fluides et les plus limpides de cet opus.
Et en guise de conclusion (qui rejoint en cela l’intro chopped & screwed avec Damé), c’est sur un beat conjuguant vaporwave et dancehall sweet, sur « Pier 7 », autrement dit avec un aboutissement tout en douceur que le producteur nous fait ses adieux.

TRACKLIST

1. Stereo Dawn feat. Damé
2. My Grind feat. Adam Paris
3. Subterranean Exodus feat. Pupajim & Biga*Ranx
4. Skudoza feat. Adam Paris
5. Godzilla feat. Ruffian Rugged
6. Mr Diddy feat. Biffty
7. Popcorn feat. Lil Slow
8. Going On feat. Panda Dub
9. Daylights feat. Pauline Darkling
10.Tsuioku feat. Kid Eastah
11. Pier 7

Artiste : Atili
Album : Huglife
Labels : Brigante Records / Bendo Music
Date de sortie : 24/05/2019

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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