No Logo 2019 – Jour 1 (Vendredi 9 août)

Ça commence désormais à devenir une habitude. Le No Logo, cru 2019, affichait complet, une fois de plus. On ne reviendra pas sur la singularité de ce festival, tout le monde la connaît maintenant, mais force est de constater que ce modèle d’indépendance a pleinement trouvé ses marques. Ainsi, le No Logo est aujourd’hui définitivement installé dans le paysage reggae hexagonal ; on le savait depuis quelques années déjà, mais après sept éditions couronnées de succès, l’implantation de l’événement est pleinement certifiée.

Retour en texte et en images sur trois jours de reggae music, et plus si affinités.

no logo, 2019, fraisans

C’est sous la chaleur et une atmosphère presque étouffante (annonçant l’arrivée imminente d’un orage) que Joe Pilgrim & The Ligerians ouvrirent ce nouveau week-end de festivités à Fraisans. Il ne fallait pas moins que ce groupe pour nous combler, vu l’engouement que nous lui portons à La Grosse Radio depuis plusieurs années déjà. Le combo tourangeau était donc venu interpréter les tunes des deux opus (Intuitions en 2015 et Step Out en 2018) qu’il a élaborés avec le chanteur lyonnais. Mais que dire que nous n’ayons déjà abordé ? Ça joue toujours aussi proprement de la part des Ligerians avec ce son deep roots, lourd et groovy, loud & heavy qui vous transporte physiquement et mentalement. Joe Pilgrim répresente d’ailleurs parfaitement cet état de fait, lui qui entre dans une sorte de transe dès lors qu’il se balance sur un dub hypnotique propagé par ses acolytes. On le surprendra même à répandre quelques effluves d’encens sur le mystique « Lion ».Bref, Joe Pilgrim & The Ligerians, c’est intégral, c’est authentique, c’est vrai et c’est le meilleur groupe de roots français. Point barre.

no logo, 2019, joe pilgrim & the ligerians

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Don Carlos, c’est l’incarnation idoine de la ferveur rasta couplée à la puissance du rub-a-dub, la force tranquille comme dirait l’autre. Il faut dire qu’avec son allure et sa très belle barbe l’ancien chanteur de Black Uhuru en impose de respect, de sagesse, de charisme et…de classe vestimentaire dans un style oscillant entre Ken Boothe et Joseph Cotton. Bref, passons ces remarques fashion, Don Carlos était avant tout présent au No Logo pour la musique et il nous a gratifiés d’une avalanche de classiques, un catalogue de big tunes, allant du génial « Johnny Big Mouth » à « Natty Dread » en passant par le tout aussi magnifique « Ababa John I » sur le « Real Rock », tous datant de la grande époque du rub-a-dub et produits par Bunny Lee ou Niney The Observer. Mais si Don Carlos n’a pas la même renommée qu’un Yellowman ou qu’un Eek A Mouse, on est tout de même conquis par ses gimmicks tout aussi addictifs que ceux de l’auteur de « Ganja Smuggling » ou de sa manière bien à lui de se mouvoir sur scène. Pour finir, il interprétera, bien évidemment, son célèbre « Mr Sun » qui entrait en résonance avec les derniers rayons de soleil de la journée avant que la pluie ne surgisse un peu plus tard.

no logo, 2019, don carlos

no logo, 2019, don carlos

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Pour tout vous dire, ça faisait un bail qu’on désirait absolument voir Femi Kuti. Par conséquent, on ne pouvait être que ravis que le No Logo daigne exaucer nos vœux. Le fils de qui vous savez était présent à Fraisans en qualité d’artiste cross-over ; mais cross-over pas tant que cela, que l’on se rappelle les propos tenus par Sir Jean & NMB Afrobeat Experience dans le même festival en 2016 (voir ici). Il y a donc toujours eu de l’afrobeat au No Logo et ce n’est pas pour nous déplaire. D’une part, cela change par rapport au reggae et d’autre part, parce qu’il n’existe rien de mieux que le genre né au Nigéria pour faire bouger les foules, même si celles-ci n’étaient pas complètement amassées devant la scène. Peu importe, on a pris plein la vue et les oreilles : entre un brass band de quatre cuivres et plusieurs autres musiciens, trois danseuses,  Femi Kuti a sorti l’artillerie lourde. Nul besoin d’être un expert ès afrobeat pour apprécier le son du rejeton de Fela, il suffit de se laisser transporter par ces lignes de basses groovantes, par le clavier endiablé de Femi et par ces cuivres épiques qui vous agrippent au corps.

no logo, 2019, femi kuti

no logo, 2019, femi kuti

                                  no logo, 2019, femi kuti

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Retour au reggae traditionnel avec Taïro qui, comme à l’accoutumée, s’est présenté avec le renfort de son Family Band, notamment compsé de Thomas Join-Lambert à la batterie et de Matthieu Bost au clavier et au saxophone. C’est justement le compère de feu Bim qui nous aura le plus séduits durant ce show avec son instrument à vent ; quand il s’avance seul sur le devant de la scène pour exécuter un brillant solo sur « Aime la vie » ou juste quelques riffs sur « Je taille », c’est là qu’on se dit finalement que reggae et afrobeat font partie de la même famille, eu égard à ce que nous avons dit plus haut. Mais le reggae, c’est également affaire d’hommage, et c’est tout naturellement que Bim, disparu trois ans plus tôt et qui était le guitariste du Family Band, a eu droit aux honneurs de la part de ses collègues avec « Ainsi soit-il », splendidement joué de manière acoustique avec un Thomas Join-Lambert aux percus pour un moment émouvant et symbolique alors que les étoiles commençaient justement à faire leur apparition dans le ciel de Fraisans.

no logo, 2019, taïro

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De retour en Afrique après Femi Kuti, mais cette fois-ci ce n’est plus le Nigéria mais la Côte d’Ivoire qui se voit conviée par l’entremise de Tiken Jah Fakoly. Pour son retour au No Logo, le chanteur a pu jouer devant un public très nombreux, acquis à sa cause et fervent connaisseur de ses textes. Normal, Tiken Jah Fakoly est plebiscité en France depuis une vingtaine d’années et notamment avec les célèbres Françafrique et Coup de gueule, dont on entendra le tout aussi connu « Plus rien ne m’étonne » légitimement repris à l’unisson par les massives. On le sait, Tiken Jah Fakoly est un ardent militant de la cause africaine, tous ses lyrics sont politiques et invitent à une meilleure connaissance et à un plus grand respect de l’Afrique, qu’il le fasse savoir à travers ses morceaux (« Mama Africa », « We Love Africa ») ou via quelques harangues avant d’entonner une chanson, notamment sur « Viens Voir », et tout cela sans condescendance. Il y a donc forcément un peu de Bob Marley en Tiken Jah Fakoly, un show ce n’est pas seulement un moment musical, c’est aussi un temps de réflexion.

no logo, 2019, tiken jah fakoly

no logo, 2019, tiken jah fakoly

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Alborosie a sillonné l’Europe entière au cours de l’été à travers une tournée marathon. Entre deux dates en Roumanie et en Angleterre, le Sicilien a fait étape à Fraisans en compagnie de son fidèle backing band, le seul et l’unique Shengen Clan. Peu de modifications notables par rapport au set de la semaine précédente au Nomade Reggae Festival (le gros report ici), normal me direz-vous. Mais au fond peu importe, car on est toujours subjugué par la maîtrise du reggae music par le Shengen Clan et de la virtuosité des musiciens. Ceux-ci exécutent donc logiquement leur fameux medley long comme la cheminée des Forges de Fraisans en jouant tous les classiques rub-a-dub de Pupa Albo de « Poser » à « Strolling » en passant par « Everything » et donc principalement issus de Freedom & Fyah (la grosse chronique ici). En bon Italien et rendant ainsi hommage aux chanteurs d’opéra, il montera dans les octaves pour annoncer le wicked « Kingston Town » qui ravira tous les massives. A l’instar de Dub Inc, on peut voir vingt fois un show d’Albo qu’on ne se lassera jamais.

no logo, 2019, alborosie

no logo, 2019, alborosie

                                no logo, 2019, alborosie

Et quoi de mieux pour finir cette première journée, que de passer un moment empli de faya avec un plateau de grande classe composé de Taiwan MC auréolé de guests que sont ses potes MCs Paloma Pradal, Dapatch, Youthstar, Davojah et Miscellaneous, ainsi que des DJs S.O.A.P (également au mélodica) et Bluntsman. Chacun y est allé de sa petite combinaison avec l’auteur de Cool & Deadly (la grosse chronique ici) : avec leur rub-a-dub style, Dapatch sur « Nah Leave Me Corner » ou Davojah sur « Let The Weed Bun » ont mis en lumière le dernier EP (la grosse chronique ici) de l’ancien frontman de Chinese Man. Puis, on a entendu « Miss Chang » avec un Youthstar déchaîné qui allait ensuite se poser sur des rythmes jungle et une Paloma Pradal qui a enflammé le dancefloor avec le dancehall « Catalina ». Pas une minute à perdre durant ce set énergique, éclectique et endiablé, les invités se succédant à la vitesse de l’éclair. Et qu’est-ce qu’on a kiffé entendre le terrible « Shake Da Ting » par Miscellaneous extrait du split entre Chill Bump & OnDubGround (la grosse chronique ici) !

Crédit photos : LiviPix



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