KillASon – Supaheroz

A croire que les super-héros inspirent beaucoup les rappeurs. Après Demi Portion l’année dernière, c’est au tour de de KillASon de s’y référer avec son tout premier album à paraître le 25 octobre chez Supanova.

Pour la petite histoire, c’est lors de l’édition 2016 du Riddim Collision, le festival créé par Jarring Effects, que nous avions eu vent de KillAson ; il était programmé au côté de pointures telles que Pfel & Greem de C2C ou Acid Arab et il avait fait très forte impression devant le public lyonnais. Puis rebelote six mois plus tard, cette fois-ci aux Eurockéennes de Belfort (le gros report ici). Autant dire que l’artiste trimballe déjà un bon pedigree et après trois EPs, il rajoutera donc une ligne à ce CV bien fourni avec ce Supaheroz.

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KillASon, fan de super héros, mais n’en est-il pas un lui-même ? Car à la manière des Batman et autres Superman, KillASon agit en solitaire…sur scène. Authentique performer, il danse, saute, se met torse nu, envoie les prods et pose son flow dessus : un vrai touche-à-tout, un véritable couteau suisse. C’est principalement cet aspect qui nous avait séduits lors de ses shows, d’autant plus que KillASon déploie une énergie folle ; ce n’est pas un hasard si l’un des titres de Supaheroz s’intitule « Stage Addikt ». Comme un super-héros, le MC possède donc plusieurs personnalités.

Ainsi, en amont de ses prestations scéniques, là aussi, KillASon est un solitaire, enfin presque. S’il est assisté par Le D quant à la production et à la composition, KillASon possède également son double de beatmaker : ce dédoublement de la personnalité s’incarne en un certain Maki La Machete. Un nom qui peut faire froid dans le dos, mais tellement adéquat tant KillASon peut « mash up » le kick. Petite démonstration avec ce Marvel Freestyle intitulé « Venom » sur une prod trap. 

Doctor Jekyllason et Mister Maki. Et on ne prend pas trop de risques en osant affirmer que le Poitevin puise chez Michael Jackson, car comment ne pas penser à la chorégraphie avec les zombies (autre variation sur le thème du double) dans le clip de « Thriller » quand on visionne cette « Illumina Dance » aux parfums jungle et grime.

KillASon puise donc un peu partout, artistiquement, culturellement et musicalement parlant. Un artiste complet. Et ce Supaheroz porte la marque de cet éclectisme propre au jeune performer. D’autant plus que l’album s’ouvre par une véritable profession de foi qui résume tout le concept de cet album : on le sait, dans les comics et plus généralement dans toute la pop culture américaine (Star Wars en tête), les affrontements entre gentils et méchants constituent la métaphore de nos combats internes entre les « énergies positives » et nos « doutes » afin de « maintenir un équilibre cosmique« . Maître Yoda ou Platon n’auraient pas dit mieux.

Par conséquent, l’album oscille sans arrêt entre morceaux lumineux et titres plus sombres. Car si l’on dit que la musique adoucit les mœurs, alors pour l’artiste il peut s’agir d’un exutoire afin de chasser ses démons intérieurs. Dès le deuxième track, « Energi », KillASon prononce une phrase on ne peut plus explicite : « Dans mon labyrinthe interne je me perds / Beaucoup de voix se battent dans ma te-tê« . Et d’emblée, on kiffe ce mélange de trap et d’ambiances digitales.
Mais immédiatement après sur « Mean », le rappeur dévoile une autre facette de sa personnalité sur un rythme toujours hip-hop mais beaucoup plus saccadé aux teintes breakbeat et même furtivement dancehall. Et surtout, après avoir adopté le flow assez lent du trap, il opte pour un fast style très anglais avant de slammer sur « Doubts » à la croisée du hip-hop et de nappes vaporwave/synthwave ou sur l’impressionnant et inquiétant « Rollercoaster » aux mélodies orientales qu’on croirait tirées du « Get Low » de DJ Snake ou du « Galvanize » des Chemical Brothers.

Et c’est là que surgit « Yonko », l’un des tracks les plus noirs de cet opus avec ses grosses basses et un son très abstract et grime à la limite du dubstep façon Dope D.O.D. Ce morceau est cependant contrabalancé par deux tracks plus lumineuses avec « Fuego », où l’on décèle un peu de dub via un skank bien placé, et le superbe et dancefloor « Live Life » à base de pop et d’electro où KillASon nous ferait presque penser à Drake par moments ! Hâte de pouvoir découvrir ce que vaut ce morceau en live & direct. « Fun » suit également cette trame plus enjouée avec une prod funky et synthwave ; le seul feat. de l’album, la talentueuse She Real, renforce l’efficacité du titre.

On retourne ensuite à du hip-hop plus classique avec « Deadpool » (la référence aux comics est clairement explicite) mais terriblement addictif notamment avec son refrain entêtant. Mais ce qui nous frappe avant toute chose ici, c’est cette faculté qu’a KillASon de pouvoir utiliser autant flows tels des superpouvoirs : slam, rap, ragga, etc, l’artiste maîtrise tout, d’autant plus qu’il alterne avec brio entre la langue de Shakespeare et celle de Molière. « Deadpool » incarne parfaitement cette versatilité propre au performer.

Puis, les synthés, le funk et le vaporwave resurgissent sur le track suivant, « Moments » avec un groove incroyable dans lequel KillASon multiplie les beats, dont le grime, tout en restant très fluide et limpide dans l’élaboration de la prod. Seul hic, on se dit que ce morceau arrive trop tard, car c’est le genre de son idoine à écouter sur la plage devant un coucher de soleil en été. Bref, vous voyez le topo… Pas grave, on adore et on adhère quand même, ainsi que « New Plan » qui vient magnifiquement conclure ce Supaheroz avec ces soupçons de hip-hop, de pop (particulièrement dans la voix), de rock, le tout garni de synthés qui vous replongeront allègrement dans les 80’s.

TRACKLIST

1. Opening
2. Energi
3. Mean
4. Doubts
5. Yonko
6. Rollercoast
7. Fuego
8. Live Life
9. Fun feat. She Real
10. Deadpool
11. Moments
12. Intro Stage Addikt
13. Stage Addikt
14. New Plan

Artiste : KillASon
Album : Supaheroz
Label : Supanova
Date de sortie : 25/10/2019

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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