Kumar – Kulture Walk

C’est hier vendredi 1er mai que Kumar a sorti son tout premier album, Kulture Walk. Cette date de parution ne peut être uniquement interprétée comme un hasard du calendrier, car même si le 1er mai est avant tout la journée internationale des travailleurs, il symbolise également le renouveau de la nature, le printemps, etc, la renaissance en quelque sorte.

Et il s’agit bel et bien d’une renaissance pour Kumar. Inutile en effet de vous rappeler que le jeune homme a été pendant plusieurs années le chanteur de Raging Fyah avant qu’il ne se lance récemment dans une carrière solo, synonyme pour lui de nouveau départ. Cependant, bien qu’il ait quitté le groupe, Kumar n’en garde pas moins cette volonté farouche d’apporter un souffle novateur au reggae, ainsi qu’il avait pu le mettre en œuvre avec ses anciens camarades. Là aussi, inutile de vous rappeler que Raging Fyah ne se souciait guère des étiquettes et que son reggae empruntait à de nombreux genres musicaux, comme le rock, la pop, la soul, la dance, le hip-hop, etc…On en veut également pour preuve irréfutable le t-shirt que portait Kumar sur scène au No Logo en 2017 (le gros report ici). Pour une fois qu’un chanteur n’arbore pas nécessairement un vêtement vert-jaune-rouge ou faisant la pub de la ganja…

kumar, no logo, 2017

Kumar au No Logo le 13/08/2017

Crédit photo : Live-i-Pix

C’est par conséquent un renouveau général du reggae qu’incarne Kumar à l’instar des compatriotes de sa génération. Protoje lorgne du côté du funk, Jesse Royal penche pour le trap avec son dernier single « Natty Pablo » (voir ici), Koffee travaille, entre autres, avec Walshy Fire de Major Lazer et Chronixx s’aventurait sur le chemin de la pop avec son premier album Chronology (la grosse chronique ici) en 2017. On n’hésitera donc pas une seconde à établir un parallèle entre la galette de Chronixx et ce Kulture Walk, puisque les riddims sont traversés de part en part par un son frais et audacieux, mais, surtout, rempli de sincérité. Nul besoin de se poser obligatoirement sur du reggae pour affirmer haut et fort sa dévotion au culte rasta. Chronixx et Kumar l’ont parfaitement compris.

Vous écouterez ainsi très peu de reggae dans ce Kulture Walk ; dès lors, quand vous souhaitez prendre cette route sinueuse pour un Jamaïcain, il faut savoir vous entourer de gens exceptionnellement doués quant à la production et à la composition. Mais fort heureusement, on ne manque pas de producteurs doués en Jamaïque, puisqu’ils sont pratiquement les seuls au monde (avec les Anglais et quelques Français dans une moindre mesure) à pouvoir véritablement rivaliser avec les Américains ; les emprunts musicaux incessants entre les deux pays depuis une soixante d’années soutiennent largement cette thèse.

kumar, kulture walk, album

Sur ce Kulture Walk, Kumar a donc fait appel à Clive Hunt, qu’on ne vous présente plus, ainsi qu’à Greg Morris, qui a par exemple mixé le tune de Manudigital « Cali Green » en feat. avec Black Judah et Snoop Dogg aka Snoop Lion. Notis, le producteur italien Walter Bonnot, Budwise Productions et Robert Livingston ont également participé à l’élaboration de cet album. Les bases sont posées pour un album incroyablement maîtrisé du début jusqu’à la fin avec une rigueur méticuleuse du mix et des arrangements aux petits oignons.

Mais comme nous vous le disions plus haut, « vous écouterez très peu de reggae dans ce Kulture Walk« . Les références au genre musical né à Kingston y sont cependant omniprésentes, rassurez-vous. Dès l’introduction, « There Is No Movement Without Rythm » sur des tonalités nyabinghi, Kumar opte pour le spoken word tout en nous rappelant LKJ. Les percussions ont également toute leur importance dans « Trading Places », une marche presque martiale et quasi symphonique surplombée par des cordes aussi épiques qu’émouvantes.

Cet aspect épique à l’allure cinématographique va aussi se matérialiser sur « Grain Of Sand » et son ambiance orientalisante à la Indiana Jones sur un rythme dub et trap. On y retrouve également l’un des feat. de l’album, en la personne d’Agent Sasco, qui, avec son flow rauque, pourrait faire tache ici, mais il n’en est rien. En effet, les voix rudes et rugueuses n’étant pas légion aujourd’hui dans la nouvelle génération citée plus haut, l’intervention du toaster n’en est que plus réjouissante. Encore une manière pour Kumar d’être là où on ne l’attend pas.

A contrario, dans un registre plus proche de l’auteur de ce Kulture Walk, Chevaughn (que l’on a déjà pu observer sur les différents one riddims de Marlon Folkes dont le Reggae Vibes Riddim) arrive en renfort sur « Live Another Day », le genre de track à écouter avec sa moitié au coin du feu dans une ambiance très romantique. On pense ici à certaines productions américaines (comme sur « One Day » avec ses références country) et notamment aux titres les plus « sentimentaux » de Bruce Springsteen, les claviers en tête. On entend d’ailleurs les mêmes claviers (et des percus nyabinghi) sur « Race Of Your Own », qui oscille entre soul, funk, r’n’b et hip-hop ; et une fois de plus, Kumar nous surprend en invitant le rappeur américain M1 de Dead Prez, une sorte de réincarnation moderne de SugarHill Gang et de Furious Five avec son flow sorti tout droit de la fin des 70’s, époque pendant laquelle le hip-hop cherchait encore à s’affranchir du funk.

Mais rappelez-vous, on vous avait déjà fait part de ce mélange des genres propre à Kumar dans le premier single de cet album, le groovy « Remember Me » (voir ici), à une différence près : le reggae fait ici une grosse apparition avec un skank. Kumar se plaît même à rapper par intermittence  sur ce track plutôt boom-bap. On écoute également avec beaucoup d’intérêt le très beau « Loyalty » avec ses synthés 80’s, sa guitare solo omniprésente, le tout structuré autour d’un riddim reggae. Car oui, on le redit, Kumar a tout de même inséré un peu de reggae sur son Kulture Walk, notamment sur « Dry Bones », un one drop sensuel parsemé de cuivres ; cuivres (et cordes) que l’on entend pour notre plus grand plaisir sur le wicked « Sailing » à base de trap et de pop : Drake et Justin Bieber n’ont qu’à bien se tenir…

Et c’est en fanfare, dans tous les sens du terme, que Kumar conclut son Kulture Walk. En effet, pour rendre ce superbe hommage à son île natale, la Jamaïque, il lui fallait une prod qui surpasse tout et c’est ce qui advient avec ce « Jamaica ». Le synthwave introduit le track avant de muter en disco puis en trap sur la fin, le tout s’enchaînant avec brio via des cuivres (normal, pour du disco), des effets à la Dunbar et, surtout, un Kumar, totalement exalté. Il s’agit probablement de l’un des plus beaux hommages rendus ici à la Jamaïque, alors qu’il n’y a pourtant pas une once de reggae ou de dancehall dans ce morceau démontrant ainsi qu’il n’est nul besoin de s’enfermer dans certains poncifs pour pouvoir pleinement s’exprimer. Et cela, Kumar l’a très bien assimilé à travers tout son Kulture Walk.

TRACKLIST

1. Intro – There Is No Movement Without Rhythm
2. Trading Places
3. Live Another Day feat. Chevaughn
4. Sailing
5. Grain Of Sand feat. Agent Sasco 
6. My Life My Message (Interlude)
7. Dry Bones
8. One Day
9. Loyalty
10. Race Of Your Own feat. M1
11. Remember Me New Mix
12. Dry Bones (Piano Version)
13. Jamaica 

Artiste : Kumar
Album : Kulture Walk
Label : Kulture Walk Music Group
Date de sortie : 01/05/2020

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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