Alpha Steppa – Raise the Ark

Cette année le mois de mai était synonyme de dub puisqu’après la sortie de l’album d’Ondubground et de l’EP d’IST3P le 22 mai, sont sortis le 29 mai dernier celui d’Alpha & Omega, d’O.B.F mais aussi celui d’Alpha Steppa que l’on va chroniquer dans ces lignes. Le dub maker britannique Alpha Steppa vient donc de présenter son tout dernier opus intitulé Raise the Ark chez Steppas Records. Cet opus marque les 10 ans d’existence du label et nous offre pour l’occasion un double LP Vocal + Dub qui explore de façon inédite la musique consacrée au sound-system. On y retrouve quelques artistes proches du label comme Nai-Jah, Pupa Jim, Ciann Finn, Tenor Youthman, Sista Awa, Eva Keyes, Block Mameli ou encore Ras Tinny pour un opus intergénérationnel mais aussi international. Nous allons de ce pas découvrir cet album tant attendu.

Raise the Ark se compose de deux parties distinctes. La première est dédiée aux artistes qui ont accepté de poser sur des riddims concoctés par Alpha Steppa (12 titres). La deuxième, quant à elle, est consacrée aux versions dub de ces précédents morceaux (10 titres).
On commence avec la partie chantée par une magnifique intro “Show Me the Way” signée Cian Finn. Épurée et envoûtante, elle nous renvoie à notre passé tribal où les chants autour du feu résonnaient sur les parois des cavernes. Certains pourraient aussi penser à la B.O de la série Viking. Le français Pupa Jim (Stand High Patrol) prend le relais avec “Dear Friend”, un titre mélancolique comme une lettre ouverte sur les catastrophes écologiques à venir. Le Russe Tenor Youthman nous conseille de “Break All the Walls and Build Bridges” pour le bien de l’humanité, une manière de nous rendre plus solidaires, plus humains. Ce message posé sur un riddim dub léger et épuré mais tout de même profond est très efficace pour nous remettre en question. Un cri du coeur.

Alpha Steppa se réserve l’entraînant dub “The Living Word” avant de reprendre avec la première invité féminine Sista Awa (Italie/Sénégal) sur le puissant et hypnotique “Even Clouds Stop to Look”. Artiste que l’on retrouve par la suite sur le tribal et percutant “When We Were Free” dont les percussions jouent un rôle prépondérant, la pépite cuivrée “Whip Lash Crack” et le doux “Supreme Dream” avec Ras Tinny du Suriname, mêlant ainsi soul et hip-hop. Les adeptes du vieux son vinyle seront charmés par l’instrumental de ce titre.
L'irlandaise Eva Keyes n'est pas en reste, bien que présente sur un seul morceau. Mais quel morceau ! Aussi envoûtante qu’une Marina P, Eva Keyes sait, avec “Fever”, nous happer. On se laisse lentement tomber dans un puits sans fond. Nul doute que vous serez séduits par la voix d’Eva Keyes.

Vient alors le tour de Nai-Jah, artiste franco-nigerian avec “Omo Kibish” un titre aux sonorités traditionnelles qui n’en reste pas moins dynamique et dansant. On a comme une envie d’unité, de rassemblement à l’écoute de ce morceau. Il n’est pas étonnant de retrouver cet artiste dans Raise the Ark puisque Nai-Jah et Alpha Steppa avaient déjà conçu un très bon opus ensemble intitulé Elephant On Acid. En retour Nai-Jah avait demandé à Alpha Steppa de composer un titre dub pour son dernier album Masquerades, ce qui avait donné le marquant “Overdub”.
Block Mameli (Italie/Ghana) s’adresse au peuple avec “My People” qui résonne comme une complainte. Il conte ainsi l’histoire et les souffrances de son peuple. Un hymne pour la communauté noire du monde entier.
“Black Rain” de Ras Tinny et de Nai-Jah est le summum du concept proposé dans l’album. Ras Tinny chante la modernité quand Nai-Jah chante le tribal. La solution à nos problèmes actuels est quelque part entre ses deux visions de la vie.

Je ne développerai pas beaucoup la deuxième partie consacrée au dub. Cela vous donnera une raison supplémentaire d’aller écouter cet indispensable opus. Mais sachez qu’Alpha Steppa, à travers sa musique, sait nous transmettre des émotions aussi prenantes qu’avec les versions chantées. C’est notamment le cas de “Dear Dub” ainsi que de “Dub Fever” qui ne vous laisseront pas indifférents. L’album se clôt sur la très mélancolique outro “Mist in May” de Nai-Jah. On espère juste enfin pouvoir entendre ses dubs tourner dans les sounds en festival.

Alpha Steppa ouvre son dub à d’autres influences (trap, hip-hop, bass music, musique traditionnelle). Il faut dire qu’il est bien établi dans le milieu est ne craint donc plus grand chose, en cela il peut se permettre d’explorer des contrées encore inconnues de la musique. La musique présente dans Raise the Ark n’en délaisse pourtant pas moins le côté conscient du reggae-dub. Les riddims font ressurgir des choses cachées depuis bien trop longtemps au fond de nous mêmes. Cet album nous fait voyager à la fois dans le passé et vers le futur qui nous attend. On ne peut vous conseiller que de vous y jeter !

Alpha Steppa - Raise the Ark
Sorti le 29/05/20
Label : Steppas Records

Tracklist :
01- Show Me the Way (Intro) ft. Cian Finn
02- Dear Friend ft. Pupa Jim
03- Break All the Walls and Build Bridges ft. Tenor Youthman
04- The Living Word
05- Even Clouds Stop to Look ft. Sista Awa
06-Fever ft. Eva Keyes
07- Omo Kibish ft. Nai-Jah
08- When We Were Free ft. Sista Awa
09- My People ft. Block Mameli
10- Supreme Dream ft. Ras Tinny & Sista Awa
11- Whip Lash Crack ft. Sista Awa
12- Black Rain ft. Ras Tinny & Nai-Jah
13- Dear Dub
14- Break All the Walls and Build Dubs
15- The Living Dub
16- Even Clouds Stop to Dub
17- Dub Fever
18- Omo Dub
19- My Dub
20- Whip Lash Dub
21- Black Rain Dub
22- Mist in May (Outro) ft. Nai-Jah

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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