Stand High Patrol – Our Own Way

Que l’on soit clair d’entrée, il ne s’agit pas pour nous d’être flagorneur, bien au contraire, mais l’on se doit d’avouer qu’à chaque nouvelle sortie d’album de Stand High Patrol, on a l’impression de se retrouver face à la meilleure œuvre du crew. Mais plutôt que de vouloir établir un classement totalement dénué d’intérêt, affirmons plutôt que la discographie du groupe brestois constitue un tout cohérent, immensément riche, avec ses clins d’œil, ses flashbacks, ses nombreuses influences, fonctionnant presque comme une saga musicale à la manière de Balzac ou de George Lucas.

Avec son dernier opus en date, Our Own Way, sorti le 24 juillet sur son label Stand High Records, le groupe a donc ajouté une nouvelle corde à son arc dubadub avec lequel il décoche ses flèches qui font mouche à chaque fois. Le choix du titre de cette nouvelle galette n’est d’ailleurs pas anodin pour un collectif qui, en effet, suit sa propre voie depuis toujours en produisant un reggae/dub original, et plus si affinités, et à sa manière.

Ainsi, à l’instar d’un Biga*Ranx qui développe son vapor dub libre de toute contrainte musicale et avec qui Pupajim a justement partagé un track sur son récent Sunset Cassette (la grosse chronique ici), Stand High Patrol poursuit son exploration du genre né à Kingston pour mieux se renouveler et, surtout, mieux brouiller les pistes. Effectivement, bien que largement inspiré des compositions jamaïcaines et une esthétique autoproclamée de dubadub (puisqu’il faut bien coller des étiquettes), le son de Stand High Patrol n’a nullement son pareil d’autant plus qu’il a la fâcheuse habitude de constamment nous surprendre.

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Enfin, nous surprendre, pas tant que cela finalement, puisqu’on sait depuis plus de vingt ans que la scène dub française n’a véritablement de dub que le nom et que la filiation avec King Tubby serait plutôt à chercher du côté des bidouillages sonores et des techniques inhérentes au genre en lieu et place d’une analogie strictement musicale.

En effet, le dub est et restera avant tout du remix, et rien d’autre ; il découle bien évidemment du reggae, mais le rock n’roll, le funk, le reggaeton et que sais-je encore, peuvent eux aussi être remixés à l’infini. Et comme par hasard, plusieurs tracks sur cet Our Own Way s’apparentent à des remixes. On mentionnera tout d’abord le hip-hop « Jays’ Life », l’un des singles annonciateurs de l’album (voir ici), qui trouve son pendant dub, « The Factory » et dans lequel Pupajim reprend exactement les mêmes paroles, ou comment obtenir plusieurs versions d’une idée initiale.
Et on décèle une démarche similaire à travers « The Train » et « D Funk » ; en effet, la structure et les influences (synthé funky voire disco, batterie jazz, kick stepper qui penche du côté de la techno) demeurent, peu ou prou, identiques sur les deux morceaux, mais « The Train » se veut le remix plus énervé de « D Funk », les deux tracks fonctionnant donc comme un effet de miroir ou d’ombre.

Jazz et techno, telles sont deux entités non négligeables de cet Our Own Way. Si l’on savait que les tonalités jazzy étaient indéniables pour le crew depuis A Matter Of Scale (la grosse chronique ici) et le renfort au sein du crew du trompettiste Merry, les aspirations techno sont presque novatrices ici. On en veut également pour preuve un son qui nous provient directement de Berlin et plus particulièrement de Rhythm & Sound avec « Every Plane », renforcé par la trompette à la Miles Davis de Merry, morceau qu’on croirait également être un remix soft issu de l’un des autres hauts lieux de la techno mondiale, à savoir Detroit, avec « The Bells » de Jeff Mills. Avec ce superbe melting-pot (que l’on remarque également sur « Rain On The Window » avec son skank qui s’assimile à un gimmick house), Stand High Patrol prend non seulement la suite d’High Tone avec son Time Has Come (la grosse chronique ici) ou Zenzile avec son dernier 5+1 (la grosse chronique ici), mais avec l’intervention de Merry on entend presque la réponse dub au sublime Tourist de St Germain qui mêlait déjà il y a une vingtaine d’années, electro, techno, jazz, dub, etc, et où était samplé un certain « Stalag ».

A ce propos, les premières notes de la ligne de basse sur « The Sound Of Nature » rappellent celles du mythique riddim jamaïcain ; hommage hasardeux ou inavoué, toujours est-il que, là aussi, « Sound Of Nature » s’articule autour de nombreuses influences, telles que le dancehall, le dub, le hip-hop, le jazz et la voix smooth et soul de Pupajim.
On ne s’étonne dès lors plus que pas moins de quatre chansons dans cet album comportent des genres musicaux dans leur intitulé : d’une part, « D Funk » déjà mentionné, mais aussi « Blues », qui, même s’il parle plus du sentiment que du blues cher à Muddy Waters et qu’il comporte un skank, nous interpelle quant au choix du titre et, d’autre part, deux tracks plus urbains.
En premier lieu, « Belleville Rap », un hip-hop qui, de la même manière que sur The Shift (la grosse chronique ici), se veut comme une dédicace au son boom-bap des 90’s, sans les références jazz, mais avec un ingrédient supplémentaire, doublé d’une petite surprise, puisque Pupajim s’exprime dans la langue de Molière en véritable Sage Poète de la Rue via des métaphores et constructions sonores pertinentes ; on ne saurait que lui conseiller de réitérer l’expérience. En second lieu, « Rainy Ragga » vient explorer le dancehall dans sa forme la plus brute et la plus squelettique qui soit, d’autant plus que, une fois encore, Pupajim module sa voix en se parant d’un flow plus grave, imitant en cela les cadors de l’âge d’or du dancehall 90’s.

Cet intérêt pour la sono mondiale sous toutes ses coutures résonne ainsi comme un écho après que le crew a fait la liste exhaustive (?) des genres musicaux all around the world en y associant leur ville ou pays d’origine sur « Style & City » dans A Matter Of Scale. C’est en cela que nous disions en introduction que les albums de Stand High constituent un tout cohérent malgré leur apparente et évidente diversité. Le collectif a même pris un malin plaisir à refaire du Midnight Walkers, opérant un retour en arrière avec « Along The River » ou encore « Our Own Way ».

Mais s’ils ont abordé différents genres musicaux ici, c’est presque tout le son jamaïcain qui a été convoqué sur Our Own Way, depuis les fondations jusqu’à aujourd’hui ; nous avons déjà évoqué le dub et le dancehall, on écoute aussi un ska/rocksteady sur « In The Park », avec un Pupajim aux accents soul, morceau qui aurait parfaitement convenu à Marina P également (comme « Sailing In Rough Seas »), eu égard à ses collaborations avec Mungo’s Hi Fi ou The Radiators (la grosse chronique ici). Puis, c’est le groove du rub-a-dub qu’on peut entendre sur « Dub O’Clock » avec sa wicked ligne de basse héritée du funk et de celles de Flabba Holt des Roots Radics ; « Dub O’Clock » se pose comme le véritable symbole (ou hymne) de cet album, non seulement de par son efficacité musicale mais aussi par cette sentence proférée par Pupajim qui synthétise la vision artistique de Stand High Patrol depuis ses débuts : « We experiment like jazzmen« .

L’expérimentation, telle est ainsi la seule contrainte que se fixe le combo brestois. Et puisque l’on a établi un lien évident avec Biga*Ranx (pour ce goût de l’aventure et cette volonté indéniable d’avancer et de se renouveler, entendons-nous bien), nous ne manquerons pas de souligner que le dernier morceau de cet Our Own Way, « Last Day Of Winter », aurait très bien pu sortir du studio de Brigante Records (ou même des machines de Chaton) avec son atmosphère plus que suave, un skank aérien et ce mélange délicat de hip-hop et de reggae.

TRACKLIST

1. Morning
2. Sailing in rough seas
3. Blues
4. Dub o’clock
5. Along the river
6. The factory
7. In the park
8. Rain on the window
9. Jay’s life
10. Every plane
11. Belleville rap
12. The train
13. Our own way
14. The sound of nature
15. Rainy ragga
16. D Funk
17. Last day of winter

Artiste : Stand High Patrol
Album : Our Own Way
Label : Stand High Records
Date de sortie : 24/07/2020

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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