Pierpoljak – la roue tourne igo

La prison change un homme. De nombreux artistes en ont fait les frais, et dans certains cas, cela a pu leur inspirer de très belles chansons comme Toots "54-46 was my number", Bunny Wailer "Battering Down Sentence", Gregory Isaacs "General penitentiary", ou encore Jah Cure "True reflection (Prison wall)". Trevor Sutherland surnommé Youth, lors de ces 2 années d’emprisonnement, a lu la Bible et a changé de nom pour devenir le grand I Jah Man.

Pierpoljak a malheureusement connu le centre pénitentiaire en 2017 pour un peu plus de 6 mois. Pas une fierté de ce qu’il dit, mais un recentrage sur qui il était, ce qui lui a inspiré bons nombres de chansons de ce nouvel album intitulé La roue tourne igo, une inscription sur le mur de sa cellule qu’il lisait tous les jours.

Pierpoljak, Igo, Clarks au pied, reggae 2020, album 2020

L’album démarre sur un très beau " triomphe de l’amour" comme sait nous les sortir Pierpoljak car même avec des idées sombres, quoi de plus beau qu’un cœur qui bat pour une autre personne. Il fustige quand même ceux qui parlent mal dans son dos parce que oui, le monde est rempli d’hypocrites.

« je lève mon verre à tous mes faux amis  en leur souhaitant que la vie leur sourit »

Tout comme il parle de l’espoir de l’enfant soldat, cachant sous son treillis un livre parce que la paix se fera avec l’éducation, la connaissance, et non avec une arme à la main. (chronique vidéo ici)

Riddim plus rapide pour "Clarks aux pieds" avec Daddy Mory, la moitié de Raggasonic. Un duo fumant digne de son «chaussette qui fouette la ganja ». Un ode à la chaussure qu’ici les moins de 20 ans ne connaissent sûrement pas mais qui fait toujours fureur en Angleterre ou chez les rudes boys en Jamaïque, comme le chantaient déjà  Barrington Levy et Scorcher sur «Put me Clarks on" en 1979, la chaussure par excellence comme le béret Kangol le deviendra dans les 80/90’s.

Pierpoljak et Daddy Mory, chacun avec leur phrasé nous envoient du lourd pour un titre qui donnera envie de danser sur les dancefloors ou dans les concerts avec si possible ces fameuses chaussures aux pieds ! (chronique vidéo ici)

Quelques notes aigües de synthé avant que n’entre un riddim bien lourd pour un "Jeu de con" où l’artiste nous parle de son incarcération dès la sortie de l’avion. Du paradis à l’enfer. Un mauvais karma, une histoire d’amour qui finit mal avec un enfant au milieu, ce qui peut engendrer quelques déboires avec la justice. C’est sombre, on sent que Peka a vraiment eu du mal avec son incarcération mais qu’il a aussi beaucoup appris pendant cette période sans liberté.

"Beber", ces mots résonnent, le temps passé au CP (Centre Pénitenciaire) a vraiment inspiré notre chanteur, le plaisir n’est pas toujours au rendez-vous, hormis le temps passé avec la psy. Fantasme, réalité ? tout est permis, une belle histoire qui pourrait inspirer des cinéastes entre le ‘bad boy au grand cœur et aux yeux indigo’ et la jolie psychologue.

« Je pense qu’elle a deviné
Qu’elle me faisait de l’effet
Que j’avais une demi leumo (demie molle)
l’envie d’la coucher sur le bureau »


Dans la même veine, on peut classer "Penave" avec l’histoire d’un courrier au parfum tout aussi envoutant que le riddim. Là encore notre Peka, nous raconte une belle histoire d’amour, ou du moins d’instinct animal, une petite sauvagerie entre adultes consentants.

« Rendez-vous pour une baise inconnue
(…) chamaniquement parlant, ta magie me rend dur »

Notre Peka est en pleine forme !

Bon riddim digne des 90’s où on voit un Pierpoljak dénonçant les travers de la société sur « les anges aux dents cassées », et plus particulièrement nos dirigeants, ceux qui méprisent le peuple d’en bas, qui se croient au-dessus de tout, mais malheureusement pour eux, la mayonnaise ne prend plus, (ou du moins beaucoup moins qu’avant) avec des discours surfaits ou trop endormeurs car si Karl Marx disait que la religion est l’opium du peuple », on pourrait tout autant dire que la politique est l’héroïne du peuple, elle t’endort tout en  te faisant croire au bonheur alors que c’est réellement un bad trip.
Et en parlant religion, l’église en prend aussi pour son grade avec ses siècles de viols d’enfants que les hautes autorités religieuses veulent effacer ou minimiser.

"Igo" tout comme "2min40"»  nous parlent aussi de ces journées de prison qui paraissent une éternité, des activités dédiées aux incarcérés, de ce quotidien dans une cellule qui tient lieu d’appartement tout en rêvant de cette envie de liberté à travers un oiseau, des anciens détenus. Les riddims sont tous aussi lourds que l’ambiance qui peut régner du côté du CP de Meaux, tout comme celui de la Santé, des Beaumettes ou de Riom.

Il enfonce le clou avec "Gueuler c’est pas la peine" qu’il joue en duo avec Sir Samuel (ex Saïan Supa Crew). Le riddim vous donne des coups de poings dans l’estomac pour une chanson où l’on comprend que la vie en zonzon n’est pas une partie de plaisir, loin de là, malgré ce que peuvent dire certains moralisateurs, juste se dire qu’ils ne sont que des numéros d’écrous, qu’ils doivent garder force, espoir et moral en pensant à ceux qu’ils aiment plutôt que de se faire abrutir à coup de médicaments ou de penser au suicide. La réalité est rude pour ceux qui rêvent juste d’un café sur une terrasse à Paname. 

Le titre "Trash Com" démarre tel une musique d’orange mécanique pour dénoncer la violence faite aux animaux. Une chanson qui pourrait devenir l’hymne de l’association L214 ou des ligues anti-chasses tant le texte est prenant. Que ce soit le loup dans une petite cage au zoo, le veau dans une abattoir, ou le renard à la patte prise dans un piège, non seulement cela sonne juste mais dans la voix du chanteur, on voit les images du côté sombre de l’humain.

L’album se termine sur "7 ans de malheur" qui pourrait se combiner avec le très beau "Reflet dans le miroir", titre sorti sur l’album General Indigo. Le miroir s’est brisé et sa vie s’en est vu chamboulée. Une belle histoire d’amour qui se termine mal comme le chantaient, il y a bien longtemps les Rita Mitsouko. On sent un Pierpoljak bouleversé, avec des regrets sûrement, mais au bilan de sa vie il sait toujours nous toucher parce ce qu’il écrit est vrai et que l’on peut se retrouver dans chacune de ses chansons. L’histoire ordinaire d’un homme extraordinaire.

Pierpoljak, Igo, Clarks au pied, reggae 2020, album 2020

Tous les textes et mélodies ont été écrits par l’artiste. Derrière Pierpoljak on retrouve des musiciens ou riddim makers  agguerris comme Bost, Marc Jouanneaux, Thomas Broussard, Jimmy Zaccarldi, Rand ‘Patch’ Ralph, Marc Anmalsons et Nina Eghbal, Anthony Hassine et Jemiblack.
le tout a été mixé ente londres au CLM  Sound Lab et Paris au HRN Studio par Laurent Dupuy, Romain Fillioux et Jonathan Fourel.

L’artwork et les photos sont de Koria et il faut reconnaître tout son talent dans le ressenti de ce que dégagent les différentes photographies, les fameuses clarkes, le rouge sang car le cœur de l’artiste saigne de tous ces moments ratés et la bague PK. Tout est dans le détail.

Pierpoljak qui se faisait appeler Peter Pan à ses débuts a bien grandi. Il est un poète 2.0, digne descendant d’un poète maudit comme un Baudelaire, ou un Gérard de Nerval (qui a écrit un de ses plus poèmes en prison nommé "Politique"). Le retour à la liberté vous grandit un homme, le grand Pierpoljak est de retour à travers un de ses albums les plus intimes !

Pierpoljak - la roue tourne igo
Verycords
Sortie le 28/08/2020
en CD, vinyl et sur toutes les plateformes de téléchargement légales.

tracklist :
1 triomphe de l’amour
2 clarks aux pieds (Feat. Daddy Mory)
3 jeu de con
4 beber
5 les anges aux dents fracassées
6 igo
7 2min40
8 trash com
9 penave
10 gueuler c’est pas la peine (Feat. Sir Samuel)
11 7 ans de malheur

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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