Sumac Dub – Norska

Avec tous nos regrets les plus éternels, l’on est bien obligé de faire acte de contrition, mais force est de constater que l’on avait totalement oublié de vous parler du dernier album de Sumac Dub, Norska, sorti depuis le 9 mars dernier. Six mois que cet opus est resté bien enfoui au fond de notre boîte mail et que l’on vous propose de (re)découvrir dès maintenant, car après tout, il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Jeune dubmaker originaire de Grenoble, Sumac Dub n’en est pourtant pas à son coup d’essai avec ce Norska. Avec déjà plusieurs galettes à son actif parues chez ODGProd, c’est une nouvelle fois auprès du label tourangeau qu’il vient partager sa vision du dub, c’est-à-dire un dub méditatif et aérien qui met autant en avant les machines que les instruments plus traditionnels.

Vous l’avez compris, c’est en héritier du dub live à la française que Sumac Dub se positionne et ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il samplait le « Train To Transylvania » d’High Tone (tout en revêtant un t-shirt estampillé Zenzile) dans une Jam Session l’année dernière (voir ici). Sauf que, bien évidemment, Sumac Dub n’est pas un groupe à part entière et il opère seul comme la majeure partie des artistes dub hexagonaux aujourd’hui. Mais là où ça devient très intéressant, c’est qu’il fait partie de toute cette génération actuelle, prenant donc le pas de ses aînés, qui effectue la fusion entre l’électronique et l’électrique : Bisou et son clavier, Rakoon et sa guitare, Raavni (dont nous vous parlerons très bientôt) et son didgeridoo et forcément, le mec qui nous intéresse présentement, Sumac Dub et son violon, sans oublier Art-X et son melodica, et qui sais-je encore.

C’est d’ailleurs auprès du co-fondateur d’OnDubGround que Sumac Dub dévoilait le single annonciateur de ce Norska et intitulé « Le Chant Du Sirli » (voir ici). D’emblée, l’auteur du Jardin de Lucy nous emmenait une nouvelle fois sur le terrain de la biologie en se référant à un oiseau, après s’être consacré au « Chant de la Baleine ». Sauf qu’ici, malgré un lien évident avec la nature, il s’agit plutôt d’un album géographique tant les toponymes et autres localités sont légion. Norska est donc une invitation au voyage, qu’il soit intérieur ou physique.

En effet, alors qu’OnDubGround naviguait sur le « Danube » il y a quelques années, c’est sur l »Amou-Daria », un fleuve d’Asie Centrale, que Sumac Dub nous entraîne ici dans un dub techno à la Rhythm & Sound couplé de sonorités orientales et du violon cher à l’artiste. Les aspirations pour l’Orient sont justement très importantes dans ce Norska et c’est la raison pour laquelle nous établirons un lien direct avec le premier album d’High Tone, le mythique Opus Incertum, où figuraient non seulement chants de moines tibétains et ambiances soufies ou arabisantes, mais comportait aussi des tracks géographiques, « Delhi Katmandou » et « African Airline ».

Surtout que ce n’est pas la première fois que Sumac Dub utilise ce procédé, puisqu’il avait déjà produit un « Tatooine Jam » sur le Jardin de Lucy. Alors certes, il s’agit d’une planète fictive issue de Star Wars, mais il s’avère que la musique même de Sumac Dub a quelque peu à voir avec les différentes espèces originaires des 1000 coins de la galaxie dans la fameuse scène de la cantina sur ladite planète. Le Grenoblois puise effectivement partout, à de multiples endroits du monde et ce « Tatooine Jam », sorte de manifeste artistique du dubber,  n’en est que plus révélateur à ce sujet avec ses influences pléthoriques.

D’autant plus que Tatooine est un endroit terribement aride et qu’il fait étrangement écho à la pochette de ce Norska élaborée par le graphiste Jusa. Un désert d’Asie Centrale est ainsi explicitement mentionné dans l’un des morceaux de l’album, à savoir « Lost In Kavir », sur un riddim très roots parsemé de mélodies épiques.

sumac dub, norska, nouvel album

C’est là que réside justement tout l’intérêt de l’esthétique développée de Sumac Dub, capable de faire cohabiter des ambiances aux antipodes l’une de l’autre au sein d’un même morceau. Car s’il est indéniable que l’artiste se réfère au dub techno de Rhythm & Sound, il n’en reste pas moins marqué par les pères fondateurs du reggae. « Keystone » en feat. avec The Maucals est probablement le plus représentatif de cette dualité, ou même « Daraya » qui mêle percus nyabinghi et éléments electro ou encore « La Dernière Marche », que l’on pourrait aisément qualifier de deep dub roots.

Le son de Sumac Dub est donc plus axé sur l’introspection (le voyage intérieur dont nous parlions plus haut) et la méditation que sur une volonté de faire trembler le dancefloor ; on peut danser, certes, mais les amateurs de stepper pur et dur et de sensations fortes ne trouveront pas leur compte ici. Ce qu’il est important de comprendre, c’est que Sumac Dub a réussi à renouer avec l’esprit rock n’roll propre aux tontons du french dub, avec une richesse instrumentale évidente.

On ne sera dès lors pas du tout surpris d’entendre quelques inspirations provenant de Kaly Live Dub, l’autre groupe phare de la scène lyonnaise des années 2000 et pas en reste non plus concernant tout ce qui à trait à l’Orient et les mélodies planantes ; ici des titres comme « Arkada », « Rituel Chamanique » (et ses réminiscences an 3000 et digitales à la O.B.F) ou « Tirich Mir » (où courent aussi les influences plus acid d’Iration Steppas et d’O.B.F, voire même de Rhythm & Sound) nous rappellent en bonne et due forme les compos les plus stepper de la bande à Pilah, dont un certain « Steppa For Violin » (tiens, tiens), notamment via la batterie. 

Et comme par hasard, c’est auprès de celui qui renouvelle le plus le reggae français actuellement et qui a d’ailleurs travaillé avec Kaly Live Dub il y a une dizaine d’années que Sumac Dub est allé chercher du renfort pour ce Norska ; nous parlons bien sûr de Biga*Ranx qui vient colporter son vapor dub trap addictif dans « Operator » et qui entre parfaitement en symbiose avec l’univers stratosphérique de Sumac Dub. Le Grenoblois s’est donc payé le luxe d’inviter deux Tourangeaux (l’autre étant Art-X) sur sa galette et ceci n’a rien d’une coïncidence, tant ceux-ci font preuve d’originalité dans leurs créations. Oui, il était vraiment temps que nous parlions enfin de ce Norska.

TRACKLIST

1. Edeyen
2. Amou Daria
3. Rituel Chamanique
4. Le chant du Sirli feat. Art-X
5. Introlude Operator
6. Operator feat. Biga*Ranx
7. Daraya
8. Tirich Mir feat. Ishiban
9. Lost in Kavir
10. Keystone feat. The Maucals
11. La Dernière Marche
12. Interlude
13. Arkada
14. Keriya

Artiste : Sumac Dub
Album : Norska
Label : ODGProd
Date de sortie : 09/03/2020

 

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements