Echange avec Takana Zion

L’interview Human Supremacy 

Human Supremacy est le dernier projet de Takana Zion. Ce projet sorti en pleine période trouble un peu partout sur ce monde et particulièrement en Guinée marque le retour du chanteur au franc parler. Alors quand on nous a proposé de rentrer en contact et d’échanger avec ce grand monsieur et ce grand chanteur, on a de suite saisi l’opportunité.

Dans cet article, on vous propose de vous plonger dans l’univers de Human Supremacy et de Takana Zion en lisant la retranscription de cet échange éffectué par téléphone le 5 août. Takana se trouvant en Guinée.


 

Bonne lecture.

Notre chronique de Human Supremacy à (re)voir ici

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Vinyle
 


LGR : Bonjour Takana. Je suis honoré de pouvoir échanger avec toi aujourd’hui. Merci d’avoir accepté l’interview. On rappelle que Human Supremacy est sorti en juin sous le label Soulbeats. (label avec lequel tu as déjà travaillé pour Rasta Government et Good Life).

Takana : Bonjour. Enchanté. C’est un plaisir pour moi aussi.

LGR : Human Supremacy (suprémacie humaine) parle de l’homme. Plus exactement des capacités que le créateur a offert aux hommes. Bien que celui-ci puisse s’en servir pour construire un monde de paix, il s’en sert au contraire pour détruire, imposer sa puissance, créer des inégalités. Tu peux nous parler du message de cet album ?

Takana : Oui, exactement. Human Supremacy, ça parle de l’homme. Parce que l’homme est au-dessus de tout, l’homme est au centre de tout, You know ? On nous a enseigné que l’homme est au-dessus de toutes les créatures, qu’il domine toutes les créatures et dieu nous a donné la raison pour distinguer le bien du mal et de faire en sorte que tous les peuples soient frères et que tous les peuples soient égaux en droit et que les gens s’aiment, you know ?
Nous adorons le créateur mais l’être humain a utilisé cette force, cette puissance qui lui a été donnée par la nature pour faire du mal à son prochain, à son semblable, pour créer des inégalités, des injustices comme tu as pu le dire, des discriminations

LGR : On a découvert le premier single  » Dirigeants Aveugles  » ou tu dénonces les injustices et les inégalités qui règnent en Guinée. C’est la réélection d’Alpha Condé qui t’a incité à écrire ce texte. Tu peux nous éclairer sur la situation en Afrique et plus particulièrement en Guinée.
(la constitution stipule que les dirigeants guinéens ne peuvent effectuer que deux mandats).

Takana : J’ai pensé à toute l’Afrique en écrivant cette chanson mais particulièrement à la Guinée, mon pays. Vous savez que nous avons toujours connu des chefs en Afrique qui nous parlent de démocratie mais qui en même temps ne respectent pas les règles de la démocratie. A chaque fois qu’ils font un puis deux mandats, ils font tout pour pouvoir modifier les textes en leur propre faveur, tout en écrasant les pauvres et en opprimant leur propre peuple. C’est de ça que parle  » Dirigeants Aveugles  » (du 3ème mandat) parce qu’à un moment donné le peuple noir en a marre, you know ? Nous sommes en Guinée, nous sommes en train de vivre sous la dictature d’Alpha Condé et je pense que c’est la même chose en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Sauf que chez eux, c’est plus subtil, en Guinée, c’est terre à terre, you know ? Aujourd’hui, tu ne peux pas te lever et dire ce que tu penses sans être menacé d’aller en prison ou de perdre ta vie, voilà. On joue sur la maladie du corona, pour confiner et reconfiner les gens jusqu’à la moelle, les os et pendant ce temps, vous avez 5000-8000 personnes qui vont au marché pour acheter à manger pour leur famille sans masque, sans aucun respect pour les gestes barrières. Aujourd’hui en Guinée, le gouvernement vient juste d’augmenter le carburant à 11000 francs Guinéen, il était avant à 9000 francs Guinéen. Pour comparaison, c’est comme-ci le carburant coûtait 7E5 avant et maintenant 9E5 et tous les prix en Guinée ont grimpés, les transports, les condiments au marché. A côté de cela, il n’y a pas d’emplois pour les jeunes. C’est pour cela que les jeunes vont se jeter dans l’Atlantique comme vous avez du bien l’entendre dans Human Supremacy aussi. Les jeunes n’ont plus d’espoir, il n’y a rien qui les motivent à rester vivre en Afrique et ils vont se jeter dans la mer. C’est ça la triste réalité.

 

Takana Zion
 » Dirigeants Aveugles « 

 


LGR : Ok triste réalité en effet. Pour la petite anecdote, tu me parlais du Sénégal et je discute souvent avec Puppa Lëk Sèn. C’est un chanteur Sénégalais qui me parle souvent de l’Afrique. Vous avez un message assez proche tous les deux. Il a d’ailleurs récemment sorti le Du Dem Riddim. Le but de ce projet est de mettre en avant l’Afrique et ses voix, on retrouve pas mal de bons artistes et le projet est bon.

Takana : Ce sont de belles initiatives à encourager

LGR : Justement, tu parlais des jeunes qui se jettent à la mer. Le titre  » Dans L’Atlantique  » en fait référence.

Takana : Y’a rien en Afrique aujourd’hui qui encourage les jeunes à rester sur place. Les différents gouvernements n’encouragent pas l’entreprenariat. C’est-à-dire : Il y a beaucoup de jeunes Guinéens qui ont vécu, appris en Europe pendant des années et qui veulent réinvestir leur argent ici. Et à peine, tu as fini d’investir ton argent que l’on va venir te casser ta maison ou t’imposer une loi dont tu n’étais pas du tout au courant et te faire perdre ton investissement. Cela ne fait que créer le désespoir, you know ? Les gens ne sont pas libres de dire ce qu’ils pensent, de circuler comme il veulent, les libertés sont restreintes et donc les jeunes sont obligés d’aller se jeter en mer au prix de leur vie, you know ? C’est de ça que  » Dans L’Atlantique  » parle, tout en insistant sur le fait que nous avons toujours confiance en la victoire du bien sur le mal parce qu’il y a une énergie qui nous donne la force de survivre et de croire en la positivité.

LGR : On a pu entendre  » Energy  » aussi. Seul titre que tu partages avec un autre chanteur sur Human Supremacy et quel duo avec Sizzla Kalonji qui est un ami de longue date. Tu peux nous parler de ce titre et de cette collaboration stp ?

Takana : Oui, oui, oui. Sizzla Kalonji est un grand frère, c’est un aîné. En même temps, c’est un ami. J’ai été fan de sa musique avant même de le rencontrer. On s’est vu pour la première fois en France vers 2007/2008 quand il été encore avec Fattis Burrel (Paix à son âme). On a eu l’occasion de faire un titre en 2013 sur mon album Kakilambe et ensuite je l’ai invité en Guinée en 2015 pour un grand concert à l’Esplanade. Il y avait plus de 70000 personnes et je suis allé en Jamaïque en 2018. J’y suis resté un mois et j’étais presque tous les jours avec Sizzla. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent sur Sizzla mais une fois que tu l’approches, tu seras surpris et étonné de ces qualités humaines, you know ? Il a un respect suprême pour l’être humain, les frères et tout le monde. On a beaucoup de points commun ensemble parce que c’est comme ça.
I&I aussi avec mon peuple ici en Guinée et je ne me suis jamais pris la tête de dire : Il faut que je m’installe en France, en Allemagne, aux Etats-Unis ou quoique ce soit. Même quand je suis en Jamaïque, ils me disent : Toi, tu dois rester avec nous pendant 2 ans. You are one a free, come to a free. y’a man. I said, no. J’ai une mission à faire en Guinée, je ne peux pas m’assoir en Jamaïque tu vois, you know ?
Bon, bref. On a passé de supers moments. C’est cette force qui se trouve dans cette musique. Parce qu’il ne s’agit pas d’aller en Jamaïque et de donner de l’argent pour chanter avec les gens. Il s’agit d’avoir une relation forte avec l’artiste en question et de chanter ensemble, ça donne une énergie forte. Cette énergie-là, on la transmet aux peuples. Pour que le peuple, il ait le courage de continuer la lutte et à nous de continuer à vivre, à survivre de quelque manière que ce soit mais positivement en croyant à la victoire du bien sur le mal, la victoire de la vie sur la mort. Dieu, il protège le peuple du monde entier, dieu protège l’Afrique et le monde entier contre le covid et le corona. Je pense à tous ces milliers de malades dans les hôpitaux. Parfois dans certains pays où ils n’ont même pas d’appareils respiratoire. Je pense à tous ces malades là et je leur envoie  une très grande énergie. Jah, Rastafari. Hailé Sélassié.

 

Takana Zion feat. Sizzla Kalonji
 » Energy « 


LGR : Pour créer ce projet, tu es parti plus d’un mois en Jamaïque. Afin de mieux préparer ce projet (rappelons que tu as déjà été deux fois auparavant en Jamaïque pour des albums -ceux sortis chez Soulbeats Music). Qu’est ce qui a changé dans la façon de concevoir Human Supremacy et quel impact cela a eu sur toi et ta musique ?

Takana : Je suis parti en Jamaïque, il y avait certains morceaux déjà prêts mais le reste, je les ai faits là-bas. La Jamaïque… Quand je suis là-bas, je ne me sens pas trop étranger parce que c’est la même énergie en Guinée. En Guinée, nous sommes un peuple qui a tout le temps lutté pour son indépendance et qui a toujours dit ce qu’il pensait sur l’échelle internationale et je pense que c’est la même énergie que j’ai retrouvée en Jamaïque. La plupart des esclaves qui sont en Jamaïque, ils viennent de Guinée aussi même si on parle du Ghana. Parce qu’en 1515, on a déporté 500 négros de Guinée jusqu’en Jamaïque. J’ai beaucoup de points communs avec le peuple Jamaïcain et le peuple Guinéen. Les gens sont super ouverts. Après, les gens qui vont chercher le mal, vont trouver le mal, ceux qui vont chercher le bien, vont trouver le bien. You know ?
Les musiciens sont juste magnifiques. Quand on travaillaient ensemble, ils m’envoyaient des riddims et je poser des refrains dessus. Je m’en inspirais pendant une semaine et la mélodie et les paroles venaient au fur et à mesure. On a construit les morceaux comme ça. Après, on a enregistré les morceaux rapidement en 2018. Par la grâce de dieu, c’est en 2021 que Human Supremacy est sorti. C’est le fruit d’un travail qui a demandé une grande patience. Human Supremacy, c’est une gratitude envers l’éternel qui nous a créé à son image et a montré à l’homme qu’il n’est rien sans l’homme. Aussi riche ou populaire ou fameux que nous sommes, nous restons des hommes. Donc maximum de respect à tous mes frères et sœurs à travers le monde entier. Hailé Sélassié nous a éduqués de telle sorte qu’il n’y a aucune différence qui existe entre un homme noir, un homme blanc ou un homme jaune ou rouge, you know ? Tout ça, c’est de la philosophie par l’esprit humain pour maitriser son prochain, rendre inférieur certains êtres humains par rapport à d’autres.

Dans la foulée, je rends hommage à ma Mama. Pour m’avoir donné la vie et m’avoir fait grandir avec des valeurs. Aimer mon prochain, respecter mon semblable, à vivre pour les autres, pour vivre encore et encore et encore. Yes I

LGR : Respect Rasta.
On va continuer à parler des collaborations de ce projet. On en profite pour faire un hommage à Sam Clayton Jr. – Winston Bopee – Dalton Browne.

Takana : Yeah Man. Dalton Browne, Bopee. Samuel Clayton, ça m’a beaucoup beaucoup beaucoup touché de l’avoir perdu parce que c’est un monsieur, frère, qui était là pour moi en tant que junior. A chaque fois que j’ai eu besoin de lui, il s’est toujours déplacé pour venir en Guinée, il est venu plus de six fois. Samuel, il connait ma mère, il connait mon père, il a vu tous les membres de ma famille et pourtant je viens d’une très grande famille. Toute ma famille connait Samuel et nous sommes nombreux. C’était une vraie vie quoi, vraiment. Ce sont des vraies vibes, des vraies positives vibes que nous avons traversées ensemble.
Dalton Brownie aussi. Je l’ai connu depuis 2010, il a joué sur mon album Rasta Government. Bopee aussi, il a joué sur Rasta Government et on s’est vu pour Human Supremacy et je crois que l’on a fait une tournée avec Flabba Holt et Horsemouth avec le groupe Groundation, pas le groupe en entier mais Harrison Stafford dont je faisais la première partie. C’était des goods vibes avec des gens que je connais et que j’ai toujours admirés depuis mon enfance. Ils ont joué pour des artistes qui sont mes idoles, voilà.


Visuel Human Supremacy - Takana Zion
 

LGR : Respect. On retrouve aussi Sly Dunbar – Danny Thompson et Stephen Stewart. Dans un lieu incontournable – les studio Mixing Lab.
Malheureusement et à la suite de cette pandémie mondiale, ta venue en France a été compromise. Est-ce que les choses s’arrangent ou est-ce totalement bloqué pour le moment ?

Takana : Non, ce n’est pas totalement bloqué. Je devais jouer le 23 et j’ai déposé mes papiers le 15 et il faut 7 jours de quarantaine au moins donc l’ambassade voulait que je prenne un billet pour le début du mois d’août. Mes premiers concerts démarraient le 23, 25 et 26 juillet donc il ne me restait que le No Logo. Ce n’était pas judicieux car cela allait engendrer beaucoup de dépenses pour peu de travail. Nous avons donc décidé avec la production de se préparer, de se projeter pour 2022. Ça va, je suis très patient, je suis serein et je pense que le plus beau reste à venir. Quand on perd de l’argent, on gagne de l’or, quand on perd de l’or, on gagne des diamants.

LGR : Comment ça se passe en Guinée pour les artistes qui veulent jouer : à la fois sanitairement et politiquement parlant ?

Takana : En Guinée, il n’y a pas de concert. Par contre en Côte d’Ivoire et au Sénégal, il y a des concerts. En Guinée, c’est interdit encore pendant trois mois donc c’est difficile pour beaucoup d’artistes qui n’ont pas entrepris autre chose que la musique. Sans concert, tu ne gagnes pas d’argent, ça réduit les artistes à leur plus petite expression. Les gens sont obligés de faire des petits travaux à droite et à gauche et ça, ce n’est pas vraiment noble mon frère.
Je reste concentré sur Human Supremacy. Je veux dire au public Français que la majorité des jeunes Guinéens sont déterminés à faire de cet album un disque d’or. Nous avons mis en place tout un tas de stratégie de communication en place pour que tout Guinéen qui aime son pays et ses artistes vienne acheter cet album à la FNAC soit un, cinq ou dix albums et le partager avec ses amis et se prendre en photo avec l’album. Il nous l’envoie sur un numéro Whatsapp et on le publie sur la page officielle de Takana Zion. Il y a un footballeur qui a acheté neuf exemplaires de l’album au prix symbolique de 500€, je connais aussi bien Paul Pogba et sa famille qui est guinéen et qui doit parler de Human Supremacy sur sa page Facebook qui comporte plus de 40 millions de fans. Nous sommes sûrs que cet album connaitra le succès car c’est un album de patience, c’est un album de gratitude et nous sommes persuadés qu’il sera disque d’or. C’est le fruit d’un long travail et de beaucoup de patience. Par la grâce de dieu et par les médias comme vous qui nous donnez la parole et je vous remercie et par le public en France et tous les Guinéens.

LGR : C’est un beau projet, bravo. Je suis donc préssé de pouvoir venir te voir sur les scènes de France.

As-tu quelque chose à rajouter ou que tu aimerais dire ?

On a pensé qu’il était judicieux de vous laisser la belle énergie de Takana en live audio en réponse à cette question. Vous pouvez découvrir ça en cliquant sur l’artwork de Human Supremacy qui est une des photos signées Franck Blanquin.

Un grand merci Monsieur Takana Zion. Maximum Respect Rastafari
 

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