No Logo Festival (Fraisans) – Jour 2 – 14.08.2021

Il fait toujours aussi chaud en cette deuxième journée de No Logo à Fraisans et l’atmosphère est toujours aussi réjouissante que chaleureuse pour ces grandes retrouvailles entre les artistes et leur public. C’est d’autant plus le cas que les programmateurs ont misé sur l’éclectisme ce samedi 14 août ; on a par conséquent « beaucoup voyagé« , comme le clame MC Sunatcha, le speaker du festival. On a en effet écouté de tout en ce jour et cette versatilité était à la fois spatiale et temporelle.

Crédit photos : Laurent Quibier

On commence ainsi d’emblée par une escapade musicale et géographique par l’entremise de Sidi Wacho qui affirme direct être originaire à la fois de « Roubaix, de Bogota et du Chili« . Tout un programme, donc ! Et un joyeux melting-pot ! Avec Sidi Wacho, on transite ainsi allègrement de la cumbia au hip-hop, en passant par des rythmes cubains ou des Balkans, sans oublier bien évidemment des sons plus yardies. Il n’en fallait pas moins pour motiver des spectateurs encore quelque peu timides en ce milieu d’après-midi et assez fébriles à l’idée de braver le soleil. Mais la chaleur était surtout propagée sur scène avec ces anciens membres du Ministères des Affaires Populaires (l’un des deux MCs et l’accordéoniste) qui n’ont reculé devant rien pour émettre des ondes positives, engagées et conscientes, mais aussi et surtout emplies de bonne humeur, sur le site de Fraisans. En dignes héritiers de la Mano Negra, d’Emir Kusturica et des chants ouvriers et révolutionnaires, les Sidi Wacho avaient ainsi toute leur place au No Logo, même s’ils étaient peu connus du public, quoique celui-ci ne s’est pas fait prier dès lors qu’il a entendu résonner le « Stalag » et le « Bam Bam ».

Le No Logo et les Mystical Faya sont éternellement unis par les liens du reggae. Déjà présents en 2016 (le gros report ici), puis auteurs de l’hymne du festival, le fameux « Let’s go to No Logo » et sur lequel ils avaient d’ailleurs invité tous les artistes de 2017 à venir se poser en mode dubplate (voir ici), le crew de Pontarlier faisait lui aussi son retour au festival en cette année particulière. La température (musicale, précisons bien, sachant que sur le site c’était la fournaise) est montée crescendo pendant le concert, puisque les riddims bercés de soul, « Born Again » ou « Close To Me », ont peu à peu cédé du terrain face à des instrus plus énervées. On prendra ainsi pour exemples les steppers « Go Away Satan » ou le notoire « Sleeping Souls », l’un des morceaux les plus emblématiques du groupe. Puis, le bassiste Riké El Compressor délaissera son instrument pour se rabattre sur un synthé et envoyer des lignes de basse à la sauce digitale, comme sur le ganja tune « Inna Mi Yard », au cours duquel le chanteur Mystic Loïc se parera d’un flow plus ragga en lieu et place de ses incantations soul.

no logo, 2021, mystical faya

De la soul justement, mais aussi du calypso, du ska, du rocksteady et du rhythm & blues, voilà la recette du cocktail servi par le Jim Murple Memorial. A l’instar des Raspigaous la veille, on s’est comme qui dirait replongé dans l’âge d’or du reggae/ska français du tournant des années 2000 car il faut bien avouer qu’on avait un peu perdu la trace de ce combo qui s’attache à rendre hommage aux fondations de la musique jamaïcaine. Alors certes, le rythme était un peu moins endiablé qu’avec les Marseillais et leurs tracks moins familiers des festivaliers, mais cela n’a pas empêché les massives de réagir positivement aux chansons phares du groupe datant d’il y a une vingtaine d’années (« A Little Problem » en tête). En 20 ans, il s’en passe des choses et c’est désormais la fille de la chanteuse originelle qui se charge de motiver les troupes dans le public et de répandre la bonne parole (la ressemblance vocale est en effet frappante, normal !) du Jim Murple Memorial. On adressera une dédicace toute singulière au batteur avec son jeu fougueux et frénétique et devant lequel on est littéralement resté scotché.

Après un passage déjà très remarqué en 2016 (le gros report ici), Flavia Coelho foulait de nouveau la scène Yann Carou en ce deuxième jour. Backée par les mêmes musiciens (clavier et batteur) qu’il y a cinq ans, la Brésilienne, toujours munie de sa guitare transparente, est revenue diffuser son fameux bossa muffin dans lequel elle mélange toutes ses influences : une véritable sono mondiale. En effet, devant un public beaucoup plus nombreux que lors de son premier passage et définitivement acquis à sa cause, Flavia Coelho s’est montrée plus déterminée que jamais à Fraisans. Chantant, gesticulant, dansant, twerkant et ne restant pas en place, la native de Rio était plus qu’heureuse d’être là et cela s’est ressenti dans l’exécution même des tracks. Là aussi, ça court dans tous les sens, puisqu’on entend à la fois du ska, de la samba et de l’afrobeat sur « Mister Django » par exemple. Dub, dancehall, baile funk, jungle, rien n’échappe aux artistes sur scène qui envoient à peu près de tout. Comme elle l’a déclaré elle-même, le « Paraiso » de Flavia Coelho était bien au No Logo ce soir-là.

no logo, 2021, flavia coelho

Entamé il y a maintenant plus de deux ans, le Cassette Tour de Biga*Ranx faisait étape au No Logo cette année avec une différence notable, puisque le toaster tourangeau n’est plus seul sur scène mais est désormais (de nouveau) épaulé par son compère Alexis Bruggeman à la batterie électronique. Biga*Ranx est donc venu présenter les tracks de son dernier album, Sunset Cassette (la grosse chronique ici), et c’est d’ailleurs sur un « Solid » épique qu’il a introduit le show. En effet, si le son du MC a clairement évolué vers une trame lo-fi et vapor ces dernières années, il n’en est rien dès lors qu’il s’agit de le défendre en live & direct : les kicks steppers et les basses démesurées étaient de rigueur devant les festivaliers de Fraisans qui skankaient comme des diables. Se posant sur « DIY » ou balançant « My Driver » initialement composé par O.B.F, Biga*Ranx a envoyé du très lourd à base de dub electro, et même les tunes a priori les plus apaisés, « Paris Is A Bitch », « Push The Limits », « Petit Boze », conservent une force de frappe massive et certaine.

no logo, 2021, biga*ranx

A notre plus grand regret, nous n’avons pu assister au set de Vandal, d’autant plus que le Britannique se produisait uniquement au No Logo cette année en France. Qu’à cela ne tienne, à charge de revanche, mais on aurait bien vibré devant le ragga jungle hardtek du DJ qui a réussi, selon plusieurs retours, à clore en beauté cette deuxième journée.

Côté sound system, pas spécialement de grosses têtes d’affiche pour ambiancer les foules en ce samedi, mais le sol a encore tremblé et la poussière a volé devant tant d’entrain des dub addicts.

Pempelem Takeover et Ishiban se sont succédés jusqu’à 19h, avant que le Dijonnais Full Dub, accompagné comme à l’accoutumée du batteur de Teldem Com’Unity, ne vienne faire s’agiter et transpirer les foules. Puis, Jah Schulz nous a fait part de son dub aussi puissant que méditatif porté par des lignes de basse vrombissantes à souhait et à faire réveiller les morts.

Enfin, c’est Mahom qui a fermé le bal sur le Dub Factory et qui a joué quelques-uns de ses tracks issus de son King Cat (la grosse chronique ici) paru en 2019. Habitués du No Logo, les deux compères Joris et Toinou n’ont pas caché leur plaisir de retrouver leurs acolytes jurassiens. Le stepper « Blue Hole » ou encore le fameux « Deep In Yours » couplé à un gros remix hardtek n’ont pas manqué de résonner sur les scoops de Clear Sound, pour le plus grand bonheur du public. Et comme fait exprès après le « Wall Of Dub » en complémentarité avec Bisou (qui jouera d’ailleurs le lendemain), Mahom a demandé à ce que les massives s’affairent à un wall of death des plus agités (alors que la veille Panda Dub faisait opérer un circle pit). Oui, les dubmakers étaient plus que contents de revoir le site de Fraisans.



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