Danakil – Rien Ne Se Tait

C’est vendredi, c’est sortie ! Et si le 2 septembre, ce sera la rentrée des classes, alors le lendemain, ce sera la rentrée du reggae…pour Danakil tout du moins, et ce, à tout point de vue. En effet, après 18 mois de disette musicale et une publication d’album sans cesse repoussée aux calendes grecques, le nouvel opus du groupe des Yvelines sera enfin disponible dans les bacs le 3 septembre et, avec à la clé, un concert à l’Olympia dans la foulée le 4 septembre. De quoi bien fêter des retrouvailles tant attendues entre les artistes et leur public, même si celles-ci ont déjà eu lieu de manière éparse cet été dans quelques festivals (voir notamment notre report du No Logo).

Un album, deux dates à l’Olympia et vingt ans de carrière à célébrer en grande pompe dans une tournée un peu partout en France. C’est donc acté : Danakil est bel et bien « Back again », pour reprendre le titre d’un morceau extrait de La Rue Raisonne (la grosse chronique ici) paru en 2016 ; force est de constater, en connaissance de cause et avec le recul, que le thème du track aurait été bien plus approprié aujourd’hui qu’il y a cinq ans, d’autant plus que le verbe lucide et implacable de Balik est plus que jamais nécessaire en cette période troublée de pandémie qui a laissé de nombreuses séquelles au sein de la société, qu’elles soient politiques, économiques, sociales ou psychologiques, et pas uniquement à cause des confinements et autres couvre-feux.

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Le groupe avait ainsi adressé une Lettre à [son] public pour répondre à la violence et virulence des propos de certains de leurs auditeurs suite à la volonté de maintenir les concerts malgré la mise en place du pass sanitaire engendrant, de ce fait, une restriction de la liberté de circulation (le No Logo a également subi ce genre de commentaires aussi insultants qu’insupportables). Inutile de revenir sur ce débat qui a enflammé (et qui continue d’enflammer) la Toile, retenons juste un paragraphe de ce communiqué concernant les réformes libérales à venir de la part du gouvernement ; il est d’ailleurs dommage que cette lettre n’ait pas plus insisté sur ce point. Le pass sanitaire n’est en effet qu’un phénomène mineur (un épiphémonène diront les cuistres) qui s’inscrit dans un cadre beaucoup plus large de contrôle des populations déjà largement entamé depuis des décennies. Naomi Klein n’aurait pas dit mieux.

Rien Ne Se Tait, tel est justement le titre de ce nouvel album et le morceau éponyme, à travers une belle leçon d’humilité et de superbes arrangements mandingues (probablement sous l’influence de Manjul), nous rappelle, comme le dit l’adage, que l’on récolte inévitablement ce que l’on sème : ainsi, ce ne sera plus la rue qui résonnera mais bel et bien la Terre qui grondera à cause de tous les excès dont elle est la victime. Nous faisons tous partie d’un tout qui s’appelle l’Univers, à l’instar d’un « World Of A Reggae Music », où tout un chacun est intrinsèquement lié avec le monde qui l’entoure. Le constat est quasi similaire sur « Monde de Fous » où le crew se demande « qui va payer l’addition » et où nous sommes « tous montés dans le même bateau« .

Ce n’est par conséquent pas un hasard si les chansons mettant en avant l’importance du groupe, du collectif, etc, sont si présentes ici. Vous avez déjà eu vent de « La Famille » inna rub-a-dub et melodica style l’année dernière à la même époque (voir ici) et où là encore, Balik et Natty Jean insistaient sur ce rapport de cause à effet et de cette chaîne de valeurs et de transmission qui tous nous unit et nous relie. Les « fondations » sur lesquelles reposent la famille sont les mêmes concernant la musique et ce n’est pas la semaine triste et douloureuse qui vient de s’écouler au cours de laquelle plusieurs artistes « fondateurs » (Brian Travers, Lee Perry, Charlie Watts et auxquels on peut rajouter Bunny Wailer, Tonton David, U-Roy, Dusty Hill, Paul Johnson, DMX, Jacob Desvarieux, Phil Spector partis plus tôt dans l’année) ont disparu qui nous prouvera le contraire.

D’où la nécessité d’être « Ensemble » pour faire face à l’adversité et construire quelque chose : le morceau, qui retrace l’histoire de Danakil dans une ambiance hip-hop, soul et jazzy, depuis les premiers jets d’écriture de Balik jusqu’au soutien à Nuit Debout en passant par la rencontre avec Natty Jean, est également le titre d’un livre paru récemment (voir ici).

Et puisque l’on parlait de « fondations« , l’on ne s’étonnera pas que les Danaks soient allés chercher l’un des pionniers du hip-hop français, en la personne d’Akhenaton dans « Tout ça m’est égal » sur une instru planante à base de flûte et d’effets dub hypnotiques. Deux des plus belles plumes de la musique française sont ici réunies dans un track qui fustige la vanité des puissants leur préférant une vie plus calme et plus tranquille ; encore une belle leçon d’humilité.

A ce propos, le thème de l’exil pour fuir ce « Monde de Fous » est très prégnant sur cet album : on mentionnera ainsi « Se Perdre » sur un gros riddim rub-a-dub ou encore « Terrasse Thérapie » dans lequel Balik vante les mérites et la beauté sauvage de « West Africa » qui contraste avec la « jungle urbaine« , cette « Concrete Jungle » déjà évoquée par les Wailers.

Cette Afrique de l’Ouest chère à Balik s’entend également via des cuivres afrobeat sur le très politique « WTTJ » (tiens, tiens, encore la jungle). Quant aux Wailers, autres fondateurs, on se remémore presque leur son (notamment avec la batterie et la guitare solo), en sus d’une trompette jazzy, sur « Marre » qui fait écho au titre d’une autre figure d’Afrique de l’Ouest, j’ai nommé Tiken Jah Fakoly et son fameux « Y’en a marre ». Et c’est sans compter sur « Rendez-Nous La Justice », l’un des tracks les plus engagés de l’album, hommage à peine voilé aux lyrics  véhéments et sans concession de Peter Tosh.

Rien Ne Se Tait se conclut par un « Life Goes On », à la manière du « World Of Reggae Music » de La Rue Raisonne, sauf qu’ici ce n’est pas un Baco All Stars que l’on peut écouter, mais uniquement un Danakil All Stars, dans lequel viennent se répondre tous les interprètres du combo, à savoir Balik, Natty Jean et même Manjul, que l’on entend parfois d’ailleurs sur scène, que l’on se souvienne du Télérama Dub Festival en 2013 sous la dénomination Dubakill. En parlant de dub, même si la galette originale n’est pas encore sortie, il nous tarde déjà d’écouter un éventuel Le Dub  Ne Se Tait, puisque Danakil nous a désormais habitués à remixer les tracks de ses albums (par l’intermédiaire de Manjul justement ou des ODG) depuis pas mal de temps déjà.

Keep On Skanking !!

TRACKLIST

1.Rendez-nous la justice
2 Imaginez
3. WTTJ
4. Rien ne se tait
5. Monde de fous
6. Se perdre
7. Marre
8. Ensemble
9. Tout ça m’est égal
10. Terrasse thérapie
11. Oublions
12. La famille
13. Life Goes On

Artiste : Danakil
Album : Rien Ne Se Tait
Label : Baco Records
Date de sortie : 03/09/2021

NOTE DE L'AUTEUR : 6 / 10



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