Carpenter Brut – Leather Temple

Le 27 février 2026, Carpenter Brut, roi de la synthwave, va mettre un terme à son aventure "leather" en concluant sa trilogie avec l'album 100% instrumental Leather Temple. Dans un monde où les deuxièmes opus sont souvent gages de qualité (cf : l'Empire contre attaque, le Parrain 2, Batman The Dark Knight ou Les Bronzés font du ski), que penser d'une troisième partie ?

Franck Hueso, alias Carpenter Brut, s'est fait une place de choix dans le monde du metal avec son style pourtant très synthétique et électro, et referme aujourd'hui un chapitre qui lui a apporté plus de visibilité, notamment un passage sur la Mainstage du Hellfest en 2023. En prenant surtout le parti de faire une œuvre instrumentale, chose qu'il n'avait plus faite depuis ses premiers EPs (et encore, "Anarchy Road", sorti en 2015 sur l'EP III et la compilation Trilogy, comportait du chant).

Troisième essai plus que transformé grâce à un fil rouge très clair : nous en mettre plein la tronche pendant quarante minutes sans répit. On sent que le Français a voulu s'éloigner un peu du côté pop des anciens morceaux pour revenir au côté plus direct des EPs, tout en poussant le curseur encore plus haut. Exit les morceaux atmosphériques dans la veine des années 80, Carpenter Brut plonge encore plus dans l'électro agressif avec un côté indus plus poussé. On le sent au niveau des références avec notamment "Leather Temple", qui selon son créateur mêle Meshuggah et Gesaffelstein (dont le remix de Lady Gaga vient d'obtenir un Grammy). Il est vrai qu'on retrouve ce son très agressif, sombre et dystopique dans le morceau éponyme mais pas que : même constat pour "Iron Sanctuary". On s'éloigne de plus en plus des guitares saturées et du metal pour rendre hommage à certaines icônes de l'électro, notamment Giorgio Moroder avec des arpèges en arrière plan sublimes qui rappellent la bande originale de Midnight Express. Autre point d’accroche qui ancre la musique de Carpenter Brut dans le monde du cinéma : les références dans "Start Your Engines" à Vangelis, mais qui aurait pris du speed. Car à part les morceaux d'ouverture et de fin, le rythme est extrêmement rapide. Cela est notamment dû à une utilisation intensive de boîtes à rythmes réglées à un tempo intense, au détriment d'une batterie plus naturelle. Par contre un travail absolument formidable a été fait au niveau rythmique car parfois il est impossible de dire si Carpenter Brut utilise un batteur pour sonner comme une machine ou s'il utilise les variations d'une boîte à rythmes pour apporter un groove humain.

L'homme est aussi mis au centre de l'album avec l'utilisation magistrale de l'orgue d'église. Avec une œuvre intitulée Leather Temple, il fallait bien apporter ce côté liturgique. Cet instrument apporte une puissance orchestrale et l'intro peut évoquer ce qu'avait notamment fait Jean Michel Jarre en ajoutant ces accords d'orgue de cathédrale sur le morceau "The Opening". Ce titre rappelle également le rapport entre musique classique et musique électro avec une mélodie proche de celles développés par Jean Sebastien Bach. Après tout, n'est-ce pas Wendy Carlos qui a rendu hommage au célèbre compositeur en interprétant ses musiques au synthétiseur dans l'album Switch on Bach ? C'est donc un vrai voyage musical que nous propose Franck entre classicisme, années 70 déjà évoquées avec Jean Michel Jarre mais aussi les années 80 chères à Carpenter Brut. Les sons des premiers synthétiseurs numériques comme le Fairlight CMI plonge certains morceaux comme "Neon Requiem" dans cette époque où la pop n'était pas synonyme de simplicité mais d'expérimentation. On pense forcément à Peter Gabriel ou Kate Bush mais toujours avec cette pulsation intense qui fait basculer toutes les compositions vers quelque chose de beaucoup plus futuriste.

Des années 80 à l'électro plus moderne à la Daft Punk, la transition est toute trouvée avec "Major Threat" qui aurait largement eu sa place dans la bande originale de Tron 2.0 voire Tron : Ares puisque le côté indus de Nine Inch Nails est aussi prépondérant. Certaines nappes de synthé très lourdes et répétitives auraient également pu se retrouver dans un album de Rammstein aux côtés de "Wollt ihr das Bett in Flammen sehen". "The Misfits/The Rebels" est un bon exemple d'incorporation d'éléments indus que ne renieraient pas le claviériste du groupe allemand Christian "Flake" Lorenz mais qui nous ramènent également aux BO énergiques de Mortal Kombat. C'est un joyeux mix d'influences, de références qui défile sous nos yeux tel un train dystopique ne s'arrêtant jamais. Seul moment suspendu : "The End Complete", qui, comme son nom l'indique, clôt l'album et la trilogie. On retrouve le côté onirique de Perturbator ou les compositions des deux premiers LPs de Carpenter Brut avec ce côté expérimental à la Eric Serra. Et cela fait du bien car presque quarante minutes d'électro "dans ta tronche", cela peut rebuter certains auditeurs, notamment les fans de la branche metal du projet. Mais Franck Hueso a toujours su naviguer entre deux styles pour créer le sien propre. Car si beaucoup d'influences ont été citées, il y a une vraie patte qui se dessine et qui est de plus en plus assumée. Pas étonnant qu'il se soit occupé du célèbre remix de "Dance Macabre" du groupe Ghost. D'ailleurs les fans de cette version seront ravis de retrouver certains éléments dans les titres "Speed or Perish" ou "Neon Requiem".

On reconnaît également le style Carpenter Brut aux sonorités synthwave très présentes grâce à un mix, parfois nébuleux certes, mais qui présente des synthétiseurs très chauds, des basses acides et percutantes mais aussi quelques éléments acoustiques très agréables. Nous avons déjà évoqué l'orgue, c'est aussi agréable de retrouver un saxophone et une batterie acoustique, certes travaillée mais là, encore, l'humain est toujours présent. Autre élément de style imparable : les mélodies hyper catchy qui restent en tête comme celles de "Start Your Engines" ou "She Rules the Ruin". Leather Temple n'est pas un album dans la veine de "un morceau = un style différent" car forcément on reste dans de l'électro boostée à l'acide, mais chaque titre a sa propre identité et même sans chant, on peut se dire que le public reprendra en chœur les lignes mélodiques.

Sortir un album de cette trempe-là, chapeau l'artiste ! On avait peur que Carpenter Brut perde son identité sans chanteurs, mais c'est tout le contraire : en revenant aux éléments d'origine, Franck Hueso affirme de plus en plus son style et nous offre un album qui va à l'essentiel. Véritable voyage pop et dystopique, il était normal qu'avec une trilogie basée sur le cuir, Carpenter Brut enfonce le clou et pousse encore plus loin son art. On a forcément hâte de voir l'artiste en live pour que l’œuvre cinématographique qu'il vient de conclure puisse prendre vie.

Tracklist : 

  1. Ouverture (Deus Ex Machina)
  2. Major Threat
  3. Leather Temple
  4. She Rules the Ruins
  5. Start Your Engines
  6. Neon Requiem
  7. Iron Sanctuary
  8. The Misfits / The Rebels
  9. Speed or Perish
  10. The End Complete

L'album Leather Temple sort le 27 février sur le label Virgin Records et est déjà disponible à la précommande ici.

carpenter brut, leather temple, synthwave, indus, electro

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...