Bagdad Rodéo – Deux


Nom de code : Bagdad Rodéo « Deux » !

Que dire ? Comment dire ? Comment parler de ce disque sans tomber dans l’éloge stérile ? Comment surtout te donner envie, toi qui me lis, d’aller tout de suite en commander une bonne vingtaine, pour répandre la joie, l’amour, le bonheur autour de toi ? (ça tombe bien, c’est bientôt Noël !).

Après avoir sabordé l’aventure Lik’Id (avec notamment le très bon « Elevé à la peur ») puis sorti un déjà très bon premier album, Ludo et ses potes reviennent en cette fin d’année 2012 avec ce qui doit devenir un des piliers du rock « made in chez nous » ! Parce que là où son prédécesseur affichait encore quelques facilités et parfois des petites baisses de régime, ce « Deux » est une pure tuerie qui ne vous laissera pas de répit, vous envahira le cerveau jusqu’à l’avoir totalement colonisé à grands coups de refrain imparables, de riffs ravageurs, de phrases appelées à devenir cultes et de gimmicks humoristiques irrésistibles. Bref, je la fais courte pour les lecteurs pressés (ou paresseux) : ce disque est tout simplement magistral et indispensable !

Voilà, maintenant que j’ai placé la conclusion assez vite pour satisfaire certains de nos amis (que nous saluons amicalement alors qu’ils nous quittent en manquant le plus intéressant de cette chronique, dommage pour eux), entrons dans le vif du sujet !

Comme je vous le disais le mois dernier, Bagdad Rodéo sur scène, c’est une mandale XXL, une fiesta rock’n’roll garantie 100% jouissive. Les premières impressions concernant les nouveaux morceaux y étaient très flatteuses et le moins que l’on puisse dire, c’est que le rendu sur ce disque est excellent. Une nouvelle fois superbement mis en son par Shanka (No One Is Innocent), cet album fait encore la part belle à la guitare de Christobal Sanchez Del Rodéo dont le jeu varié et inspiré illumine chaque compo. Du coup, avec une rythmique qui exacerbe les ambiances (groovy et légère sur les morceaux pop et dansants, bourrine sur les déclarations de guerre etc.), cette galette sonne très spontanée et live.



 

Mais je vois déjà les plus impatients se demander pourquoi je n’ai pas encore parlé de Ludo (aka Mr Delatourette)… Parce que les mots me manquent mes amis, tout simplement ! Véritable meneur de revue de ce cirque rock’n’roll, il plane sur ce disque avec classe et conviction. Tantôt acerbes, tantôt drôlatiques mais toujours justes, chaque texte est un pur petit bijou d’ironie, d’inventivité ou de rage directe. Je pourrais vous citer des dizaines d’extraits qui font tilt et que vous vous surprendrez à ressortir dans vos conversations, mais je préfère vous laisser la surprise (et pourtant, je vous assure que ça démange tellement il y en a). L’humour, omniprésent juste qu’à l’overdose, va jusqu’à prendre la forme de running gags désopilants (l’histoire des « bip » présents sur « Dis-moi papa » qui reviennent à divers endroits, je ne m’en remets pas), sans pour autant altérer le fond du discours qui finalement n’est pas franchement rose (je laisse le soin à un étudiant en lettres modernes le soin de rédiger une thèse sur le thème suivant : « Désarroi et désillusion sur le monde contemporain à travers la satire sociale désabusée d’un groupe de rock »)

Bagdad Rodéo cultive son ambivalence. D’une main il te cajole en te murmurant des paroles douces de réconfort, de l’autre, il te savate la tronche à coups de bourre-pif en t’agonisant d’injures ! Ainsi, à côté des légers et franchement drôles « Quand je serai mort », « Mon pote Jésus », « Dis-moi papa » ou encore « La classe américaine », on trouvera des déflagrations terribles comme « Bagdad Rodéo » (dont l’énergique refrain n’est pas si éloigné d’un Lofofora), « Le nouveau millénaire » ou « La Balayette ». Il y a aussi une véritable approche cinématographique dans l’écriture qui permet quasiment de voir les clips, juste en fermant les yeux (« L’homme à la cigarette », « Le couple idéal »). Le plus étonnant, c’est surtout qu’on arrive à une vitesse folle à la fin de la galette et que si vous avez activé la lecture en boucle, vous aurez vite fait de passer toute la soirée à écouter « Deux » sans même vous en rendre compte.

Même si Shanka prétend le contraire en fin de disque, cet opus est blindé de hits. Bien sûr, pas ceux qui cartonneront à la radio (encore moins à la télé), mais de ceux qui font qu’un groupe se constitue une fan base aussi dévouée qu’active (je vous jure que « Deux » fait partie de la catégorie rare des albums que vous voudrez faire aimer à votre entourage).

Loin des Fatals Picards et de leurs morceaux « à la manière de… », Bagdad Rodéo possède une identité très forte, un style fait de mélange de sons, mélange de genres où cohabitent (pour reprendre le cri du crapaud priapique) pop acidulée, rock, hard, dace, variété. Bagdad Rodéo, c’est un exutoire, un défouloir, mais surtout pas le foutoir avec des arrangements travaillés, des chœurs et des bruitages qui font mouche, bref, une sorte d’orfèvrerie de la gaudriole.

« Deux », c’est un album qui offre de très nombreux niveaux de lectures et d’écoutes pour un plaisir toujours renouvelé et un sentiment d’addiction qui ne fait que se renforcer au fil du temps.
 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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