Luca Santucci et Ben Fitzgerald de Stubborn Heart

C'est dans une loge surchauffée que je rencontre la moitié du duo anglais de Stubborn Heart, à savoir le chanteur Luca Santucci; quelque peu grippé par le froid parisien. Son acolyte Ben Fitzgerald étant aller fumer une cigarette dehors, c'est donc autour d'un thé au miel bien chaud que commence l'entretien.

Bonjour Luca, merci pour l'interview.

Luca Santucci : Mais je t'en prie.

Peux tu te présenter?

LS : Oui, j'ai fait de la musique pendant une dizaine d'années avec une fille qui s'appelle Leila pour Aphex Twins records, Warp records et XL et puis j'ai collaboré avec des chanteurs, des producteurs comme Matthew Herbert, Soul Wax... Ce sont tous des amis. Et je chante parfois pour eux.

Tu ne fais que chanter?

LS : J'écris aussi les chansons, les mélodies et les arrangements, autrement je n'arrive pas à chanter.

Quand as tu rencontré Ben et commencé à travailler avec lui?

LS : Depuis longtemps ! Ado, On était dans un groupe ensemble, puis nos chemins se sont séparés. On a commencé à se revoir vers 2000, il se mettait à la production de musique, en achetant du matériel et en s'améliorant. Tous les six mois environ, on s'amusait à faire de la musique tous les deux, sans que ce soit vraiment sérieux, puis  il y'a deux ans (Ben arrive dans la loge) on a décidé de s'y mettre pour de bon, et c'est ainsi qu'est né Stubborn Heart. On a arrêté de déconner, tout simplement parce qu'on n'avait pas d'autres options... On n'avait pas de boulot, pas de petite amie, nul part où vivre (rires) on se devait d'être plus sérieux.

D'ailleurs, l'album est assez sombre parfois.

LS : Disons que même en étant heureux, on a plutôt tendance à écrire des choses sombres. On aime ça.

Ben Fitzgerald : C'est plus émouvant.

LS : Et on fait des chansons heureuses toutes pourries ! (rires) et puis c'est moins intéressant. Ma voix est plus honnête quand je chante des choses tristes.

Comment fonctionne votre duo?

BF : De différentes manières... Des fois, Luca arrive avec des paroles, des mélodies, ou bien une chanson complète. Par exemple, Luca m'a chanté tout "Need Someone" au téléphone. On a enregistré la voix puis on a rajoutés les beats. D'autres fois, c'est moi qui propose un beat, ou sinon on fait tout à deux.

LS : En gros, Ben s'occupe des intrus et moi du chant.

BF : Mais on mixe tout ensemble. Il faut que ça plaise aux deux. C'est du 50/50.
 


Quels genres de musique vous inspirent?

BF: Je suis assez éclectique...Du classique, du Jazz, pas mal de disco à cause des arrangements et beaucoup de musique latine; ce genre de rythmique syncopée dont je m'inspire pas mal. Pour ce qui est de la partie synthé, je dirais Jean Michel Jarre, Herbie Hancock; j'aime bien aussi le vocoding façon Daft Punk. D'une manière plus générale, tout ce que j'entends m'inspire. Il n'y a pas de style particulier.

LS : J'écoute pas mal de Soul, de la musique sixties, et d'autres musique plus actuelles; même si je continue d'adorer les Beatles !

Votre musique a été comparé à de la Soul, du trip hop, comment la définiriez vous?

BF : C'est de l'Electronic Soul. Le mariage entre un chant Soul et de l'electro. C'est dur à décrire.

LS : Je dirais que c'est la rencontre entre Radiohead et du RNB. Je chante haut mais en restant branché sur de la musique noire, Timbaland and The Neptunes, Missy Elliott, Aaliyah. Tout est une histoire de ruptures et de cœurs brisés, j'aime ça; et puis je me fait larguer tous les six mois, c'est plus facile d'écrire là-dessus ! (rires)

Vous avez récemment posté un vidéo clip contenant l'intégralité de l'album. C'était quoi l'idée ?

LS : Pas la nôtre en tout cas ! C'est l'idée du label, nous on ne voulait pas le faire. Tout est sur Youtube maintenant ! Pourquoi les gens iraient acheter l'album ? ça ne nous plaît pas. C'est un type du label qui a pris nos Artworks et qui les a animé. Il a fait du beau boulot par ailleurs, on l'utilisera peut être pendant nos concerts.

BF: De toute manière, ça se serait retrouvé en torrent et sur Spotify... Je peux comprendre leur point de vue, mais ils auraient quand même pu attendre la sortie physique de l'album.

LS : Ce n'est pas une raison. Tu vas sur notre site écouter l'album en entier. Pourquoi l'acheter? Je me demande bien comment le label va gagner de l'argent dessus... Que de changements en dix ans!

BF : Surtout en Grande Bretagne; la culture est différente aux USA, les gens rechignent moins à payer un produit, alors qu'en Angleterre on se jette sur tout ce qui est gratuit.

le clip de" Need Someone" ressemble beaucoup à celui de the Dress de Blonde Redhead. C'était intentionnel?

LS : Ca avait déjà été fait avant, comme le clip de Godley and Creme ou celui de Michael Jackson; mais nous on l'a fait par manque d'argent. J'ai demandé à ma belle soeur qui est vidéaste de filmer une fille en train de chanter avec ma voix par dessus, ce à quoi elle a répondu "il en faudrait plusieurs". Donc on a pris plus de filles et on les a enregistré dans un pièce au dessus d'un pub en leur demandant de chanter comme elles le sentaient. La plupart ont été touchées par la chanson.

BF : Pour ma part, j''aime bien l'idée d'une voix masculine mélangé à un visage de femme.
 


C'est votre premier concert en France ?

BF : On en a fait un la semaine dernière à Toulon.

LS : C'était d'ailleurs un des premiers concert satisfaisants qu'on ait fait. A la base, on n'avait pas pensé qu'on allait finir par faire des concerts, et notre musique n'est pas vraiment taillée pour le live. C'est lent, c'est doux, et émotionnellement intense. Mais c'est dur de chanter de la façon la plus sincère possible quand les gens te regardent. Tu es nerveux, tu fais des erreurs...Ceci dit, c'est de mieux en mieux, on y arrive, même si ça reste dur d'émouvoir le public.

BF : On jouait dans un opéra, c'était particulier; tout le monde était assis. C'était assez intense. Il y'a aussi eu un concert à Bruxelles qui était tendu...

LS : Les gens attendaient un autre groupe, plutôt dansant, et nous on débarque, genre "beuuuuuuuuu", mais bon, le public est resté et était attentif. Il vaut peut-être mieux que les gens soient assis à nos concerts, en fumant des cigarettes, comme dans un club de jazz.

Donc, pas de gros festivals pour vous?

LS : On aimerait éviter, mais on ne peut décemment pas. Il faut bien gagner sa vie ! Ca reste compliqué car tu es un inconnu là-bas. Et puis les spectateurs sont là pour faire la fête; alors ils risquent de déchanter en nous voyant arriver.

Vous n'utilisez pas de vidéos sur scène?

LS : Peut être celle qui a été faite pour l'album. Mais là, non. Plus jeune, j'allais voir les musiciens jouer, pas une vidéo. Je suis aller voir Stars of The Lid il y'a quelques jours, et ils ont vraiment de superbes visuels sur scène, ce qui fait que je ne faisais même plus attention à la musique. Quand tu allais voir Marvin Gaye ou Jeff Buckley, tu ne pouvais pas décrocher ton regard d'eux.

Quels sont vos projets?

LS : Des concerts, surtout. Sinon, il nous reste beaucoup de compositions écrites sur les deux dernières années; on en a écrit une cinquantaine, de quoi faire trois albums. Mais peut-être qu'on fera quelque chose d'entièrement différent. Et puis faire un peu de house et de Disco à coté. Je dois aussi terminer un album de folk que je fais en solo et qui est encore plus misérabiliste (rires) On voudrait bien rajouter quelqu'un sur scène avec nous pour s'occuper des synthés et grossir le son.

Pensez vous qu'il est possible de faire quelque chose de nouveau en musique?

LS : Je ne crois pas. On peut simplement faire quelque chose de bon, pas quelque chose de neuf. La seule nouveauté revient a mixer différents styles ensemble, mais c'était déjà le cas dans les années 90.

Quels groupes récents vous plaisent?

LS : Actress, j'adore. C'est un producteur londonien qui est sur le label de Damon Albarn et qui a un son bien à lui.

Et James Blake?

LS : Je ne suis pas fan de sa voix, mais j'aime sa musique. Certains de ses beats sont incroyables et ses harmonies sont très bonnes. Il a très bon goût, et c'est important. Sa voix doit être travaillée, mais à son âge j'étais le plus mauvais chanteur du monde. Donc avec le temps, il deviendra vraiment très bon. C'est pour ça que des vieux albums, comme ceux de Prince, tiennent encore la route. C'est parce qu'ils sont fait avec bon goût.

Dernière questions, quels sont vos souhaits pour 2013 ? si on pouvait éviter la paix sur terre...

LS : Non, pas ça. J'aime la violence (rires) la destruction. Je souhaite la troisième guerre mondiale, on est trop nombreux !

Et c'est une bonne source d'inspiration !

LS : Exactement. On pourrait enfin écrire des choses vraiment tristes, on en ferait même des symphonies (rires).

BF : Ce que je souhaite pour 2013... Un deuxième album?

Un grand merci à Stubborn Heart et à Charles Provost de nous avoir accordé cette interview.
 

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