Les riffs aristocratiques de Baron Crâne

Le trio instrumental Baron Crâne prévoit l’arrivée des Beaux jours en début d’automne 2021.

Toujours portée par des riffs épais, leur musique inclassable est pourtant particulièrement reconnaissable. Avec cette quatrième production depuis sa fondation en 2014, on peut reconnaître la patte du baron. Une grosse patte aux coussinets comme des percussions et aux griffes comme des cordes de guitare, qui balance une claque tournoyante qui fait tout mélanger, dans un mouvement psyché-jazz-fusion aux associations incroyables, pour retomber en douceur dans des volutes sonores élaborés avec une maîtrise sidérante.

L’album ne comporte que 7 morceaux, mais dure plus de 48 minutes, chacun des titres constituant à lui seul un petit diamant ciselé jusqu’à la perfection, où pas une mesure n’est de trop. Le groupe prend le temps de créer son univers, de faire monter l’ambiance et laisser arriver progressivement tous les personnages de la pièce ; puis quand ils sont tous sur scène, de leur permettre d’interagir sans les brusquer, les laissant s’exprimer juste ce qu’il faut. Et chaque morceau est un acte dans lequel un nouveau personnage est à l’honneur : saxo, flûte… chacun trouve sa place, délicate et indispensable.

orchestre noir et blanc batterie guitare
Le trio Baron Crâne sur scène. Photo : Émilie Mauger

On ouvre Les Beaux Jours avec «Danjouer», le morceau  le plus court (de 3 minutes, soit un temps de radio tout à fait convenable chez les confrères), qui joue les introductions en présentant le style de la maison : un chœur réverbéré mystique suivi de guitares énervées. Ha oui, c’est psyché, euh, non attends, c’est heavy ça, ou en fait peut-être un peu jazz, ou alors…

Ou alors c’est Baron Crâne, un personnage grandiloquent nourri de tout ce qu’il y a de meilleur, qui polit tout sur son passage et élabore une sorte de garage noble au rock majestueux. Tous les protagonistes ont l’occasion d’échanger, avec politesse et sans se laisser faire de l’ombre, dans un ballet mondain parfait.

Même quand la fin du morceau est brusque, comme sur «Mérinos», l’émotion n’est pas déçue et tout le monde a dit ce qu’il avait à dire : les instruments branchés, avec force distorsions et puissance de batterie, grondent leur vacarme face aux débranchés, parmi lesquels s’élève avec fantaisie la flûte.

Loin de rester spectateurs, on prend également plaisir à participer à tout un périple à l’écoute de «Larry’s Journey». La basse qui s’intercale dans les silences, soudain troublés par des envolées de batterie. Une petite pause dans le tempo, quelques rebondissements, la batterie qui se fait plus lourde, puis la guitare qui envahit l’espace et qui revigore.

On part encore plus loin dans «Mercury», qui commence doucement avec des petits appels épars, se réverbérant autour de l’auditeur. Petit à petit les sons s’agglutinent, se regroupent en mélodie glissante, joyeusement enjouée, avant de partir à toute allure dans les réverbérations psyché donnant l’impression de se projeter dans de vastes espaces planants. Les sonorités du saxophone, ajout cuivré sur ce morceau, donnent un ton jazz à ce voyage galactique planant.

On se laisse accompagner par les syncopes, les distorsions jazzy et les percussions enveloppantes, on entend vibrer la batterie puissante, et la tête tourne, comme sous un alcool délicat, n’oublions pas qu’on est reçus chez le baron. On s’installe encore plus confortablement dans le fauteuil, la compagnie est exquise, les mets raffinés, et la conversation animée.

Baron Crane trio palissade

Quelques chants cette fois font mentir le côté instrumental du groupe, avec des voix sur «Quarantine» et «Les beaux jours». Ce dernier, long morceau de presque 10 minutes, ne peut advenir qu’à la fin de la soirée, une fois que tous les convives ont pu faire connaissance.

Alors une voix monte, solitaire, bientôt rejointe par le tumulte de l’orchestre qui vrombit, poussant les chœurs à se mêler à cette voix presque chamanique. Irrésistiblement galvanisés par cette énergie, on se laisse envoûter par une transe animale qui s’est déjà communiquée aux guitares, et la frénésie de la batterie finit par s’emparer de nous… jusqu’au prochain pont, le temps de souffler, de se remettre de cet envoûtement.

On époussette les soieries, on se redresse. Les réverbérations s’estompent et s’éloignent, montant en une dernière hallucination qui laisse finalement pantelant, étonné d’être ici, si repu, si tard, si désireux d’en entendre plus.

Quoi, déjà ? Seulement ? Satané Baron, il nous a encore une fois déstructuré le crâne, pour laisser mieux passer son souffle entre nos petits os.

Baron CrâneLes beaux jours
Sortie le 15 octobre 2021 via le label Mrs Red Sound

1. Danjouer
2. Larry’s Journey
3. Quarantine
4. Mercury
5. Inner Chasm
6. Merinos
7. Les Beaux Jours

Artistes :

Léo Pinon-Chaby : guitare, chant
Léo Goizet : batterie, percussions
Olivier Pain : basse

Avec la participation sur cet album de : Simon Lemonnier (Batterie), Cyril Bodin (chant), Guillaume Perret (Saxophone), Robby Marshall (flûte).

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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