Sam Fender – Seventeen Going Under

Après un très bon premier album, Hypersonic Missiles, sorti en 2019, Sam Fender revient en octobre avec un second album encore meilleur, puissant et émouvant. Difficile de faire mieux quand son premier album a été classé or en lui permettant ainsi de jouer dans de plus grandes salles. Pourtant c’est ce que l’anglais a réussi à faire avec Seventeen Going Under composé de onze chansons en version normale et de seize chansons en version deluxe.

Seventeen Going Under s’ouvre avec une chanson éponyme (également l’un des singles de cet opus) qui est une sombre description du nihilisme engourdi des adolescents : « Je me souviens que la maladie était pour toujours, je me souviens des snuff vidéos » et se transforme en une rumination sur la violence, la masculinité toxique et la maladie mentale. Le tout se terminant par l’image de la mère de Fender, embourbée, endettée, souffrant de fibromyalgie et pleurant après une demande infructueuse au ministère du travail et des pensions. Une chanson qui commence donc très joyeusement malgré les chœurs et le saxophone entendu à travers le titre…

Sam Fender est un jeune auteur, compositeur, interprète pop rock qui se distingue de tous ses concurrents. L’influence principale du jeune homme reste toujours Bruce Springsteen, principalement avec les hymnes planants décorés de saxophone. Pourtant, à l’inverse d’Hypersonic Missiles, ce nouvel opus offre un saut qualitatif, notamment au niveau des paroles. Il élimine la politique bien intentionnée mais maladroite de son prédécesseur et la remplace par des détails pointus nés de l’expérience personnelle. Cela secoue l’influence lyrique de Springsteen, notamment le désir d’ajouter un éclat romantique et romanesque. Il y a une puissante collision entre la qualité émouvante de la musique et la morosité de ce que Sam a à dire.

Ainsi, ce second opus est une représentation saisissante de la vie dans sa ville natale, North Shields, « alors que la petite Angleterre se déchire », selon les mots et une guitare explosive  de “The Leveller”. Le tout bouillonne d’une colère irrésistible, qui déborde sur “Paradigms” d’une beauté désarmante. Aussi, “Aye”, est une chanson qui habite la désillusion de la classe ouvrière blanche: « Les enfants réveillés ne sont que des têtes de bite. » Le rythme semble moins hypnotique qu’implacable, la mélodie est raclée jusqu’à devenir monotone et lorsqu’elle atteint son apogée, la voix de Fender montre sa beauté : « Je ne suis plus un putain de patriote… Je ne suis plus un putain de libéral, je ne suis plus un putain de quelque chose ou de qui que ce soit”.

Les titres les plus marquants de Seventeen Going Under sont sans aucun doute les morceaux “Spit Of You” et les trois ballades “Last To Make It Home”, “The Dying Light” et “Poltergeists”.  Les paroles du refrain de “Spit Of You” qui donnent en français : “je ne peux parler à personne, je ne peux parler à personne, je ne peux te parler” rentrent facilement en tête et sont terriblement tristes. Néanmoins, l’apogée de la chanson arrive surtout lorsque Sam pousse la voix beaucoup plus dans les aigus avant que la chanson n’explose avec l’intervention du saxophone. Ce titre traite des relations père-fils dans des termes sombres et émouvants, où les scrupules à propos d’un mauvais caractère hérité et d’une incapacité à communiquer sont atténués par la vue de son père embrassant le corps de sa grand-mère dans une chapelle en se disant qu’un jour ce sera le front de son père qu’il embrassera de la même manière.

Pour ce qui est des trois ballades, “The Dying Light” et “Poltergeists” sont intégralement composées du piano et de la voix de Fender. Ce duo les rend d’autant plus belles, en plus de mettre en avant la voix du jeune anglais. Toutefois, la dernière n’est disponible que sur la version deluxe de Seventeen Going Under. “Mantra” quant à elle, se veut comme une introspection de Sam, il y parle d’une pop star prématurément blasée se plaignant d’être une pop star à travers le dégoût de soi et du syndrome de l’imposteur. 

Il va sans dire que ce ne sont plus les sujets couramment abordés dans la britpop ou dans la pop rock dernièrement. Seventeen Going Under se sent urgent, incisif et courageux alors qu’il aurait été probablement plus facile pour Fender d’aborder des sujets plus joyeux et moins pointus. Au lieu de cela, Seventeen Going Under est un album ancré en 2021 par un jeune anglais dans lequel il parle de choses très personnelles et compliquées. Le tout amené par une magnifique voix avec un résultat vraiment puissant.

 

Disponible depuis le 8 octobre via Polydor Records.

 

Tracklist :

Seventeen Going Under
Getting Started
Aye
Get You down
Long Way Off
Spit Of You
Last To Make It Home
The Leveller
Mantra
The Dying Light

Version deluxe :

Better Of Me
Pretending That You’re Dead
Angel In Lothian
Good Company
Poltergeist

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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