Daniel Jea – En suspens

Adepte de chansons aux titres aussi percutants que ses compos, le guitariste émérite Daniel Jea livre certes avec ce quatrième album un brûlot contre notre société covidée à souhait, mais ponctuée de belles respirations et autres points de suspensions musicaux.

Lorsque j’ai glissé le CD du sus-nommé D.J. dans ma chaîne antédiluvienne, celle-ci a manqué de me lâcher définitivement. Elle a tendance à être un peu poussive la pauv’ vieille Sonyche. Alors je lui monte habituellement le volume, histoire de couvrir les bruits ambiants du voisinage et autres klaxons parisiens… Je me souvenais de son précédent album, A l’instinct A l’instant comme un « subtil mélange de son brut de décoffrage façon live et de textes intimistes » * et je pensais mes esgourdes à l’abri de la déflagration et avais prévenu mon cervelet de se mettre en mode relax. Mal m’en a pris ! Le temps d’aller me chercher une binouze, Daniel Jea est déjà passé au second morceau et j’en prends plein le sonotone. Un riff de gratte qui devient frénétique lorsque déferle la batterie, me percute les tympans et je frémis à son texte plus qu’explicite ; « Avance et ferme ta gueule / Consomme et ferme ta gueule« . Oh Daniel ! Y a tromperie sur la marchandise ou quoi ?

© David Desreumaux

En fait non, il est juste en colère Daniel d’être « invité à obéir » et à demeurer passif. La crise sanitaire que nous subissons depuis 2020 aurait bon dos selon lui. Depuis que nous la subissons, nous marchons en mode « un pas » devant l’autre. Impossible de faire le pas de côté qui nous permettrait de nous poser et de réfléchir sereinement à la situation. Selon lui, nous n’avons guère le choix que de « Ne pas » être… Avec ses riffs Hendrixien en diable, le titre en question sonne comme une version rock du Dutronesque « Fais pas-ci, fais pas ça ». L’inquisiteur « Tombe » qui le suit enfonce le clou et « Tu peux » incite lui à réagir parce que « une fois l’orage passé, faudra bien tout changer » (« Après »)… Daniel Jea s’avoue révolté, mais ne donne pas pour autant dans l’hystérie Saezienne ;  le morceau « En suspens » – décompte lancinant et obsédant présenté en trois versions distinctes –  est tout en retenu. Pour symboliser la cocotte minute qui risquerait un beau jour d’exploser ?

* L’autocitation, y a que ça de vrai… Source Revue Hexagone

« Avance » une coréalisation d’Isabelle Jeanbrau, Daniel Jea et Philippe Lachambre, sur une idée originale de Daniel Jea. Image & Montage : Philippe Lachambre / L’Oeil Arabesk. Production SIPARKA avec le soutien de la SCPP

Album sorti le 24 septembre chez Siparka

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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