Les Lunatiques 2021 comme si vous y étiez

Après un temps beaucoup trop long, il est enfin l’heure de retrouver les scènes et les festivals. Au sein de l’agglomération rennaise, plus précisément à Pacé, nous avions le plaisir de retrouver Les Lunatiques. Après une deuxième édition plus compliquée que prévue en 2019 et l’année blanche que l’on a traversé ensuite, le retour du festival était très attendu, par le public mais aussi par les organisateurs eux-mêmes. Pas moins de 13 formations ce samedi 2 octobre, allant de la folk au metalcore : vous avez dit éclectisme ?

Les Lunatiques affiche

Pour les trois du fond qui n’ont pas suivi, Les Lunatiques prennent part dans les locaux de la MJC Pacé. La disposition des lieux permet au festival de proposer deux scènes séparées, chacune ayant sa propre programmation en alternance. La scène Pluton dans la salle haute, proche de l’entrée et du point buvette, est dédiée aux petites formations (pour l’essentiel en solo ou en duo) et/ou aux groupes plutôt expérimentaux. Au sous-sol, la gestion des lumières place le couloir dans le noir, accentuant la déco spatiale. Au bout, on découvre la scène Jupiter, beaucoup plus grande, et sa programmation nettement plus axée metal. Six groupes y sont prévus, intercalés entre les sept de la petite scène : un beau programme en perspective pour animer ce samedi vraiment pluvieux, de 16h à 1h30.

Plutôt que sept groupes, la programmation de la scène Pluton est composée de 5 groupes et deux sets DJ, respectivement en ouverture et en fermeture du festival. Le duo Groyst Und Baron se lance ainsi dans son set electro alors que le public n’est encore qu’en train d’arriver au compte-gouttes. Nous découvrons les animations et expositions présentes dans le festival, entre expressions artistiques diverses et vente de merch. Les nappes de synthés s’enchaînent autant que les bières : descendons découvrir la suite du festival.

Nerzh – Les Lunatiques, scène Jupiter

On retrouve donc Nerzh en ouverture de la scène Jupiter. Fort de son tout premier EP sorti la veille, le trio instrumental issu du terroir rennais impose directement son style. Les trois compères, recouverts d’une capuche et affublés d’un masque d’escrime, parviennent à embarquer la foule dans leur metal psychédélique, qui sonne bien groove par moment. La basse bien en avant accentue le côté presque dansant des rythmiques, sur lesquelles des textures de guitares s’enchaînent. Ça jamme déjà pas mal, mais malgré les efforts du groupe, le public reste majoritairement assez statique. Il est probablement encore trop tôt pour voir la foule se déchaîner.

Ilmao – Les Lunatiques, scène Pluton

Changement radical d’ambiance de retour sur la scène Pluton, on va clairement s’y habituer pour la suite de la soirée. Les riffs et les rythmiques très efficaces de Nerzh laissent place à l’univers folk d’Ilmao. La guitariste et chanteuse, ex-professeur d’espagnol qui a tout arrêté pour se lancer dans la musique, est ici accompagnée par Thete aux percussions. Sa dextérité nous assure une exécution de maître à mesure que les rythmiques gagnent en folie. Les textes, multilingues (il y a de l’espagnol, de l’anglais et du portugais) et engagés se marient à merveille à la base rythmique endiablée. Darbouka, djembés, tout y passe, et l’audience se laisse embarquer dans cette pause rythmée, mais en douceur et optimisme ! « Free », « Esperanza », « Somos », « Leave » : on resterait volontiers dans cet univers.

Point Mort – Les Lunatiques, scène Jupiter

Après le soleil du set d’Ilmao, c’est une nouvelle cassure radicale qui nous attend de retour au sous-sol. Point Mort, c’est avant tout une ambiance, pesante et lourde mais aussi mystique, symbolisée dans ces deux bâtonnets d’encens qui diffusent leur fumet depuis la scène. Les cinq membres comptent sur leurs talents, leurs compositions et leur énergie pour entraîner le public dans une spirale dont il ne sortira que profondément touché. Le post-hardcore – que le groupe qualifie de lovecore, terme très à propos – se révèle mâtiné d’influences diverses.

Les nombreux breaks enchaînent tant vers du plus doom que vers du déchainé, façon post-black. Rythmiquement, c’est un régal, mais surtout, la prestation vocale de Sam est renversante ! Son scream est surpuissant et profond, et ses parties voix claires très marquantes. Impériale, jusque dans l’interprétation pour le final du concert sur « Précision Chaos », à genoux, hurlant à distance du micro. Une putain de bonne découverte ! Allez écouter R(h)ope, vous ne le regretterez pas.

Hallali – Les Lunatiques, scène Pluton

Une fois de plus, changement total d’ambiance de retour devant la scène Pluton. Les Lunatiques nous proposent de quitter le post lovecore de Point Mort pour Hallali, seul sur scène avec sa guitare sèche et ses percus. Un peu dans une configuration d’homme-orchestre en somme. C’est jovial, c’est cool et sans oublier les revendications. Initialement assis sur scène avec sa valise qui lui sert de grosse caisse (sur laquelle on peut lire « All You Fascists Bound To Lose », titre d’un des morceaux joué au cours du set), Hallali se retrouve rapidement à l’étroit et descend directement auprès du public.

Un tambourin au pied gauche pour marquer les temps, et le voilà debout, invitant à une ronde autour de lui. Ça prend bien auprès des spectateurs, même quand ceux-ci sont plus habitués aux circle pits ! On passe un moment convivial, mais gare à l’extinction de voix cependant. Forcément, le micro étant resté sur scène, la voix est plus sollicitée pour porter jusqu’au fond de la salle. On apprendra plus tard que c’est avant tout un problème de retour qui a poussé l’artiste à descendre de scène. On peut dire qu’il a retourné la situation à son avantage.

Les Lunatiques Hallali

Appalooza – Les Lunatiques, scène Jupiter

Les crânes de chevaux sont installés et un tom basse trône au centre de la scène, Appalooza est là ! Le trio commence fort les hostilités et envoie son stoner plein de fuzz dans la face du public. Les nuques se secouent, la mayonnaise prend dans la foule. En même temps, le groupe est ici chez lui. Depuis l’enregistrement du dernier album, The Holy Of Hollies, le groupe a changé de line-up. Tony a quitté ses fonctions à la quatre cordes, remplacé par Adrien mais c’était il y a longtemps (juillet 2020). On sent les musiciens à l’aise et ravis de jouer ensemble ! On sent aussi l’expérience récente, avec le live Live At Smoky Van Sessions enregistré cet été.

Les titres s’enchaînent, mettant en valeur des anciens du groupe comme ceux de The Holy Of Hollies. On retient particulièrement « Conquest », « Nazareth » et ses influences orientales, et puis surtout « Trick Up Your Sleeve ». Ce titre qui monte en crescendo jusqu’au solo de guitare, et puis c’est la déferlante. Sur une rythmique basse batterie réduite à sa plus simple expression, Sylvain lâche alors sa guitare pour aller tambouriner sur le tom basse. Oui, celui-ci qui trône fièrement au centre de la scène. Effet garanti ! Niveau énergie, c’est assez incontournable. Avec en bonus la baguette qui fait temporairement office de médiator. Efficace !

VertebreLes Lunatiques, scène Pluton

Premier set sur la scène Pluton à profiter de quarante minutes de temps de jeu, Vertebre commence sur les chapeaux de roue. L’electro-rock infusé de coldwave du duo est très énergique et dynamise le public présent devant le bar. Les titres sont courts et s’enchaînent jusqu’à ce qu’un fâcheux incident technique se pointe et interrompe le set. Stoppées dans leur élan, Zach Spectre et Ron Kring se débattent avec les machines pour pouvoir repartir. Quand ça veut bien, le titre interrompu est zappé et le set enchaîne, Ron empoignant un keytar pour l’occasion. Les titres sont très souvent dansants mais les voix criardes ajoutent un feeling particulier. Une nouvelle fois, c’est un set assez unique que le festival nous propose entre deux têtes d’affiche, et c’est super agréable, même si celui-ci n’a pas été avare en soucis de son.

KloneLes Lunatiques, scène Jupiter

Plus de trois heures sont déjà passées depuis le premier concert présenté sur la scène Jupiter. L’ensemble du public qui avait prévu de venir au festival est là, et ça commence à se voir vraiment. Pour Klone, la densité de la foule fait un vrai bon en avant. Les premiers rangs sont compacts et la salle se remplit encore au fur et à mesure que le concert avance. Au niveau de la scène, une projection affiche des orages, un rivage, du tonnerre. Comme une invitation au voyage, renforcée par la voix profonde et les mélodies de guitare éthérées. On se laisse volontiers happer dans cette ambiance, ponctuée à l’envie de quelques growls ou rythmiques bien plus groove. Notamment sur « Rocket Smoke ». Le combo assure, et Yann Ligner se déplace pas mal au long du set. On ne voit pas le temps passer et rapidement on approche de la fin du set. On en veut encore.

PalecoalLes Lunatiques, scène Pluton

Présentation très singulière pour l’artiste Palecoal. Seul avec sa guitare électrique, il porte un kilt et se tient devant une sorte de tente-écran. Sur celle-ci, un stroboscope balance des visuels agressifs, en accord avec une boite à rythme effrénée. Les ambiances énervées forment un terreau parfait pour des lignes de guitare électrique bien hard. En fait, ce set est probablement le plus metal de toute la programmation sur la scène Pluton. Entre la musique, lourde et intense, et les visuels stroboscopiques, Palecoal crée une expérience hypnotique. Peut-être trop pour certains présents ce soir, en tout cas nous sommes restés scotchés. Jusqu’à ce que la faim se fasse sentir, nous obligeant à marquer une pause au stand de ravitaillement, un camion à lasagnes végétariennes placé à l’extérieur du site, juste devant l’entrée. Pause savamment placée lors d’une des trop rares accalmies pluviales.

Les Lunatiques palecoal

PsykupLes Lunatiques, scène Jupiter

Incontestable tête d’affiche du festival, le groupe du Sud est là ce soir, et c’est un grand moment. Déjà parce que le groupe est un habitué de la scène bretonne, et plus particulièrement de la scène rennaise. Psykup a des fans dans la salle, certains apportant des anecdotes de longue date (provoquant au passage quelques rires chez Julien Cassarino). Mais aussi, et même surtout, parce que c’est une des premières dates depuis le départ de Matthieu Miegeville, alias MilKa, parti pour les raisons que nous ne connaissons que trop bien. Au poste de second chanteur, le groupe a recruté un second Matthieu, en l’occurrence Matthieu Romarin. Le comparse a servi au sein de Uneven Structure ou encore Lone Survivors avant de grossir les rangs des adorateurs de l’autruche.

Que les amateurs du groupe se rassurent, la formule n’a pas changé et s’appuie toujours sur les différences vocales entre Julien et Matthieu. Il y a de l’énergie, le groupe est prêt pour retourner la salle ! Psykup est sur scène dans le cadre de la tournée Hello Karma. Si logiquement beaucoup de morceaux du dernier album sont à l’honneur, quelques vieux titres restent au programme. L’occasion d’en retrouver certains particulièrement fous, presque avant-gardistes dans leur composition. Ceux-là même qui accélèrent d’un coup, partent dans tous les sens et se terminent sans qu’on ne comprenne comment. Le public est chaud bouillant et les premiers mosh de la soirée ont lieu. Ça secoue bien, Psykup est dans la place !

Damage DoneLes Lunatiques, scène Pluton

À 23h passées, on approche de la toute fin du festival. Damage Done démarre le tout dernier vrai set sur la scène Pluton. Le groupe est un trio symétrique, deux guitaristes chanteurs placés au premier plan devant un batteur au set restreint. Celui-ci joue aux ballets sur ses quelques cymbales et sa caisse claire. Et surtout, c’est via le caisson sur lequel il est assis qu’il marque l’essentiel des temps. Ambiance feutrée au programme, vraiment plus douce et lente. Accordée au timbre des chanteurs et aux sonorités des guitares sèches, le résultat fait très complainte bluesy. On est clairement dans un registre pesant, voire même triste. Une fois de plus, le contraste avec les précédents sets est bien marqué, et vu celui qui nous attend pour finir le festival, cette pause est particulièrement bienvenue.

ObsidianLes Lunatiques, scène Jupiter

Alors que les premières heures de la nuit sont déjà entamées, il est enfin temps de clore ce festival. C’est Obsidian, groupe nantais de metalcore progressif, qui écope de la tâche du dernier set sur la grande scène. Dès le début, les quatre jeunes musiciens indiquent la couleur ! Entre les rythmiques franchement souvent jazzy, cette basse aux doigts qui claque, et la guitare qui enchaîne les lignes mélodiques hypnotiques, Obsidian joue avec nos repères pour mieux nous déstabiliser. Et surtout pour mieux nous laisser à la merci des vocaux ravageurs de Nathan, véritable pilier énergique de la formation.

Le contraste est violent, très violent entre la base musicale très clean, tout en retenue, et cette viscéralité dans les hurlements. Le frontman ne se contente pas de hurler d’ailleurs, il saute partout, sur scène et aussi dans le public. Il faut dire aussi que depuis la fin de Psykup, le festival se vide peu à peu (la dernière navette pour la ville étant prévue avant la fin du set d’Obsidian). Alors comme Nathan voulait un mosh dans la fosse et que celle-ci semblait un peu trop léthargique, il est allé le déclencher lui-même. Fort d’un EP sorti en 2020, le groupe a également présenté une très bonne nouvelle compo, qui est depuis partie en enregistrement. En résumé, une fort belle découverte et un set parfait pour terminer la programmation Jupiter sur une note bien énergique.

Ça y est, cette fois c’est vraiment la fin. Les derniers exposants sont en train de ranger leurs stands, le merch commence à se tarir, alors que le dernier set DJ démarre sur la scène Pluton, avec Plür. Le gros du public a déjà quitté Les Lunatiques, restent surtout les locaux et ceux qui habitent suffisamment près et qui n’ont pas trop abusé des boissons houblonnées pour repartir. Et puis évidemment les groupes, les bénévoles et les orgas, avec le travail de rangement et de nettoyage qui commence. Chapeau à vous, vous avez assuré la tenue du festival. On a hâte de voir les futures éditions des Lunatiques.

Crédits photos : Sophie La Sorcière



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