Retour sur le MaMA Festival 2021

La Grosse Radio était bien là au MaMA festival & convention, cet événement annuel incontournable qui réunit les pros de la musique pendant trois jours dans le quartier de Pigalle à Paris. Le MaMA, ce sont des rencontres professionnelles, des conférences sur l’évolution de l’industrie musicale et ses enjeux, et bien sûr des concerts ouverts au public où se mélangent tendances et découvertes.

Après deux ans sans ce moment particulier dans le cosme des musiques actuelles françaises, nous étions plus qu’enthousiastes à l’idée d’y retourner. L’ambiance des retrouvailles était bien là, mais nous comptions aussi mettre en lumière sa part rock cette année, sous-représentée hélas. Nous nous sommes alors laissés guider par le hasard de notre agenda et par la curiosité.

Entre les faits et actions marquantes de cette nouvelle édition, outre les conférences sur l’égalité femme-homme dans le milieu musical, on note que cela se traduit par des actions concrètes, à savoir que 46% des personnes intervenantes sont des femmes et que parmi les 121 groupes programmés, soit 566 artistes, on trouve 65% de femmes. Souhaitons que cette tendance continue dans le futur et sur toutes les scènes des festivals pour lutter contre l’invisibilisation des femmes.

Par Eloa Mionzé, Palem Candillier et Yann Landry.

Les Concerts

Thérèse – Théâtre de Dix Heures

Alors oui on le sait bien : Thérèse c’est pas du Rock, mais bon Thérèse, elle pèse et son attitude punk n’est pas pour nous déplaire ! Nous étions curieux d’entendre et de voir LA grande émergente du hip-hop français en live. Hélas, le Théâtre de Dix Heures affichait complet trente minutes avant le show, et quelque part c’est tout le mal qu’on lui souhaite. Frustrant, mais de bonne augure !

Ninon – FGO Barbara

Ce jeudi 14 octobre commence de bon matin avec le showcase de Hello Music. Nous assistons à un set de chanson urbaine pop aux textes profonds, chantés par l’artiste lilloise NINON, accompagnée par un batteur, un claviériste, et deux choristes. Malgré l’horaire matinal du concert, la salle est bien pleine, pour Hello Music ! qui représente cinq grandes organisations musicales de la Métropole Européenne de Lille. Adam Carpels et YN joueront aussi ce matin, mais c’est bien la pop poétique de Ninon que nous avions choisie pour nous délivrer ses textes traitant de la génération Z, la sienne à nous, de la Y.

Si nous sommes déjà bien perturbés par le monde qui nous entoure et qui s’amuse parfois à nous laisser de côté, la génération Z ne se laisse pas abattre et veut entrer et se saisir des problèmes de la société, pour la faire avancer, voire s’améliorer. Et le trio vocal, soit Ninon et ses deux choristes, plus leurs batteur et claviériste, nous saisissent directement au cœur avec un lyrisme assumé et assuré. Elle réussit à captiver la salle jusqu’à suspendre le temps pour un beau final avec le très touchant “La Marée du Siècle”. 

Ninon

Lulu Van Trapp – La Machine du Moulin Rouge

Le jeudi 14 au soir, l’effervescence devant la Machine du Moulin Rouge attire notre attention. Nous nous laissons ainsi tenter par le concert du groupe parisien Lulu Van Trapp, qui investit la scène vers 19h30 sur fond d’ambiance western-spaghetti, acclamé par un public déjà acquis. Alignés en front de scène, les membres du gang Van Trapp affichent une fraîche envie d’en découdre dans une configuration originale, où la boîte à rythme se mélange à des fûts et des cymbales joués debout par un batteur au déhanché endiablé. Le guitariste et le bassiste donnent le ton à leur chanteuse-claviériste dont le timbre soul subjugue d’entrée de jeu.

Lulu et sa bande déroulent ainsi un set coloré de chansons d’amour aux influences pop, garage, surf et même italo-disco (pour son côté parfois cheesy et langoureux), qui nous rappelle les Black Lips ou La Femme. Tout est là pour nous assurer un road trip caniculaire : une basse groovy, une guitare claquante et des nappes de Farfisa. Les morceaux se suivent mais ne se ressemblent pas. Sans lâcher la thématique de l’amour, les quatre flingueur.se.s savent nous immerger dans leur univers et passent sans heurts de l’anglais au français, du beat rock steady au twist 60’s, de la pop 80’s à la mélancolie des ballades. L’ultime titre à la voix omniprésente nous rappellera même Shannon and The Clams

Lulu Van Trapp

Mr Giscard – La Boule Noire

Changement complet de décor une heure plus tard, puisque c’est sur la scène plus indé de la Boule Noire que nous venons voir Mr Giscard. La salle est rapidement pleine à craquer pour le set du chanteur et des deux musiciens qui l’accompagnent à la guitare et à la basse. Le style est beaucoup plus urbain et désenchanté à la façon d’un Orelsan. L’ami Giscard, casquette à l’envers et anti-style vestimentaire revendiqué, nous raconte d’emblée son quotidien sentimental sur fond de beats mid-tempo : « Quand j’me lève j’m’en bats les couilles, je remets mon slip et j’me taille ». Le ton est monocorde, les textes sont cyniques pour mieux souligner les failles et la désillusion du bonhomme. Ce dernier confie que ce sont les premiers concerts du projet, alors qu’une partie du public chante déjà ses paroles. De notre côté, on aura très vite l’impression d’avoir fait le tour de Mr Giscard tant les chansons se ressemblent.

Mr Giscard MaMA

Structures – La Machine du Moulin Rouge

Structures était sans doute le rendez-vous rock à ne pas manquer pour nous, et pourtant nous ne parvenons à entrer dans la Machine qu’un quart d’heure après le début du set tant les amiénois attirent professionnels et férus de post-punk martial. On ne s’y est pas trompés : c’est déjà le feu dans la salle, le public pogote à tout-va et organise même un wall of death pendant que les quatre gars mitraillent leur cold-wave puissante qui évoque un croisement vénéneux et contre nature entre Killing Joke et les Melvins. Ça défouraille sévère, le chanteur ne quitte pas un instant la rage omniprésente qui habite les morceaux et ne la fait retomber par moments que pour mieux la faire éclater sur fond de basses menaçantes et de roulements de tom assassins. Les picards gèrent leur affaire et ne concluent le show qu’une fois que le chanteur aura furieusement slammé dans le public en assénant une dernière fois un de ces refrains scandés dont ils ont le secret.

Structures

Ilgen-Nur – Les 3 Baudets

Les 3 Baudets sont complets pour la jeune chanteuse et guitariste allemande accompagnée d’un bassiste, un guitariste et un batteur. Typée pop rock 2000 , mais aussi d’une touche mixée de Cure grâce à une voix trainante et de Weezer avec sa fausse énergie, Ilgen-Nur nous a récité avec brio son premier album Power Nap sorti en 2019. Sur « TV », la chanteuse nous explique qu’elle « Could be anyone« . Elle se demande aussi si « Did I say something, did I did something » de sa voix grave et éclatante. Puis une nouvelle chanson arrive, colorée à la mélancolie printanière. La palette pantone du groupe est large dans les émotions, le ressenti, le poids de la vie.

La configuration assise de la salle est assez adaptée à la voluptueuse paresse de la section rythmique, pouvant nous entraîner dans les limbes de notre siège molletonné. Mais c’est aussi dommage car la proximité des compositions directes de Ilgen-Nur aurait été un plus appréciable debout au premier rang (oui, les concerts debout serré me manquent). Entre voix vaporeuse et les instrus garage, il y a une intéressante et particulière cohésion. Une très belle formule au service de la voix. L’ensemble de la saisissante prestation du groupe allemand nous semble être une ode au cool et à la recherche de l’ataraxie.

Setlist : In My Head; TV; Nothing Surprises Me; Tonight/Someday; You’re A Mess; Soft chair; Lookout Mountain; 17; Silver Future; Cool.

Ilgen-Nur

Les Conférences

Le numérique contre l’invisibilisation des femmes dans la musique – Cosy Lab / Trianon

Nous étions à la discussion participative organisée par shesaid.so, avec comme invitées principales Svéa Cauquil et Laeticia Cottave, fondatrices des plateformes BANDSHE et Présence Compositrices, dédiées à la lutte contre l’isolement et à la favorisation de l’emploi des techniciennes du spectacle et aux compositrices. Plusieurs filières du secteur musical y étaient représentées, dont le label aux valeurs égalitaires Tadam Records, pour un échange très intéressant pointant les problèmes rencontrés par les femmes de la musique au cours de leur carrière : maternité, rapports avec leurs collaborateurs hommes, emploi… 

Il a été notamment question de fédérer autant que possible les actrices de l’industrie afin de lutter contre l’isolement et d’amplifier la représentation de tou.te.s, ce que proposent de faire les structures de Svéa et Laeticia. Nous avons attiré l’attention sur le fait que les hommes étaient trop peu présents à cette discussion alors que que le débat soulignait qu’ils doivent eux aussi être acteurs de ce changement. Certains d’entre eux ont tenté d’apporter des éléments de réponse à cette absence (communication qui favorise encore trop la frange masculine du monde musical, environnement social qui doit évoluer) tout en espérant être plus nombreux à l’avenir pour prendre conscience des initiatives et des difficultés rencontrées par les femmes. 

Les femmes de la musique – Quels leviers d’action et mesures concrètes pour un écosystème sain et inclusif? – Chapelle / Lycée J. Decour

A cette table ronde, Emily Gonneau, co-fondatrice de Change de Disque, a réuni 10 femmes et 1 homme de filières différentes de la musique, pour dénoncer les problématiques tant structurelles que systémiques d’inégalité de traitement et de violences sexistes et sexuelles envers les femmes de la musique, et mettre en avant les enjeux, la mobilisation et les actions qui se mettent en place pour que le sujet soit vraiment pris au sérieux et induise un changement significatif.

Virginie Bègue et Tracy De Sa, ont partagé avec nous le sexisme et les violences subies dans leurs quotidiens respectifs de technicienne indépendante et d’artiste, mais aussi le progrès qui opère depuis ces derniers mois, voire ces deux dernières années.

Héloïse Luzzati, contrebassiste, a dénoncé la précarité de l’emploi des femmes dans le secteur de la musique, notamment au retour d’un congé post-natal. Il a également été souligné qu’une amélioration de la rémunération du congé maternité était entrée en vigueur il y a quelques mois. Puis elle a mis en lumière les violences sexuelles que de jeunes enfants subissent dans le milieu de la musique classique, où règne l’omerta.

Céline Bakond nous a exprimé ses difficultés de travailleuse indépendante et du syndrome de l’imposteur, malheureuse réalité d’un grand nombre de femmes exerçant une activité indépendante, et qui se trouve accentué dans les secteurs où les hommes sont majoritaires. Des solutions ont été apportées par Yann Landry, label manager et attaché de presse, pour la gestion des relations clients, pour ainsi mieux se protéger. Il a cependant déploré, concernant son activité d’attaché de presse, une différence de traitement entre lui et ses consœurs, de la part des médias comme des clients, dévalorisante pour ces dernières.

Le sujet s’est donc naturellement porté sur l’encadrement des comportements au sein des structures afin de garantir une ambiance plus sereine et sécurisée pour les femmes dans leur travail. C’est notamment ce qui a été mis en place et appliqué au CNM par Corinne Sadki, chargée de l’égalité Femmes Hommes, et Catherine Boissière, représentante SACEM au CNM, avec le Protocole contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles.

Enfin, Chloé Corbelin et Clara Delbergue sont revenues sur l’affaire Because Music et nous ont expliqué comment elles ont pu mener ce combat et faire définitivement changer les mentalités dans leur entreprise.

Nous ressortons de cette conférence avec une vision plus globale du chantier à réaliser, et avec ce sentiment d’être moins seul.e.s face à tous ces problèmes récurrents, que les choses sont réellement en train de changer, qu’il faut continuer à se fédérer et ne pas baisser les bras.

Pour revivre quelques moments forts du festival, voici l’after movie

Crédits photos : Palem Candillier, sauf pour Ilgen-Nur et Ninon : Yann Landry, et pour la dernière photo : Ludovine Pellissier



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