Marillion – An Hour Before It’s Dark

Cela fait plus de 40 ans que Marillion est un acteur majeur du rock progressif et peu de groupes peuvent se targuer d’avoir eu une carrière aussi florissante malgré le départ de leur leader Fish, il y a déjà plus de trente ans. Après un album très engagé intitulé F.E.A.R, Marillion nous offre son premier album post-confinement, en pleine pandémie. Intitulé An Hour Before It’s Dark, le groupe entend bien offrir un opus de qualité à ses fans.

Pour bien comprendre cet album, il faut se focaliser sur son titre An Hour Before It’s Dark faisant référence à cet instant qui précède un événement tragique que ce soit le réchauffement climatique, la pandémie ou la maladie. Continuant dans son style engagé qui était très présent sur F.E.A.R les textes de H sont encore plus incisifs et émouvants. Les thèmes abordés sont prenants et le chanteur met toute son émotion au service du message délivré. Alors que « Reprogram the Gene » démarre avec un texte vindicatif, la chanson se termine de façon plus tragique et dépressive. On sent, par les différentes intonations que Steve Hogarth donne à cette phrase « I don’t want to be food for the trees » (ndlr : « je ne veux pas nourrir les pissenlits par la racine »), qu’on passe d’un narrateur très énervé à une profonde question sur notre existence et notre rapport à la mort. La fin de vie est abordée dans le morceau fleuve « Cure » racontant les derniers instants d’un malade du cancer. Avec son début répétitif, on entre dans la vie du personnage avec ses multiples traitements puis, petit à petit, la composition devient une ode à la vie et aux soignants qui sont les vraies miracles dans ce monde.

Pour pouvoir porter des textes aussi puissants, il fallait forcément un interprète d’exception : Steve Hogarth. Il semble plus fatigué, plus éraillé, éreinté, mais tellement authentique avec une profondeur qu’il ne manquera pas de faire partager sur scène. Il s’en dégage une énergie punk entre ses couplets répétitifs et cette façon de déclamer les textes en nous les crachant à la figure.

Alors bien sûr, derrière, il y a des musiciens qu’on ne présente plus. Une section rythmique solide et efficace avec un Pete Trewavas groovy, peut-être un peu plus en retrait au niveau du mix que d’habitude, mais tellement efficace comme sur le riff principal « Murder Machines ». Ian Mosley ne brille pas par son originalité avec des rythmes assez connus mais il le fait avec une telle légèreté et une telle précision que les compositions en deviennent cohérentes.

Le claviériste Mark Kelly tente certes moins d’expérimentations sonores que sur F.E.A.R mais il apporte son lot de textures sonores qui surgissent comme des surprises auditives : une partie piano proche de U2 dans « Reprogram the Gene » ou cette magnifique progression dans « The Crow and the Nightingale ». On retrouve cette ambiance aérée de bord de mer déjà présente sur Seasons End.

Steve Rothery est toujours impeccable avec des soli qui participent à cette émotion présente sur tout l’album. Sans vraiment révolutionner sa discographie, le groupe arrive toujours à proposer des morceaux singuliers avec cette patte reconnaissable et une cohérence parfois rare dans le milieu du prog.

Cette cohérence transparaît dans la structure de l’album et surtout des compositions. Avec An Hour Before It’s DarkMarillion reprend la formule de F.E.A.R avec des morceaux complexes à tiroir. Alors certes, il faudra sûrement plusieurs écoutes pour digérer « Care », « Sierra Leone » ou « The Crow and the Nightingale ». Moins accessibles que des œuvres monumentales comme « Afraid of Sunlight », « Estonia » ou « Neverland », les morceaux de An Hour Before It’s Dark s’intègrent parfaitement à la discographie et on a hâte de les voir prendre vie sur scène.

C’est donc un album qui montre la vraie force de Marillion : l’authenticité et la sincérité. 40 ans que le groupe nous surprend avec certes la même recette de base : un rock progressif atmosphérique et parfois plus énervé. An Hour Before It’s Dark était clairement l’album dont nous avions besoin pour exorciser les événements tragiques qui nous touchent actuellement. Un opus indispensable à écouter et à réécouter pour découvrir les détails et pour mieux apprécier l’art développé par le groupe.

Sortie le 04 mars 2022 sur le label Inside Out Music

Tracklist

01. Be Hard on Yourself

02. Reprogram the Gene

03. Only a Kiss

04. Murder Machines

05. The Crow and the Nightingale

06. Sierra Leone

07. Care

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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