Fabulous Sheep – Social violence

Fabulous Sheep chante le désenchantement d’une jeunesse qui a pourtant encore des idéaux”. Et dans le bruit et la fureur, pourrait-on ajouter… Mais cette énergie est positive, maîtrisée, au service du propos. Car même passablement énervé, le quintet de Béziers ne se départit jamais de son sens de la mélodie, laquelle parvient toujours à tenir la dragée haute aux guitares, parfois guidée par le clavier et des fulgurances de saxo millimétrées. Post Punk notre fabuleux mouton ? Non, punk tout court. Libre, tranchant et résolument XXIe siècle, “The Future is unwritten” et il appartient à ceux qui comme eux, se battent, modestement mais sûrement. 

Étape souvent cruciale dans la vie, la survie même parfois d’un groupe, le second album est inévitablement attendu au tournant. Le quintet de Béziers ne faisait pas exception ; allait-il négocier correctement son virage, conserver l’énergie farouche, la fougue juvénile de l’opus premier sorti en 2019 ? Comme d’autres, privés de leur élément scénique naturel, la période covid a été pour les Fab’ l’occasion de s’enfermer en studio. Comme d’autres également, ce contexte particulier a forcément joué sur la couleur, la texture, la nature même des nouvelles compositions. Pas de révolution pour autant. Ou plutôt si, leurs colères ont mûri sous l’aiguillon de l’effet pandémie, et cela transparaît à travers le titre choisi pour la tête de gondole. Cela s’entend aussi et ce, dès le premier morceau ; un “We fight” plus abrasif, plus véner. Lorsque l’on expulse littéralement ce qui ressemble manifestement à un manifeste, on peut difficile le faire en douceur… “Dogs” qui suit, chanté par le bassiste Charles Pernet, trace le même sillon et “Parasite” n’est ni plus ni moins qu’un véritable brûlot, du genre qui cartonne tous ceux qui s’épanouissent au sein de notre belle société ultra-libérale.

Rise up people / No masters, no teachers” (“Believe in God”)

L’hommage aux Clash s’imposait donc naturellement, mais outre la référence « Ni dieux, ni maîtres », “Believe in God” reflète ce que les Fab’ affectionnent particulièrement chez la bande à Strummer. La combativité rock, mais également l’ouverture musicale. C’est à “The Magnificent Seven” que l’on pense immédiatement et donc au son de “Sandinista” plutôt qu’au punk-rock séminal des précédents albums du combo British emblématique. “Future is unwritten” est l’exemple même de cette combinaison savante que les bitterois se sont appropriés. “Run” avec ses chœurs à la Beasty Boys en est un autre, plus contemporaine. « Mediterranean Cemetery » prouve lui qu’ils n’ont en rien perdu de leur habilité à créer de magnifiques ballades rock, le plus souvent interprétées par Timothé Soulairol. Sur les morceaux plus punchy tels que « Already ready » ou « You think too much”, c’est son comparse Piero Berini qui s’y colle en frontline, même si leurs deux voix complices s’entremêlent la plupart du temps à l’unisson avec leurs guitares (« Keep on dancing »). Cerise sur le gâteau, sur « Dogs » et « Parasite », les Fab’ ont eu recours aux bons offices de Jim Diamonds, lequel réside à Montpellier, pas si loin de Béziers donc. Que le sorcier analogique de Detroit se soit intéressé aux Bitterois, est assurément un gage de reconnaissance et de bon augure pour la suite !

Sortie le 25 mars (Bitter Noise/Les Jeudis du Rock) et disponible en écoute ici 

Tracklist :

We Fight
Dogs
Parasite
Believe in God
Future is unwritten
Satellite
Mediterranean Cemetery
Already Ready
Run
You Think Too Much
Keep On Dancing

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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