Eiffel, enfin au Trianon !

Après moult annulations / reports / déceptions, le combo du charismatique Romain Humeau était à Paris le 15 avril dernier. Pas totalement full à craquer la salle velours et or du boulevard de Clichy… mais bel et bien habitée par une foule sentimentale en quête du concert rock idéal, exempt de “rebelle attitude” de façade, entre riffs puissants et passion partagée.

Mettons cartes sur table, je ne fais pas partie de la tribu des Ahuris que j’ai côtoyé de près dans la fosse… Et il ne s’agit pas d’indigènes venus d’une lointaine contrée exotique, mais bien des fans d’Eiffel. C’est à travers ce vocable référentiel et jubilatoire que se reconnaissent leurs aficionados depuis le choc que fut en 2002 le second album “Le quart-d’heure des ahuris”. Mais je vénère bel et bien Romain Humeau leur sorcier auteur-compositeur-interprète-arrangeur et je me souviens de cette entrevue en 2019 chez Ephélide. Tanqué dans un fauteuil club, gratouillant sa guitare de manière compulsive, il m’avait dit sa joie à l’idée de continuer à défendre sur scène en 2020 leur dernier né, Stupor Machine. Et le Covid est passé par là… Quatre annulations / reports / déceptions de part et d’autres. Et enfin, cette date tant attendue au Trianon. Lorsque j’ai évoqué avec elle mon intérêt pour la chose, une jeune consœur m’a répondu du tac au tac “ça existe encore Eiffel ?”. N’en déplaise aux confrères qui ne jurent que par des Last Train, censés incarner le “renouveau du rock français”, ce sont eux les vrais tenants d’un rock couillu et mélodieux, poético-politique. Une démarche noir et désirée donc, agrémenté d’un esprit Do It Yourself revendiqué. Oui, Romain et Estelle Humeau les deux Nicolas – Bonnière et Courret – sont toujours bien vivants et ils nous l’ont encore prouvé ce soir-là ! 

Crédit photos : David Poulain / David Poulain

A mes côtés donc, un couple d’ahuris qui vont littéralement s’éclater toute la soirée, à reprendre à la virgule près les paroles. L’âge ou presque de ceux qu’ils viennent voir, avec le fiston monté en graine, qui leur mange la soupe sur la tête. Doit être étonné le lascar de voir son daron jumper le bras en l’air sur “Saoul”. Un titre de Tandoori, troisième album d’Eiffel et qui lui rappelle sans doute sa folle jeunesse. Sans jouer les nostalgeux, le groupe leur aura donné satisfaction à nos ahuris. “Place de mon cœur” en ouverture bien sûr et pas moins que quatre morceaux –  “Off”, “Il pleut des cordes”, “Tu vois loin” et “Sombre” – issus de leur Quart d’heure fondateur ! Sont contents le trio, mais visiblement ils connaissent bien également ceux de Stupor Machine. On ne peut faire l’impasse sur les avis de capilliculteurs entendus ça et là ; oui la crinière de Romain a pris une telle extension qu’elle le contraint à porter le chignon comme Estelle la discrète et on peine parfois à distinguer ses traits derrière ses boucles rebelles. Désormais striée de fulgurances grises, elle le rend plus animal que jamais, presque chamanique quand les strombos l’illuminent. Ses comparses ne sont pas en reste ; Nico Courret, qui arbore un tee-shirt aux couleurs de Johnny Mafia, se la donne sur ses fûts et l’autre Nico nous gratifiera de soli acérés. Si Estelle Humeau et Damien Pouvreau le cinquième mousquetaire en live sont plus discrets, elle comme lui ne sont pas moins essentiels pour que la machine Eiffel tourne à pleins régimes. 

Crédit photos : David Poulain / David Poulain

Les moments-clés de ce concert ? Le flegme rigolard de Romain, qui prend des coups de jus avec son micro et qui s’en amusera tandis qu’on lui change, tout en se livrant à un duo de guitare endiablé avec Nico. Son questionnement lucide en aparté de “Dispersé” : “peut-on encore se rassembler ? ” Son poing levé – “Pas le geste que je préfère mais là, merde !” sur “À tout moment la rue”. “Douze ans après, pourquoi ce sont les chants désespérants, les plus beaux, dont nous devons nous rappeler ?” Le tonnerre d’applaudissements qu’il reçoit en retour, à l’image de celui qu’il aura ensuite lorsqu’il remerciera le public de faire “exister” Eiffel. L’hommage empreint d’émotion sur “Milliardaire” à Emmanuel “Manu” Joux, l’ami, le mécène – “au sens florentin du terme”- et producteur du documentaire inédit sur le groupe. “Sa disparition nous donne encore plus envie de le sortir ce film !” Le moment de complicité sur “Un même train”, débuté sotto vocce, interprété loin du micro, entouré des quatre en formation acoustique-intimiste. Avec cet avertissement en amont ; “cette chanson va vous obliger à fermer vos gueules, et c’est ce qui peut nous arriver à tous…”. Message d’actu, en mode à bon entendeur et comprenne qui voudra !



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