Danko Jones + Moon Shot au Nouveau Casino de Paris le 28 mai 2022

En ce samedi de printemps, le Canadien Danko Jones était de passage dans la capitale avec son groupé éponyme et après quelques péripéties. Initialement prévu au Fvtvr, le concert avait été décalé et finalement été déplacé au Nouveau Casino. L’occasion d’admirer les capacités de bête de scène du trio, avec dans ses bagages les Finlandais de Moon Shot.

Moon Shot

Entre les changements de salle, les horaires non communiqués, le foot, le tennis, le rugby et le festival de Cannes à la télé, il n’y a initialement pas foule au Nouveau Casino. Les pauvres Finlandais de Moon Shot se retrouvent à entamer leur set devant à peine vingt personnes. Cela n’empêche pas le groupe d’y aller avec énergie.

Il attaque avec « Confession », un morceau très prenant, planant, postrock, qui captive dès le début. Le chanteur Ville Malja a quelque chose d’atypique et semble possédé par sa musique, dans un état second. Pour encourager les spectateurs, il applaudit lui-même à la fin du morceau, mais c’est un effort inutile : le public clairsemé semble déjà conquis et vocifère son enthousiasme.

La musique du groupe est entrainante et en même temps planante. Moon Shot propose une musique aux multiples influences, ce qui peut d’ailleurs décontenancer, car la formation semble encore se chercher : certains morceaux lorgnent vers du post-rock très éthéré et atmosphérique, quand d’autres beaucoup plus rentre-dedans évoquent plus le hard rock voire prennent des couleurs punk, ou partent carrément dans une ambiance emo.

Il faut dire que la formation est jeune – son premier album est sorti en 2021 même si ses membres ont de la bouteille – ils ont œuvré dans des formations finlandaises comme Disco Ensemble, Children Of Bodom ou encore Lapko. Ce qu’expliquera d’ailleurs le bassiste Henkka Seppälä, qui prend la parole en français dans le texte « Ce groupe pour nous c’est comme une seconde chance« .

Ces errements, compréhensibles pour un nouveau groupe, suscitent un certain scepticisme chez certains, manifestement minoritaires à voir l’enthousiasme avec lequel la foule, qui s’épaissit au fil des chansons, accueille les Finlandais. Le chanteur communique beaucoup, donnant des explications sur certains morceaux. Durant les titres, il semble en transe et ne tient pas en place. Ses mouvements évoquent tantôt un danseur, tantôt des gesticulations informes – là aussi on brasse large niveau style.

Après presqu’une demi-heure, c’est le moment de l’ultime chanson. Le frontman saute comme un cabri au milieu des spectateurs, remonte aussi sec sur scène, et, le morceau à peine achevé, bondit de nouveau dans la fosse pour grimper l’escalier à l’arrière de la salle qui mène au stand de merch. Une sortie de scène un peu abrupte, mais qui présage, peut-on espérer, de l’ascension qui attend Moon Shot.

Setlist

Confession
Agony Walk
Into the Trouble
Marlboro Man
Big Bang
Second Chance
Caterpillar

Danko Jones

Changement de plateau devant une salle désormais quasi complète, et une demi-heure après, c’est l’heure du plat de résistance. Les lumières s’éteignent, la foule hurle, le batteur Rich Knox fait son entrée sous les applaudissements, suivi du bassiste John Calabrese, et finalement du chanteur guitariste qui donne son nom à la formation.

Ils attaquent pied au plancher avec « Saturday », et le public réagit au quart de tour. Le groupe dégage une énergie positive, presque solaire, et sa joie manifeste d’être présent est communicative. Le bassiste notamment interagit beaucoup avec le public, à coups de signes, de regards et de grands sourires, prenant la pause devant les téléphones et les objectifs.

Le chanteur exprime d’ailleurs à plusieurs reprises la joie du trio d’être de retour sur scène, surtout après deux ans d’interruption. « Vous êtes là alors qu’il y avait tellement de choses à faire » se réjouit-il. « Merci », lance-t-il en français dans le texte.

Le chanteur pourrait d’ailleurs facilement se lancer dans un oneman show tant il multiplie les blagues ! Et le public lui répond ! Mais de façon plus ou moins volontairement comique. Ainsi, quand Danko Jones demande « Where do we go ? » pour demander en gros quelle devrait être la prochaine chanson, quelqu’un lance « Paris ! ». Ce qui permet au chanteur d’ironiser « On est déjà à Paris, on a réussi, mission accomplie, la question c’est qu’est-ce qu’on fait ensuite ». Et quand quelqu’un demande plusieurs chansons du nouvel album Power Trio, largement représenté ce soir avec cinq titres, le chanteur se réjouit « C’est la preuve qu’il n’a pas écouté que les singles mais tout l’album !  »

Les incompréhensions se poursuivent quand d’autres hurlent spectateurs « guitar louder » pour demander plus de volume pour la guitare – le son est pourtant bon partout dans la salle, mais il est vrai que la basse est particulièrement mise en avant dans le mix. Ce que Danko Jones  ne semble pas comprendre, puisqu’il répond « Ne nous laissez pas tomber ? Mais est-ce qu’on vous a déjà laissé tomber ? ». Avant de se lancer dans un monologue plus ou moins compréhensible avant de conclure « Et sinon, je n’ai aucune idée de ce que je raconte ».

Le public n’hésite pas non plus à marquer son affection pour les musiciens. Étrangement, c’est le bassiste qui est le plus plébiscité, avec un groupe de spectateurs qui se met entre deux morceaux à scander son nom. Le frontman semble alors (faussement) offensé, et demande des acclamations pour sa personne. Le one man show est à tel point qu’on est surpris quand le groupe enchaine trois morceaux sans commentaire.

On en oublierait presque la musique. De ce coté-là, le groupe n’a pas à rougir, même si le set est évidemment à l’image des chansons : c’est basique, ça n’invente pas grand-chose, mais c’est diantrement efficace et tout à fait adapter pour remuer les foules un samedi soir.

Le chanteur en a d’ailleurs conscience, puisque quand un spectateur demande « Forget My Name », qui n’est pas prévue sur la setlist, il répond « C’est une très bonne demande, bien que nous ne la jouerons pas. Mais je vais vous confier un secret, toutes nos chansons sonnent pareil ». Avant d’expliquer quelques instants plus tard « Nous ne pouvons pas dévier de la setlist parce que nous ne travaillons pas d’autres chansons ».

Si l’ensemble est de bonne tenue, le chanteur semble parfois un peu approximatif – cela s’entend beaucoup sur le rappel -, mais pas de quoi entamer l’enthousiasme de l’auditoire. Les chansons du nouvel album s’intègrent parfaitement aux autres, et le public semble en grande partie les connaitre, même s’il y a un tout petit peu plus de ferveur sur certaines plus anciennes. Un ersatz de pogo s’est d’ailleurs établi dès le premier morceau, et prend de l’ampleur en milieu de set – il finira par renverser des bières posées sur un plateau sur les cotés de la salle. Un spectateur s’essaye même au crowdsurfing et tente de gagner la scène, mais il est repoussé par un technicien.

Le rappel est l’occasion d’un nouveau trait d’humour du chanteur, qui lance, face aux acclamations fournies pour les faire revenir sur scène, « nous allions revenir, et vous le saviez, mais j’aime la magie du rappel ». Ce à quoi un spectateur rétorque « Don’t break the magic ». « Cela pourrait être le nom de la tournée toute entière », approuve Danko Jones, qui se lance alors avec une négociation avec le spectateur pour avoir le droit d’utiliser ce nom – celui-ci se retrouve donc virtuellement avec une commission de 5% sur les revenus du groupe, ce qui à en croire le chanteur l’effraye un peu.

Après trois chansons de rappel, dont « Rock Shit Hot », « la toute première écrite », le trio quitte la scène sous les acclamations. Le show a ‎été très court, une heure quinze, une soirée clubbing étant programmée juste après. Danko Jones a offert une musique sans prétention, très accrocheuse, taillée pour le live, et le groupe confirme une nouvelle fois que la scène est son élément.

Setlist

Saturday
I Gotta Rock
I’m in a Band
First Date
Lipstick City
Ship of Lies
Invisible
Get to You
I Think Bad Thoughts
Flaunt It
Full of Regret
Had Enough
Lovercall
My Little RnR

Rappel :
I Want Out
The Twisting Knife
Rock Shit Hot

Crédit photo : David Poulain. Reproduction interdite sans autorisation du photographe



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