Le Betizfest à  Cambrai (15-16-17.03.2013)

Pour sa dixième édition, le Betizfest (Cambrai – Nord) n’aura pas fait la bêtise de s’enfermer dans un genre. Ouverts par un groupe de pop-rock féminin et clos par un groupe de metalcore allemand, les trois jours auront accueilli l’electro et le reggae au même titre que le rock dans une ambiance festive.

 

Elise Schipman)


Les Lolito (Lolita en ch’ti ?) ont ouvert le bal avec une pop fraîche et nerveuse. Le groupe bisexuel (qui se définit « rock’n’girls » malgré la présence de deux boys) ont enchaînés des mélodies accrocheuses et efficaces sur la voix suraiguë de la chanteuse, vêtue d’une robe flashy. « On va jouer un morceau qui s’appelle “Les filles et les gars“, il y a des filles dans la salle ?! », s’exclame la chanteuse. Elle reçoit pour toute réponse un cri guttural collectif, preuve que les mecs s’étaient levés plus tôt ce jour-là. Les premières crêtes commencent à s’agiter sur Diego Pallavas. Un trio de gars à l’arcade dégoulinante de sang et aux dents manquantes mené par un sosie de Leonardo Dicaprio. Ils entonnent un punk français ponctué de quelques « je t’emmerde ! » et « honte à la classe dominante ! ». Un discours semblable à ceux de nombreux groupes du festival. Après avoir lancé une peau de banane dans le public, le groupe termine son set par une douce reprise de « Stand By Me », vite rattrapée par les battements punks qui nous manquaient déjà.
 

Boulevard des Airs

Boulevard des Airs (©Elise Schipman)


On pourrait penser que Boulevard des Airs faisait tâche dans la prog, avec leur single pop-Tryo « Cielo Ciego ». C’était sans compter les étonnantes ressources du groupes qui a assuré une sacré ambiance avec même quelques mélodies électro-rock et riffs à la limite du metal, au milieu des accordéons, trompettes et autres saxophones. Les membres se sont même invités à un concert totalement acoustique au milieu de la fosse. Le public, conquis, est alors chaud comme la braise pour accueillir Les Wampas. Comme à son habitude, le charismatique Didier Wampas assure un show délirant, se mettant debout sur une chaise portée par le public ou explorant la fosse pour se faire couvrir de bisous sur « Kiss ». Il a même invité un enfant à chanter en duo sur « Les Wampas sont la preuve que Dieu existe » avant de finir en apothéose par un slam sur scène, où une cinquantaine de festivaliers (surtout des festivalières) se déchaînaient.
 

Les Wampas (©Elise Schipman)


Le deuxième jour fut ouvert par Mascarade, un curieux groupe « hip hop de rockeurs ». À la manière de Orelsan, un chanteur masqué entonne des paroles violentes mais toujours au second degré, sur de puissants rythmes electro-rock. « Mascarade tombe jamais en rade ! », chante-t-il avant le gênant bide de son rappel. Bons joueurs, ils restent dans la dérision : « On voulait faire les re-sta, mais je vois que personne n’en a rien à foutre ! » Sans aucun temps de pause entre les sets, le festival continue avec Obsolète Radio qui inaugure la petite scène. Il s’agit d’une bande d’adolescents arborants des sweats à capuches et des lunettes 3D. Une allure peu crédible qui ne les empêche pas d’hurler dans le micro durant l’intégralité du set sur des accords dissonants. Le chanteur éclate des baguettes de batteries avant d’être pris par le cou par un spectateur monté sur scène. Pour couronner le tout, le son de la petite scène était assez inaudible (comme pour la plupart des groupes qui y ont joué). Papier Tigre ne réchauffe pas vraiment l’ambiance avec un rock expérimental et beaucoup moins festif que le reste de la programmation. Il faut attendre le show des Burning Head pour retrouver l’énergie de la veille. Dans une ambiance keupon, le groupe enchaîne des titres oscillants entre le reggae et le rock sur des paroles anticonformistes. « On avait fait cette chanson sur Sarko, mais malheureusement elle est toujours d’actualité ! », annonce-t-il avant de jouer Disobey. M 26-7 reprend le flambeau accompagné d’un clown jongleur de feu (on parle de « jungle punk rock ») pour présenter un punk français dansant bourré d’énergie. Cette fois, le message est : « Y’a pas de boulot, Y’a pas de boulot pour vous ! »

Mascarade (©Elise Schipman)


Les très attendu Parabellum arrivent alors en scène sur une musique de film d’aventure. Le charismatique « Schultz » emmène son public (« Avec moi, les p’tites canailles ! ») sur des airs de punk-rock déjantés et efficaces. « J’ai encore vu personne à la Croix-Rouge ! Allez bougez-vous ! », s’écrie-t-il. Un appel inutile à  Punish Yourself, qui a transformé le temps d’une heure le Betizfest en rave party. Les énergumènes ont déchaîné leur « cyberpunk-fluo-zombie » (Wikipédia) accompagnés par une danseuse pyromane, qui va jusqu’à créer des flots d’étincelles en plaquant une scie circulaire contre un plastron en métal. La furie du groupe toulousain et leur show visuellement épatant conquit le public sans problème.
 

Punish Yourself (©Elise Schipman)


Le troisième jour, les crêtes font place aux cheveux longs : c’est la journée consacrée au métal ! La douce voix féminine en intro de Rise of the Northstar ne dupe personne. Le groupe franco-nippon annonce rapidement la couleur en déployant un son hardcore surpuissant. Les fans étaient au rendez-vous, arborant les mêmes casquettes ou masques à poussière que les musiciens. Dans la fosse, un immense espace est réservé à la pratique d’une danse typique de ces concerts : chacun se défoule en envoyant d’énormes coups de poings et de pieds dans le vent. Quelques circles pit et séances de jump seront également de la partie. Ceux qui n’auront pas perdu leur ouïe durant le set auront pu admirer le show de The ARRS, très attendu par le public. Encerclé par les immenses bannières du groupe, le chanteur rend hommage au « triomphe de la mort » en secouant ses immenses dreadlocks. L’ambiance est sans pareille pour un groupe de l’après-midi. On notera que lors de cette dernière journée, la plupart des artistes ont tenu à rendre hommage aux autres groupes du festival. Direction la petite scène pour les excellents The Rijsel Irish Boy’z. Le groupe de folk metal lillois apporte une fraicheur dansante avec ses violons et flûtes irlandaises sur une voix puissante et éraillée. Pour fêter la Saint Patrick’s Day, le chanteur offre même une bière à l’un des festivaliers nommés Patrick (qui avaient l’entrée gratuite pour l’occasion). Les lillois ont récolté le plus grand succès de la petite scène.
 

The Betrayer’s Judgement Elise Schipman)


La fin du festival approche, et les danois de Hatesphere donnent tout en envoyant leurs riffs trash à souhait. Le chanteur à grimaces organise quelques circle pit avant de céder à la place à l’étonnant spectacle du Cabaret des Culottées. Trois danseuses nous ont offert un strip-tease (dont un à l’envers) burlesque et théâtral. Pour le plaisir des festivaliers ravis de manifester leur émotion, toujours avec classe bien sûr (hum).

Le Cabaret des Culottées (©Elise Schipman)


Place enfin aux Tagada Jones, tête d’affiche de la soirée qui débute son set sur « Les nerfs à vif ». Le chanteur Niko enchaîne les morceaux de sa grosse voix rauque, mais étonnamment claire et sympathique quand il parle au public. « On sait qu’il y a quelques atomes crochus entre nous et les nordistes : la bière par exemple ! », se réjouit le groupe breton en buvant une gorgée. Le son est particulièrement bon lors de leur set — malgré le style « on bourrine sur des accords saturés » — ce qui permet aux non-initiés de saisir le sens des paroles ( « Le capitalisme, c’est pas fait pour moi ! » ). Après avoir multiplié les appels à la désobéissance civile, le groupe finit son set en apothéose pour céder la place au dernier groupe du festival, Caliban. Le groupe de metalcore allemand réjouit les fans du premier rangs en manque de headbang. Andreas « Andy » Dorner s’excuse de ne savoir dire que « merci » en Français, même s’il ne lui en faut pas plus pour emmener le public une dernière fois sur des riffs frénétiques, accompagné par la voix plus claire du guitariste.
 

Hatesphere Elise Schipman)


Le Betizfest a réussi le pari de mélanger les genres musicaux sans (ou presque) trahir l’ambiance du festival. Un rendez-vous pour les keupons, rockeurs, métalleux et autres passionés autour d’une énergie forte aux ambiances variées ! Du reggae « les-riches-sont-méchants » au métal haineux en passant par du rock déjanté, chacun y aura trouvé son compte et découvert quelques talents. À l’année prochaine !

PS : Toutes les photos ont été prise par Elise Schipman



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