Guitare En Scène J4 : kangourous et caribous

En dent de scie, la programmation du festival a alterné jusqu'ici les jours très solides et ceux plus faibles. Après un vendredi clairement dans la deuxième catégorie, voyons voir ce que nous réserve St-Julien pour la journée du samedi. Avec Ben Harper et Beth Hart, la soirée promet déjà d'être bien variée.

Dudes Of Groove Society - Scène Village - 18h45

Une brise bienvenue sur le site du festival nous permet d'accueillir le dernier groupe du tremplin de cette édition, dans de meilleures conditions que les précédents. Tant mieux, car au vu du style de new funk dynamique que les Dudes Of Groove Society (que l'on va nommer D.O.G.S. dès maintenant) nous propose, il faut de la volonté pour résister à l'envie de se mettre à danser. Rien de plus normal quand on voit le quintette (batterie/basse/guitare/trompette/chant) danser sur scène, chacun habillé dans cet uniforme flashy, un sweat bleu brillant siglé du nom du groupe. Effet garanti ! Le soleil tapant quand-même, on ne leur en voudra pas de faire tomber le sweat au cours du set. Devant la scène Village, le peuple réuni se laisse prendre au jeu et rapidement, le lieu se change en dancefloor : on voit les corps bouger et un petit nuage de poussière s'élever au dessus du sol.

Les compos des D.O.G.S (majoritairement en anglais, une seule est écrite en français) ont ce qu'il faut de groove -il en aurait été dommage autrement vu leur nom-, et sont régulièrement ponctuées par l'utilisation d'un keytar par Julien Afonso, le vocaliste du groupe. Il s'en sert notamment pour moduler et mettre des effets sur sa voix, quand il n'adopte pas un phrasé façon hip-hop. Alors que l'on avance dans la setlist, que les titres s'enchaînent et que par plusieurs fois déjà les D.O.G.S. ont annoncé l'approche de la fin du set, l'ultime morceau est attaqué. L'occasion de danser sur un dernier funk endiablé, avant d'applaudir la formation pour cette fort belle ouverture de journée. On retrouve immédiatement notre Sexy Dempsey régional, qui monte sur la scène pour nous inviter à aller découvrir William Crighton, dont le premier court set démarre en suivant dans la zone restauration, près du spot de massage.

Ce que nous avons fait, et grand bien nous en a pris. Présent sur le site du festival depuis le tout premier jour, l'Australien assure deux sets quotidiens, et on regrette de ne pas avoir eu l'occasion d'aller écouter son jeu plus tôt. En l'occurrence, après le show très dansant qui vient de s'achever sur la scène Village, le blues ukulele/voix de William nous promet un gros changement de rythme. Comme il se présente lui-même, il a une petite demi-heure (plutôt 25 minutes) pour nous raconter des histoires et nous chanter du blues. Les accords résonnent, et sa voix nous embarque rapidement. Naviguant dans les thématiques classiques du style, on écoute ses textes présentés dans le plus simple appareil. Un titre, deux, puis trois, et rapidement ce qui est une pause entre deux sets touche à sa fin. On reviendra après Beth Hart écouter le second set journalier de l'artiste, avant de le voir fouler les planches de la scène Village pour le dernier jour.

Beth Hart - Scène CHAPITEAU - 20h

Après l'entrevue qu'elle nous a accordé, où nous avons pu témoigner de sa détermination et de sa folle envie de jouer ce soir, nous attendons avec une certaine impatience le set de Beth Hart. Entrée tonitruante sur "Pimp School" de Too Short, et les visages des curieux déplacés pour le concert de Ben Harper se figent face à ce rap bien vénère aux paroles explicites. Plus qu'un humour provocateur de la part de la blueswoman/diva soul/queen of the night, cette track est aussi un rappel de ses origines, elle qui vient de la rue, et a connu bien des déboires qui ont forgé son caractère et sa musique. Une réalité qu'elle ne cesse de rappeler, tant lorsqu'elle présente ses morceaux et leurs thématiques que lorsqu'elle remercie en larmes ses musiciens et son mari/manager, qui l'ont sauvée de la débauche, des dépendances et du suicide. Ses acolytes de toujours, dont on ressent l'alchimie, l'envie de jouer ensemble et la dévotion aux titres joués, chacun y allant de son inspiration lorsque le moment le permet. Dans le public, les frissons pullulent.

On connaît le caractère étonnant entourant la voix de Beth Hart, qui a pu se créer un répertoire varié par sa capacité à pouvoir tout chanter avec une aisance folle. Un atout pour le concert, qui passe par toutes ses humeurs créatrices, et permet une setlist variée. Quand elle n'est pas en train d'arpenter sa discographie, passant du blues à la soul, elle s'agite, décidant sur un coup de tête de reprendre un morceau de Tom Waits. Son plus récent faits d'armes, un album de reprises de Led Zeppelin, est lui aussi à l'honneur, en témoigne cette superbe interprétation de "No Quarter", où le spectre d'un jeune Robert Plant parcourt nos échines dorsales, nous rappelant notre attachement et l'importance de la formation anglaise dans notre histoire d'auditeur. Du rire aux larmes, les discours de Beth sont toujours bienvenus, jouant de complicité, de phases spontanées, de moments où la chanteuse lutte puis s'amuse de sa bipolarité. Nouveau coup de sang et hop, voilà que le quatuor s'assoit sur le devant de scène pour une session semi-acoustique, la basse remplacée par une contrebasse pour celle qui tient à nous remémorer encore ses origines du ghetto de Los Angeles, cette musique qui se joue sans grands moyens, juste de grandes âmes.

À l'instar de Kingfish deux jours plus tôt, ce sont les concerts moins "préparés", où les musiciens partent dans les délires musicaux qu'ils souhaitent, quitte à dénaturer leurs titres, qui nous enchantent. Spontanée et toujours aussi divine, Beth Hart prouve qu'elle peut s'asseoir près des grandes divas soul et leur assurer qu'elle tiendra le titre encore longtemps. Troisième venue au festival, et toujours la niaque et la volonté de ne jamais offrir la même prestation - n'est-il pas, Scorpions ? -. À ce stade, elle peut faire comme Christophe Godin, et prendre un pass illimité pour revenir annuellement !

Ben Harper - Scène CHAPITEAU - 22h

Antithèse du concert de Beth Hart, l'arrivée de Ben Harper se veut plus pieuse, pour une prestation très calibrée, "professionnelle" à sa manière. Si l'ambiance est à la détente, voire à la fête dans les ambiance musicales présentées ce soir, et le public au rendez-vous, rendant aux Innocent Criminals un accueil bien mérité, l'interaction se fait plus discrète. Plus concentré sur ses morceaux, qu'il interprète avec brio, le chanteur se veut sérieux, limite antipathique, ne remerciant que rarement dans des moments où un discret sourire s'esquisse. Pour une musique plus engagée que ce que nous avons vu jusque là, Ben Harper se concentre sur son message, l'importance des paroles qu'il écrit, et souhaite plus délivrer que s'amuser, en témoigne l'introduction sur "Below Sea Level", un a capella où tout le groupe donne du timbre. C'est tout à son honneur, et l'on voit l'impact que les morceaux ont sur lui lorsqu'il les interprète.

Comptant sur ses musiciens pour ne pas faire tomber l'ambiance dans une démonstration dépressive, ces derniers captivent rapidement l'attention. Leon Mobley, aux percussions, en deviendrait presque le véritable maître de cérémonie, parcourant la scène de tout son long avec ses différents instruments, et arborant un sourire plus que communicatif. Cette activité abondante des membres contraste avec Harper qui rapidement s'assoit pour passer une très longue partie du set à la guitare slidée et au bottleneck. Pas une note à côté pour une interprétation "comme en studio", mais justement, pas d'à-côtés non plus. Quiconque ne connaissant pas le répertoire peut se sentir mis à part, s'il n'est pas friand de la mouvance reggae/blues proposée par l'Américain. Pour les amateurs, par contre, c'est un festival de choix niveau setlist. Beaucoup d'albums sont représentés, et les cultissimes "Diamonds on the inside" et "With my own two hands" - interprétée pour sa part en toute fin de rappel - sont au rendez-vous. On aurait apprécié des arrangements live plus prononcés et quelques moments spontanés, mais au vu de la qualité musicale ce soir, Ben Harper And The Innocent Criminals conservent jeunesse et vitalité. De quoi transiter efficacement vers un autre combo au sang tout neuf, celui de J.J Wilde, sur la scène Village !

JJ Wilde - Scène VILLAGE - 23h55

Tout droit venue du Canada, c'est JJ Wilde qui se charge de clore cet avant-dernier jour de festival, avec un début de set presque aussi tardif que celui de Gotus la veille. Avec Beth Hart plus tôt, elle participe à faire de cette journée la seule où la moitié des groupes mettent en avant des femmes, et avec l'énergie de la jeunesse que nous propose JJ Wilde -elle vient de passer les 30 ans ce mois-ci-, on devrait passer un bon moment. Dans les faits, le mainstream rock de JJ Wilde ne manque pas d'énergie et la formation sur scène non plus. Ça saute dans tous les sens, c'est dynamique et la scène est vivante. On se prend à taper du pied, alors que les compos ne nous invitent pas vraiment à le faire.

En effet, derrière une attaque efficace qui donne envie de leur laisser une chance, les compositions se révèlent finalement très classiques. C'est enjoué, parle souvent des problèmes de la jeunesse, mais au final comme beaucoup de groupes de teenage rock. Un peu dans l'esprit de Joss Stone, mais avec une composante pop nettement plus marquée. Le combo a heureusement pour lui son énergie communicative et les interactions régulières de JJ Wilde avec le public de St-Julien. De quoi entrainer une bonne partie de la foule, même si nous ne resterons pas jusqu'au bout du spectacle, préférant glaner du repos en prévision du dernier jour.

Crédits reports : Félix Darricau et Thierry de Pinsun

Crédits photos : Alexandre Coesnon, Caroline Moureaux et Luc Naville

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