Entretien avec Beth Hart à Guitare En Scène

Deux jours avant de se produire sur les planches de Guitare En Scène, Beth Hart nous a accordé une interview. L'occasion de revenir avec la marraine de l'édition 2022 sur ses derniers albums.

LGR : Seconde date française après La Seine Musicale, tu fais un rapide détour par la France après le début de cette tournée estivale, et tu es même marraine de cette édition de Guitare en Scène, après être déjà venue sur deux anciennes programmations. Qu'est-ce qui te fait revenir si souvent par chez nous?

Beth Hart : Vous défoncez tellement niveau bouffe ! Mon fruit préféré, c'est le kaki, vous en avez plein. Puis je vais te dire ce qui vraiment me plaît quand on me parle de la France. T'as plein de pays, dont le mien, on appelle ça des démocraties. La Russie, même mes putains d'États-Unis, que j'adore, on appelle ça des démocraties. Mon cul que c'en est ! Alors qu'ici, je l'ai vu de mes yeux. Dans notre bus, on a vu des gens arrêter la circulation pour obtenir ce qu'ils veulent. Pas pour de la thune, mais pour que le président baisse son froc et dise "ok, nous vous respectons". Et ça marche! Et c'est ça la démocratie, mec. (NDLR : on aurait bien expliqué à Beth Hart que depuis Sarko, et surtout pendant les années Macron, la démocratie, on peut se la mettre où on pense, mais on a laissé couler).

Parlons de ton dernier album, War on my mind. On a toujours trouvé que tes enregistrements avaient cet aspect authentique, vrai, mais celui-ci semble encore plus personnel que d'habitude. Qu'en penses-tu, c'est ce que tu voulais qu'on ressente ?

En vrai j'écris tout le temps, puis je débarque en studios avec 50, 60 morceaux, des choses que j'aime, que j'ai pu écrire y'a très longtemps et que j'ai réarrangées, et je les présente au producteur en lui disant "Je m'en fous, choisis celles qui te plaisent, qui t'excitent, et on les bosse ensemble". Je le laisse travailler, et c'est vraiment dans le mix, la deuxième écriture, que je m'implique. Pour répondre à ta question, je n'écris jamais pour créer un album, je n'y pense pas et je ne sais jamais ce qu'on y mettra. Que j'écrive avec une personne ou seule, je le fais pour essayer de me sentir mieux. Ça peut être des choses joyeuses, que je célèbre, comme dans le titre "Pimp like that" où je prétends être une maquerelle, c'est amusant, même s'il y a des choses sombres dans le texte, des références à ces gens du ghetto, qui naissent dans la misère et doivent trouver un moyen de survivre. Mais la plupart du temps, ça parle de mes combats. Quand je suis heureuse, je sors jardiner, nager, je passe du temps avec mon mari, mes chiens, je sors au karaoke, j'adore ça, mais surtout, je n'ai pas besoin d'écrire. Quand je me sens mal, je me mets au piano et j'essaie d'aller mieux.

Tu dis que pas mal de tes chansons peuvent venir de n'importe quel moment de ton passé, tu aurais des exemples sur cet album de morceaux écrits il y a longtemps que tu as finalement intégrés ?

"Without Words In The Way" était écrite avant que je fasse l'album Better Than Home. Idem pour "Sugar Shack". "Let It Grow" date même d'avant l'album précédent, Bang Bang Boom Boom. C'est passé de producteurs en producteurs, qui n'en voulaient pas, et finalement ils se retrouvent ici. "Sister Dear", "Rub Me For Luck", pareil, je les ai longtemps traînées avec moi. J'avais écrit "I Need A Hero" il y a un moment, mais je ne savais pas encore à qui la dédier. Je pense à toutes ces personnes qui m'ont beaucoup aidé dans ma vie... (Beth explose en larmes). Excuse-moi. Je voudrais être là pour les autres, mais je n'y arrive pas, il m'a fallu du temps pour accepter ces morceaux, penser à mon mari, à ma soeur, qui est morte, et que je n'ai pas pu sauver. Mon mari est merveilleux, je ne sais pas comment il fait pour me supporter. Demande à ma manageuse ici, elle me supporte depuis 18 ans, elle n'a plus un cheveu sur la tête parce que je suis complètement tarée, et pourtant elle est toujours là.

Comme on l'a vu, tu peux être assez émotionnelle ! Tu écris sur beaucoup de choses qui te hantent. Est-ce que pour toi, écrire est une façon d'expier tes démons, ou tu dois jouer les morceaux pour les transmettre ?

Les deux ! Pour différentes raisons. Écrire est la version la plus personnelle, où je dois puiser en moi. Une fois qu'on doit les jouer en live, je suis très protectrice de mes morceaux, j'observe la réception auprès du public. Si je vois qu'un titre est mal reçu, je me sens triste et seule. Mais si le public l'aime, s'y projette, je ne me sens plus seule et ça me fait un bien fou.

Y'a-t-il des chansons que tu ne veux juste pas jouer sur scène, ou des morceaux que tu as essayé, qui t'ont trop emportée, et que tu as préféré abandonner ?

Il y en a ! On a souvent échangé des morceaux pendant les tournées, des fois pour ça, des fois parce qu'à force de les jouer, on n'en ressent plus l'émotion. Cependant, depuis la pandémie, je remarque que c'est la première fois qu'on ne modifie plus trop la setlist, ça montre surtout une certaine insécurité, on a peur de prendre des risques. Même dans la façon de parler au public, tout se qui se passe autour des concerts, tout ce qu'on entend à droite à gauche, je me sens plus fragile et plus impactée par tout ça. Je suis sensible sur ce qui se passe sur les réseaux, alors que je sais qu'il ne faut pas y prêter attention, que rien de tout ça ne me regarde, mais je suis très écorchée, et doit ré-apprendre à prendre du recul sur tout ça.

Tu as sorti un album de reprises de Led Zeppelin, et on a vu dans une interview que selon toi, pour chanter comme Robert Plant, il faut un niveau de rage absolu, que la pandémie t'a aidé à avoir. Comment te sens-tu maintenant ?

Cette période a été affreuse, mon mari dit que c'est la pire disposition dans laquelle il m'a vu. Ça a rappelé à mes amis mon adolescence, où j'étais un cholo, et pas une chola, un cholo. Je vendais ma came, je tabassais tous les mecs qui m'emmerdaient. Quand j'ai eu ma première bagnole, si tu me faisais chier, je sortais de la voiture et je te pétais la gueule. Mais j'ai grandi, mon mari m'a aidé, je me suis calmé, j'ai fait des cures. Et là, cette pandémie débarque, je retrouve tous ces démons, je retrouve cette colère, il a fallu me calmer, mon corps est parti en couille. Je dirais que je suis à la moitié de ma rémission, clairement. Retrouver la scène m'aide beaucoup, même si je sens toutes les addictions qui remontent. Chanter du Led Zeppelin m'a permis d'éructer en ce sens, mais quand je vois le monde, la manière dont les gens s'écrasent les uns les autres... "Il n'y a pas de racisme, les gays et les trans sont mauvais", allez vous faire foutre ! Ma colère est remontée, j'ai envie d'éclater tous ces connards, mais je reprends sur moi, je prie, j'essaie de comprendre que personne n'a les réponses et que tout le monde fait au mieux, et je guéris en chantant.

Interview réalisée par Thierry de Pinsun et Félix Darricau.

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