Emmanuelle Monet alias Manu (ex-chanteuse de Dolly)


Bar « Le libre échange », Paris XVIIe. Souriante et repérable de loin avec sa belle chevelure rousse, Manu m’accueille chaleureusement. Elle se rappelle de l’émission Le Gros Boeuf, un bon souvenir de 2 heures à la Grosse Radio. Avec la douceur maternelle d’une rockeuse de longue date, elle parle de son nouvel album La Dernière Étoile qui sortira le 8 avril. Écriture, composition, scène… Elle s’exprime franchement avec la sensibilité qui fait le charme de ses textes depuis le début de Dolly.

 

Manu, nouvel album, 2013, chronique

(Emmanuelle Monet « Manu » © Jipé Truong)

Quelle est cette « dernière étoile » ? En écoutant la chanson, on imagine un long parcours pénible…

« La Dernière Étoile »… j’aime beaucoup ce nom de chanson, et d’album. Dans le morceau, je raconte ce cauchemar qu’on a tous fait : Tu marches, sans arriver à avancer. Tes pas sont très lourds, tu n’arrives pas à atteindre ton objectif… Ca paraît bizarre mais quand j’en parle, beaucoup de gens me confient avoir déjà fait ce rêve. Ca concilie le désabusement et l’espoir, ce qui correspond complètement à l’époque dans laquelle on vit, et à mes sentiments à ce moment-là. Il reste cependant beaucoup d’espoir dans ce cauchemar. Désormais, j’essaye de mettre des petites doses d’optimisme autant dans ma musique que dans mes textes.

Qui est ce « je », présent tout au long de l’album ?

Avec Dolly, la plupart des textes m’étaient très personnels. Idem pour mon premier album Rendez-vous qui était une sorte d’exutoire. Aujourd’hui, Je commence à moins me regarder le nombril. Pour écrire La Dernière Étoile, j’étais davantage dans l’observation de ce qui se passe autour de moi. J’ai pris beaucoup de notes, et m’en suis fait l’interprète. Dans « J’attends l’heure » par exemple, je m’introduis dans le quotidien d’une maison de retraite. Bien sûr, beaucoup de chansons comprennent encore mes doutes et mes questionnements. Mais je commence à m’ouvrir, c’est plus intéressant.

La sortie de cet album a été retardée…

Oui, je pensais le sortir plus beaucoup plus tôt. En fait, on a attendu quelques temps de voir ce que proposaient les maisons de disques. On ne s’est pas retrouvé dans les propositions qu’on a eu, donc on a décidé de rester indépendant. On a sorti un EP de trois titres (Que fais-tu ?) entre temps. Mais c’est pas plus mal, ça nous a permis de nous rendre compte du marché actuel, de la situation du disque. Il a donc fallu prendre le temps de s’organiser pour la sortie du CD, la tournée, les partenaires, tout ça…

 

Tu as collaboré avec France Cartigny et Tom Windrif Pochy pour tes textes ?

France Cartigny m’a aidé sur deux titres où j’avais du mal à écrire. C’est une artiste que j’aime beaucoup et aussi une amie de longue date. J’avoue, son dernier disque (Les Meilleurs) est mon album de chevet. J’adore son écriture. Tom m’a quant à lui aidé pour les chansons anglaises. Je ne suis pas bilingue et j’avais envie que toutes les chansons soient vraiment intéressantes et bien écrites. Je leur ai donc envoyé des morceaux en « yaourt » avec un semblant de texte.

J’ai entendu parler d’une chanson en japonais, mais elle semble absente de l’album…

Oui, il s’agit de « Tenki Ame ». Ca signifie : « Sourire sous la pluie ». C’est une chanson que j’ai fait après le 1er album, qui était en anglais. J’ai demandé à Suzuka Asaoka de m’écrire un texte. Elle  travaille à la chaîne Nolife, et avait déjà écrit « Suteki Ni » sur le premier album. « Tenki Ame » a été choisie pour une compilation japonaise, pour les victimes du tsunami. C’était une compilation orchestrée par Akira Yamaoka, un grand compositeur japonais, notamment de musique de jeu vidéo. Au final, elle n’a pas trouvé sa place dans l’album. Elle restera un inédit pour l’instant.

Qu’en est-il de Nikko, ton binôme de toujours ?

J’ai eu beaucoup de mal à l’attraper car il assiste Eiffel en tournée. Vu que l’album a mis longtemps à sortir, on a quand même trouvé le temps de faire ensemble la réalisation entière de l’album en studio. Pour la composition, on a travaillé à deux sur certaines chansons, mais pour la première fois je me suis retrouvée à travailler seule.

Tu n’avais jamais travaillé seule ?

À ce point-là, non. J’ai du apprendre à maîtriser Protools. Avant, je faisais juste du guitare/chant, ce n’était pas compliqué. Cette fois, il fallait aller plus loin : programmer des batteries, simuler au clavier des sons de banjo… même si je savais que ça allait être rejoué et enregistré en live avec de vrais instruments. Mais j’avais toujours la sécurité de savoir que Nikko n’était pas loin pour sublimer mes sons.
 

(© Jipé Truong)
 

Lors du dernier concert, les fans avaient eu la surprise de voir un nouveau guitariste remplacer Nikko sur scène !

Oui, quelques-uns étaient affolés : « Il est où Nikko ?! » En fait, c’est lui qui a demandé à Shanka (François Maigret) de nous aider sur scène. Au début, le public a eu peur. Mais dès que François joue, il n’y a plus de peur. Comme Nikko, c’est un guitariste génial qui a son univers propre. Il a un jeu très personnel qu’il met au service des chansons. Il respecte notre univers tout en amenant sa patte et sa folie douce. Puis humainement, c’est quelqu’un d’incroyable. Il faisait partie des No One Is Innocent. Il est très connu en tant que guitariste, moi j’avoue que je savais pas ! J’y connais rien en guitare, tu sais ! (rires) Il a l’air très estimé et respecté dans le milieu. Et il a aussi un groupe qui s’appelle The Dukes, c’est vachement bien. En tout cas on a répété, et… ça va être mortel !

Sur scène, tu t’es mis à la basse. Pas trop dur ?

En effet, Ben a pris la guitare et je me suis mise à la basse. Ca a été beaucoup de travail, pour le coup ! Même si les parties ne sont pas trop dures, il faut gérer le chant en même temps. Sur le titre « À toute vitesse », la basse n’est pas évidente, j’ai du beaucoup la travailler. J’aimais bien jouer de la guitare, je faisais ma feignante avec ça. Parfois, je n’avais même à jouer que sur les refrains. Alors que la basse c’est omniprésent, et il faut être rigoureux. On peut pas se permettre de se planter. Avant, quand je faisais des pains, personne ne s’en rendait compte. Là, je vais être montrée du doigt tout de suite !
 

Joueras-tu enfin des morceaux de Dolly sur ta tournée ?

Oui. Mais j’en faisais déjà un à l’époque de Rendez-vous. C’était un morceau très caché : « Le ciel nous donne ». Il était en ghost track sur le premier album, avant le premier morceau ! Il fallait revenir avant le titre n°1 de l’album. C’était très rigolo, mais du coup peu de gens l’avaient découvert. Et après avoir fait le morceau le plus caché de Dolly, je vais désormais faire le plus connu : « Je ne veux pas rester sage ».

J’ai entendu dire que tu le chanteras avec Timothée, un candidat de la dernière édition Nouvelle Star…

Oui, il sera présent au concert du Divan du Monde. J’ai invité Timothée car il a interprété une superbe version de « Je ne veux pas rester sage ». J’ai aussi apprécié sa personnalité : très solaire, simple… Avec son groupe de musique (Madison vs Marbury), ils ont composé une version du morceau mid-tempo, avec des arrangements très simples et classes. Je pensais pas avoir envie de rejouer cette chanson 7 ans après, et il m’a donné envie de la refaire ! Rien que pour ça, je l’en remercie. Et quoi de mieux pour le remercier que de l’inviter à chanter avec nous. Il a accepté l’invitation avec joie ! À ce concert du Divan du Monde, il y aura aussi d’autres invités, dont Nikko ! Carole Leconte va également venir faire des impros avec nous au saxophone. Sur l’album, elle joue sur « Talk About ».
 

Une première série de date a été annoncée… À quand la suite ?

On va planifier des dates à partir de la rentrée de septembre. Comme on commence la tournée en avril, les programmateurs des festivals d’été ont déjà rempli leur programmation. Il nous manque plein de villes à faire ! Lille, Lyon, Montpellier… On fait cette première série de dates pour présenter l’album… et surtout parce qu’on a trop envie de jouer ! Ca nous démange. A part deux petits concerts pour Planetlive, le dernier concert date de novembre 2011 pour la sortie de notre DVD live.

En 2015, Dolly sera déjà terminé depuis 10 ans. Devra-t-on s’attendre à un concert spécial ?

Dolly s’est achevé sur un triste événement (la mort de Mickaël Chamberlin, le bassiste) et je n’ai pas vraiment envie de commémorer ça. Je rends déjà hommage tous les jours à Micka dans mes chansons et lors des concerts. « Good Bye » et « Rendez-vous », sur le premier album, lui sont dédiées. On les jouera tous les soirs pour lui, je ne les lâcherai jamais.

 



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