AC/DC : Les raisons d’un succès

En surfant sur le net, j’ai découvert ce magnifique article paru dans le Courrier International et qui est à mes yeux la meilleure chronique du dernier album d’AC/DC qui me semblait opportun de vous faire partager.
Je vous laisse le déguster.


Black Ice, le dernier album du légendaire groupe de hard rock australien est numéro un outre-Manche. Or, remarque The Guardian, la bande à Angus Young ne marche que lorsque le pays entre en récession.

 

    Tout d’abord, Gordon Brown et Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, ont reconnu que la Grande-Bretagne se trouvait au bord de la récession. Puis les ventes de produits alimentaires auraient connu leur chute la plus vertigineuse en vingt ans. Enfin, hier soir, nous avons eu la preuve ultime, irrévocable, que le pays allait connaître des temps de troubles économiques comme on n’en avait plus vu depuis les années 1980 : AC/DC est de retour au sommet du Top Albums pour la première fois en vingt-huit ans.

Même selon les critères d’un groupe dont le succès commercial est acquis – ces vénérables rockers australiens ont vendu plus de 80 millions de disques depuis leur formation, il y a trente-cinq ans (en pleine crise pétrolière de 1973) –, les circonstances du succès britannique de leur 15e album studio sont frappantes.

A un moment donné, la semaine dernière, « Black Ice », leur nouveau disque, s’est vendu deux fois plus que son plus proche concurrent, « Off With Their Heads » de Kaiser Chiefs, bien qu’AC/DC ait refusé de le diffuser en téléchargement numérique, préférant le vinyle et le CD.

Ceux qui seraient prompts à déduire de plus vastes implications de ce succès remarqueront que la dernière fois qu’AC/DC s’est retrouvé numéro un en Grande-Bretagne, le pays était à la veille d’une récession. « Back In Black », l’album synonyme de leur explosion commerciale, qui devint le deuxième titre le plus vendu de tous les temps, est sorti en 1980, alors que l’inflation atteignait les 20 % et que le chômage se rapprochait peu à peu des 2 millions.

Quand l’économie s’est redressée, ils sont devenus moins populaires. De phénoménaux, ils n’ont plus été qu’immenses : « Fly On The Wall », leur « flop » de 1985, s’est tout de même vendu à plus de 1 million d’exemplaires, chiffre somme toute respectable, mais qui n’est qu’une fraction des 30 millions de « Back In Black » ou des 5 millions de « Black Ice » partis au cours des sept derniers jours. Mais comme s’il s’agissait d’un signe, le groupe a renoué avec la gloire grâce à « The Razor’s Edge », sorti en 1990, alors que la Grande-Bretagne allait droit vers sa dernière récession.

L’attrait qu’exerce AC/DC en des temps difficiles est aisément compréhensible. Les gens recherchent la simplicité, des choses sur lesquelles ils peuvent compter quand règne l’incertitude, et jamais le rock n’a accouché d’un groupe moins compliqué et plus fiable qu’eux. Depuis trente-cinq ans, ils font exactement la même chose. Ce qui, dans le cas du guitariste Angus Young, consiste à se déguiser en vilain écolier anglais. Et ni les changements de mode, ni l’apparition de nouveaux membres ne les affectent. Même le décès du chanteur Bon Scott (en 1980) n’a pas empêché AC/DC de produire un blues rock incisif, volontairement basique, agrémenté de paroles où les mots « rock’n’roll » occupent une place prépondérante, mais pas autant que les sous-entendus grivois sur le scrotum.

Il n’est pas étonnant que les gens soient des millions à se tourner vers AC/DC quand le monde semble friser le chaos. C’est se réfugier dans un univers qui ne connaît pas les subprimes et les hypothèques, les déficits records des finances publiques, la triste situation du FTSE 100 [le principal indice de la Bourse de Londres], une évasion vers du solide, du rassurant.

Le capitalisme occidental peut s’écrouler, mais une chose est sûre : Young continuera à jouer des chansons qui parlent de rock and roll ou de testicules, tout en portant des culottes courtes, un blazer et une casquette. En revanche, hélas, ce n’est pas sur lui qu’il faut compter pour soutenir ceux qui se passionnent pour les implications sociologiques de l’aura du groupe. « Tu sais, ce qu’on fait, faut pas l’étudier en profondeur », suggérait-il il y a peu. « Parce que si tu l’étudies en profondeur, tu ne vas rien comprendre. »

Source : The Guardian



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