Bruce Springsteen au Stade de France (29/06/2013)

On ne présente plus le Boss. Chacun sait que ses concerts sont dantesques, qu’il y a du feeling à revendre, que les musiciens se connaissent par cœur. Mais bon, pour y aller, faut bien secouer le porte-monnaie quand même. En plus, il est déjà venu relever les compteurs l’année dernière à Bercy pour deux concerts d’anthologie. A force, c’est sûr, on peut penser que ça va finir par décliner et qu’on aura lâché pas loin d’une certaine de billets pour un spectacle qui ne les vaut pas.
Je vais m’efforcer de vous prouver en me basant sur ce concert du 29 juin 2013 au Stade de France que ce temps là n’est pas encore prêt d’arriver. Voici en quelques leçons pourquoi le Boss reste toujours le Boss.
 


 

Leçon n°1 : Faire un mini set acoustique avant le vrai show

Chez Springsteen, première partie ? C’est quoi ça ? Connait pas… On n’est jamais mieux servi que par soi même. Le Boss est un adepte du « do it yourself » à outrance. Le voila donc sur scène vers 17h30, deux plombes avant le concert, jeans bleus, t-shirt, lunette de soleil. Le touriste de base avec sa gratte et son harmonica. Et c’est parti pour trois titres tout seul sur scène comme ça, « just for fun ». Le « Burning Love » repris à Elvis était particulièrement excellent. Est-ce que quelqu’un peut me citer un autre artiste capable d’en faire autant ?
 


Leçon n°2 : Etre capable de rassembler toutes les générations

Il suffit de voir ce que le gars est capable de faire sur des titres comme « Spirit In The Night ». L’intro du morceau nous montre le Boss en prêcheur charismatique rassemblant ses ouailles autour d’une même cause. On s’aperçoit à ce moment là que malgré ses 63 balais bien tassés, la voix est encore là et il est capable d’aller chercher des aigus stratosphériques. Presque quatre vingt mille personnes ralliées à la même cause : c’est beau.
 


Leçon n°3 : Ne pas être avare sur la prestation

Il n’y a plus beaucoup de groupes qui se permettent de dépasser les trois heures de jeu chaque soir. C’est tellement habituel chez le springsteen que ce soir le concert de seulement 3h11 minutes nous a paru un peu court. Mais on lui pardonne tant l’intensité était grande pendant tout le show. Ce soir, peu de place aux morceaux calmes. Le Boss n’a même pas poussé la chansonnette au piano en privilégiant les morceaux plus rock ainsi que quelques titres où le E-Street Band est devenu un brass band aussi efficace qu’un rouleau compresseur. « Pay Me My Money Down », titre repris depuis la tournée avec le Seeger Sessions Band en 2006 a été un grand morceau de bravoure rappelant les origines du patron. Les cuivres y sont terribles tout comme l’accordéon et le washboard. Great time !!!
 


Leçon n°4 : Faire un show qui n’est jamais le même du jour au lendemain

Pour chacune de ses tournées le Boss et son légendaire E-Street Band, emmené par le gratteux Steven Van Zandt (Silvio Dante dans les Sopranos et aussi un des plus grand fans de musique garage sixties), jouent aux alentours d’une centaine de titres différents. A raison de 28 ou 29 titres en moyenne par soirée, on peut s’attendre a du changement. Le 26 juin à Gijon, les espagnols ont eu 17 titres différents de ceux de Paris. Très appréciable, lorsque on voit le nombre de fans qui suivent le Boss sur plusieurs dates de la tournée.
 


Leçon n°5 : Etre un vrai groupe de musique jouant live et étant capable de se mettre en danger (relatif)   en jouant des morceaux pas forcement répétés et prévus

A Paris, trois titres venaient vraiment d’une demande du public ou d’une envie soudaine du Patron. Ils diffèrent de la setlist posée sur la scène. Ainsi le SDF a eu droit a une reprise excellente du « Lucille » de Little Richard, propulsée par les guitares de Little Steven et Nils Lofgren et les claviers du « Professor » Roy Bittan.  Un bon rock à la « Johnny B. Goode » façon Marty Mc Fly dans Retour Vers le Futur. « Bon les gars, c’est un riff de blues en si… Pour les changements vous me regardez et vous essayer de me suivre… » C’est comme ça que fonctionne le E-Street Band. Un feeling partagé entre mecs qui se connaissent pour certains depuis plus de 40 piges. Pas étonnant qu’on soit capable d’envoyer un bon vieux rock ‘n’ roll. Mais ce qui prime par dessus tout, c’est cette envie communicative de s’éclater en faisant de la musique sur scène et d’arriver à faire partager cette émotion avec le public. Ici ce trouve l’essence même de la philosophie du E-Street Band.
 


 

Leçon n°6 : Pas choper le melon malgré tout ce succès et rester profondément humain

Bruce aime ses fans. Il passe son temps dans le public. Même en configuration stade, il peut toujours accéder au public facilement. Pas de fosse de 10 mètres bardée d’agent de sécurité. Ici, on est en famille. Les fans arrivent avec des pancartes soit reclamant des chansons soit couvertes de messages personnels pour le Patron. Celui-ci les lit, réagit… Ainsi, il fait monter sur scène un fan de Soozie Tyrell, sa violoniste, car celui-ci voulait danser avec elle. Une autre aura le plaisir de venir jouer sur sa guitare (au volume baissé je vous rassure). Les actes de ce genre se multiplient dans ses concerts. Vous imaginez les souvenirs inoubliables pour ces fans ? Pour ce petit d’une dizaine d’années au premier rang avec son bras platré sur lequel Bruce est venu apposer un autographe, pour cette jeune fille guère plus âgée qu’il fait monter sur scène chanter « Waiting On A Sunny Day » ? En plus ce soir là, miss Patti Scialfa (guitariste du E-Street Band et épouse du Boss) gardait les enfants donc le patron s’en est donné à cœur joie en prenant de nombreux bains de foules surtout vers les fille mignonnes.
 


 

Leçon n°7 : Se souvenir de ses potes et faire partager le gâteau

Comme d’habitude, Bruce n’a pas oublié d’inviter son compère Elliott Murphy, venu avec son fils, pour nous livrer un « Born To Run » de fort bonne facture. Niveau émotion, « Tenth Avenue Freeze Out » se transforme depuis 2012 en hommage au regretté Clarence Clemons, sax original du E-Street Band. Pendant le solo de son neveu Jake, nouveau membre du groupe, les  images d’archives du tonton défilent sur les écrans géants pour une séquence de recueillement comme seul Bruce peut nous en faire partager. Vraiment classe.
 


 

Leçon n°8 : Etre capable de faire fermer leur gueule à 80 000 personnes surexcitées après 3 heures de concerts

Après le désormais traditionnel « American Land » en fin de concert pour un premier (faux) départ, le E-Street Band tire sa révérence. Parfois pour mieux revenir pour un rappel endiablé (mais pas ce soir), parfois pour laisser la place au Boss qui vient clôturer la soirée comme il l’avait commencée quelques six heures plus tôt par un titre acoustique, le tout avec le sourire. Ce soir c’est une version magnifique, gorgée de feeling  de « Thunder Road » qui laisse un Stade De France, exsangue, fatigué mais comblé…  On n’entend pas une mouche voler dès que le Patron demande le silence et il opère tel un chef d’orchestre menant son public, lui demandant de l’accompagner sur les refrains, de se taire sur les couplets. Un final de très grande classe qui nous a emmené très haut dans les émotions après nous avoir pendant plus de trois heures balancé les hits les plus terribles de son répertoire.
 


 

Voici donc pourquoi le Boss reste toujours le Boss. Son grand pote Barack Obama nous l’expose en quatrième de couverture dans la récente biographie de Peter Ames Carlin sobrement intitulée « Bruce » (paru chez Sonatine) par la phrase suivante : « Je suis peut-être président, mais lui, c’est le Boss ». Pour conclure de manière plus  franchouillarde, entonnons en chœur la chanson de lutte engagée à la française popularisée par Les Charlots :  Merci Patron !!!

SETLIST
Pre-Show (acoustique seul) : 1.This Hard Land, 2. Growin’Up, 3. Burning Love. Show : 1. Badlands, 2. Out In The Street, 3. Lucille,  4. Wrecking Ball, 5. Death To My Hometown, 6. Cadillac Ranch, 7. Spirit In The Night, ALBUM BORN IN THE USA EN ENTIER 8. Born In The USA, 9. Cover Me, 10. Darlington County, 11. Working On The Highway, 12. Downbound Train, 13. I’m On Fire, 14. No Surrender, 15. Bobby Jean, 16. I’m Goin’ Down, 17. Glory Days, 18. Dancing In The Dark, 19 . My Hometown, 20. Pay Me My Money Down, 21. Shackled & Drawn, 22. Waitin’ On A Sunny Day, 23. The Rising, 24. Land Of Hope And Dreams, 25. We Are Alive, 26. Born To Run (avec Elliott Murphy ), 27. Ramrod, 28. Tenth Avenue Freeze Out, 29. American Land, 30. Thunder Road (acoustique seul)
 


 



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