Envoyés spéciaux à Guitare En Scène 2025 – vendredi 18 juillet

Cette année La Grosse Radio expérimente un nouveau format de live-report pour le festival Guitare en Scène! Nos envoyés spéciaux à Saint-Julien-en-Genevois vous embarquent dans un dialogue où ils distillent leurs impressions et analyses de manière plus ou moins pertinente et sérieuse. Cette seconde partie s'inscrit dans la continuité de la première, qui couvrait les concerts du premier jour. Place au vendredi !

– On aime les formations naissantes qui ont plus envie d'en découdre que les têtes d'affiche du Chapiteau, comme on le disait dans le report du premier jour. Un peu comme quand on passe du Satch/Vai Band à Matteo Mancuso le vendredi : t'as d'un côté les gars qui exécutent un set qu'ils connaissent par cœur, de l'autre celui qui improvise, prend des risques. Cette reprise de “The Chicken” de Jaco Pastorius au rythme doublé alors que le tempo de base rend le morceau bien complexe, ça m'a scié !

– Question de style aussi, le jazz rock instrumental ça te parle bien plus. Le trio sicilien est pétri de talents, chacun se révélant très prolixe avec son instrument. Matteo joue aux doigts tout en finesse, apportant une légèreté qui colle à mort avec les ambiances souvent contemplatives des compositions. On pense à “Open Fields” qui évoque la Sicile, sur lequel Riccardo Oliva a toute une longue section en solo avec sa basse à six cordes qu’il fait beaucoup monter dans les aigus. Les spots sont centrés sur lui : ça s'appelle Matteo Mancuso puisqu’il compose l’ensemble des titres mais j'ai jamais eu l'impression de voir un artiste et son groupe, plutôt un groupe sans frontman où chacun prend le lead quand une envie musicale se ressent.

– Par contre on était un peu trop près et ironiquement, j’y voyais rien. Y a toujours cette fosse à photographes qui bloque la vue alors qu’on a tous des téléphones. Franchement, je suis sûr que j’en prends de meilleures. Tiens, regarde. Ca a de la gueule, non ?

– Toi, plutôt, regarde :

– Bon d'accord, j’m’avoue vaincu. Merci à eux, surtout que certaines conditions n'avaient pas l'air agréable, ils ont abattu un boulot de fou. Merci à Alexandre Coesnon, Caroline Moureaux et Luc Naville.

– Sans oublier Stéphane Chollet, qui nous a accompagné cette année !

– Pour en revenir à Matteo Mancuso, tout est construit comme un cadre fragile où chacun peut casser la dynamique et s’emparer du thème, sauf que les deux autres savent constamment se mettre en retrait. Et puis ce batteur ! Gianluigi Pellerito sait accélérer et mettre de l’énergie lorsque la distorsion s’invite dans les compos et que celles-ci s’emballent.

– En tout cas, comme les Dynamite Shakers, la conclusion sur la scène Village a tenu toutes ses promesses, et cette fois-ci avec un public au rendez-vous, qui avait encore un peu faim après la performance un peu plus aseptisée du Satch/Vai Band. Je préfère largement une dynamique de groupe qu’une célébration de deux guitaristes, même si Pete Thorn (troisième guitare) avait quelques moments. Marco Mendoza (basse) et Kenny Aronoff, on pouvait mettre n’importe qui à la place.

– À part sur le morceau d’intro, “I Wanna Play My Guitar” et la reprise de Steppenwolf “Born To Be Wild” où Marco se met bien en avant et interpelle le public, il fait figuration. Alors qu’il est chez lui à Guitare en Scène, quasiment présent dans une formation chaque année. Au Hellfest, on a la statue de Lemmy Kilmister, ici ils devraient envisager celle du rond de serviette de Mendoza ! J’ai rien contre lui, mais j’avoue qu’égoïstement, j’aurais bien aimé avoir Glenn Hughes sur scène, lui qui a enregistré le titre en studio avec Joe "Satch" Satriani et Steve Vai.

– Tu l’as eu un peu, il était dans la vidéo sur l’écran de fond de scène ! Ils auraient pu changer ça. Le début du set était sympa une fois qu’ils ont fini les deux morceaux d’un potentiel album (avec “The Sea of Emotion Pt.1”), y a de belles sections en questions-réponses, des jeux de guitares harmonisés. C’est intéressant de les voir se répondre, Joe Satriani a un jeu plus rock quand Steve Vai a un toucher plus envolé. L’impression que l’un doit étouffer sa guitare pour la faire râler quand l’autre la pince pour la faire couiner.

– Il y a un travail sur leurs morceaux respectifs aussi, les arrangements vont vers cette dualité. Comme tu le dis, ça donne des harmonies nouvelles, l’un joue la tierce de la mélodie de l’autre, etc. Dommage que ce ne soit que sur deux-trois titres et que le reste du temps, ils soient en alternance.

– C’est franchement détestable. Ça rend le tout très automatique et pas très inspiré : chacun fait son petit best of à tour de rôle et de temps à autres, ils rappellent qu’ils sont sur un set commun. Les morceaux retravaillés, ça donnait l’espoir de voir autre chose, qu’ils sortent d’une zone de confort. La musique instrumentale, c’est la porte ouverte aux improvisations, à la spontanéité du live, tu retires les quelques morceaux qu’ils ont fait ensemble où y avait matière à écouter, on n'a rien eu de tout ça. Toi qui connais un peu mieux, tu me disais que ça ressemblait à un set du G3, ces concerts rassemblant trois guitaristes de renom, lancés par Satriani.

– Oui, c’est ça, la construction d’un set du G3, c’est chaque guitariste (généralement Joe Satriani et Steve Vai auquel s’ajoute un invité) qui occupe la scène pendant six-sept morceaux, puis une série de reprises où ils jouent tous ensemble. Quand ils sont dans ces tunnels en solo c’est le titre version studio. Ne serait-ce que pour Satriani, “Surfing With the Alien” ou “Satch Boogie” sont des morceaux taillés pour la scène, y a moyen de totalement s’en détacher, d’en faire des titres à rallonge où chacun se tire la part du lion. Pire, le “Crowd Chant” qu’ils ont entonné au rappel, c’est quand même un questions-réponses entre la guitare et le public, tu peux leur faire chanter ce que tu veux, ils l’ont fait à la note, quel intérêt…

– Un peu le service minimum, surtout pour Steve Vai qui est quand même le parrain de Guitare En Scène et qui pour célébrer sa présence n’a même pas accepté que les photographes puissent bien bosser… Après, le voir jouer c’est toujours impressionnant, tout lui semble si facile, puis les guitares ont de la gueule. Le moment où il joue “Teeth Of The Hydra” avec son hydre à trois têtes, c’est sublime. Pour ceux qui ne les ont jamais vu, ça peut faire illusion.

– Au final, on a eu trois façons, toutes aussi virtuoses, d’appréhender la guitare. Ce qui les rejoint, c’est le croisement entre l’ultra-technicité et la recherche mélodique. Je me demandais si Dream Theater allait avoir sa place au milieu d’une telle affiche, mais ça collait bien. C’était une très bonne date d’ailleurs, bien mieux que celle sur la même scène en 2019.

– Je me souviens il y a six ans d’un James Labrie (chant) en bout de course, à la traîne dès le premier morceau. Ici, il était aléatoire mais quand même bien plus intéressant. Je reste un peu déçu que Parasomnia, le nouvel album, n’ait été défendu que par “Night Terror” et “Midnight Messiah”. Les morceaux claquent mais il n’y a aucune prise de risques : on est loin de “Bend The Clock”, cette balade avec des sections de guitare très calmes, sans shred sauf à la fin du solo. Le genre de titres qui te met dans un cocon, comme si tu écoutais ça pelotonné dans une couverture au chalet d’hiver. T’as des airs de David Gilmour dans l’approche aérienne de Petrucci, ça rappelle “The Count of Tuscany”, c’est quelque chose que je n’avais pas entendu depuis longtemps chez Dream Theater.

– C’est allé puiser un peu partout, même dans le répertoire composé avec Mike Mangini, deuxième batteur de la formation, présent de 2010 à 2023 ! J’étais très étonné d’entendre “The Enemy Inside”, et Mike Portnoy s’y est tellement bien débrouillé. D’ailleurs, le revoir derrière les fûts fait vraiment plaisir. Tu sens que pour lui aussi, ça fait un peu le retour du roi ! J’ai trouvé que le groupe était bien plus détendu qu’à l’habitude. John Myung (basse), d’habitude assez discret, était bien plus mobile et venait très souvent sur le front de scène.

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– Pas mal de complicité entre James Labrie et John Petrucci, aussi. Y'a ce moment capté par la caméra, où Labrie s’est collé à lui pour le regarder parce qu’il savait pertinemment qu’il n’arriverait pas à caler une note, ça leur a permis de se faire des grimaces autant de dégoût que d’amusement. Ça faisait un moment qu’on ne les avait pas vus comme ça. Après, et c’est toujours le problème d’un groupe de rock/metal progressif, 1h30 c’est bien trop court.

– D’une certaine manière, ça leur permet aussi de donner plus d’énergie. “Panic Attack”, avec son intro bien lourde à la basse, ou “As I Am”, ça tabassait méchamment. Par contre, ça ne permet à aucun morceau long de s’insérer dans le set. J’aurais bien aimé voir ce qu’un “The Shadow Man Incident” donne sur scène. Vivement une tournée Parasomnia !

– Tu disais tout à l'heure que le mot d'ordre de la journée était une alliance entre l’ultra-technicité et la recherche mélodique, c'est aussi le cas de Saults qui a ouvert la soirée, même si c'était moins basé sur les prouesses à la guitare que sur l'aspect big band avec toute la session cuivre.

– Cuivre et bois, n'oublie pas qu'il y a un saxophone ! On est plus orienté funk, y a un côté Earth, Wind and Fire, le deuxième morceau m'a beaucoup fait penser à “In The Stone”. On rejoindrait presque ce qu'a fait Nile Rodgers l'année dernière. Pourtant on partait pas gagnant, le morceau qu'on a écouté, “Only Place To Hide”, n’a tellement rien à voir ! D’un espèce de rock plan-plan qui se perd dans des mélodies fumeuses, on se retrouve devant une formation hyper animée !

– Après ils l’ont joué, “Only Place to Hide”, c’est un morceau qui leur tient à cœur. Scéniquement, y’avait pas mal d’alchimie, comme d’hab sur la Village ! Les deux frères (Antoine et Greg Saults) s’alternent sur la tenue de scène, notamment quand l’un des deux abandonne son poste de claviériste pour faire le maître de cérémonie en chantant également.

– Après, quand tu dis "comme d’hab sur la Village", ce n'est pas toujours vrai…

Photos sauf Matteo Mancuso : Stéphane Chollet/

Photos Matteo Mancuso : Luc Naville/Caroline Moureaux/Alexandre Coesnon

Toute reproduction interdite sans l'autorisation des photographes

Textes : Thierry de Pinsun et Félix Darricau



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