Dub FX au Sziget 2013, un artiste connecté

Benjamin Stanford, alias Dub FX, street performer australien spécialiste des boucles et beatboxer de talent était programmé au Sziget 2013 en août dernier.

C’est en toute simplicité que l’artiste australien visiblement encore baigné dans l’énergie de son concert a répondu aux questions des quelques journalistes qui ont su être présents au bon moment !
Retour sur cette rencontre.

Qu’avez vous pensé de votre concert ?

De bonnes vibrations et un très bon moment sur scène, vraiment. Le Sziget est le lieu parfait pour finir ma tournée : j’ai fait 28 concerts dans les 25 derniers jours ou quelque chose comme ça, c’est assez intense, beaucoup de travail, beaucoup d’avion, peu de sommeil. Au cours de toute cette tournée j’ai en quelque sorte ressenti une énergie universelle avant de monter sur scène, et pendant les concerts grâce au public. C’est au Sziget que je l’ai sentie la plus puissante.

Comment est né le projet Dub FX ?

Ce n’est pas quelque chose que jai décidé, c’est juste…arrivé ! Avant Dub FX j’ai fait beaucoup de concerts dans des salles et des clubs de toute l’Australie avec différents groupes, mais le concept n’a pas vu le jour là-bas. Quand je suis arrivé en Angleterre, j’ai joué seul mes chansons dans la rue à la guitare, accompagné de mon Ipod. Parmi les gens qui n’ont pas aimé ma musique, beaucoup m’ont dit que ce que je faisais était trop gentillet. Alors j’ai mis la guitare et les accompagnements de côté, et tout en gardant mes mélodies j’ai commencé à faire du beatbox en freestyle à base de drum’n’bass, de hip-hop, car c’est ce qu’ils voulaient entendre ! Je me suis adapté aux différentes aspirations du public, pour pouvoir vendre quelques CD pour m’acheter à manger, tout en continuant mon apprentissage. J’aime jouer dans les rues parce que c’est un véritable challenge. Quand tu es dans la rue et que tu dois jouer, tu es obligé d’assurer, et en même temps tu apprends, parce que lorsque personne ne te regarde, tu te dis « merde, il faut que je trouve quelque chose d’autre, je dois faire différemment« , et d’un coup tu t’aperçois que ça marche, parce que que la foule s’est rassemblée. Alors tu te demandes comment utiliser cela, donc tu commences à progresser tout en jouant, et en étant payé pour le faire, c’est une expérience incroyable ! C’est pour ça que je l’ai fait pendant 6 années, 4 jours par semaine pendant 3 à 4 heures par jour, au final j’ai réussi à vendre des tonnes de CD sans forcément avoir à aller dans les clubs.

 

Justement, comment en êtes-vous venu à jouer dans un club ?

Toujours en Angleterre, un promoteur est venu me chercher dans la rue et m’a demandé de venir jouer dans son club. Je m’y suis produit devant 200 personnes, et c’était génial, j’ai réussi à faire danser le public, et c’est aussi à cette occasion que j’ai rencontré Flower Fairy (NDLR Shoshana Sadia, sa fiancée). Après ça j’ai contacté tous les festivals du Royaume Uni pour leur proposer de me payer mon ticket juste pour que je joue dehors, sans demander de scène, et ça a marché ! J’ai fait beaucoup de dates comme ça. J’ai aussi continué à faire des concerts dans des clubs, et puis je me suis aperçu que je pouvais être au soleil en gagnant 5 fois plus que dans des endroits louches, donc je suis retourné à la rue ! Je pouvais faire ça n’importe où dans le monde, et finalement des propositions plus intéressantes m’ont été faites, par exemple 5000 € pour venir jouer en Russie. Je me suis dis que je n’avais jamais mis les pieds en Russie, alors forcément j’y suis allé ! Puis les choses se sont accélérées, et je me retrouve dans des gros festivals comme le Sziget. Mais je continue à jouer dans la rue, je l’ai fait récemment en juillet à Berlin.
 

dub fx sziget 2013 budapest
-Dub FX- Crédit photo : S. Nguyen
 

Dans les rues, vous sortez les gens de leur zone de confort. Les passants ne s’attendent pas à votre présence, et vous devez les attirer dans votre bulle…

Absolument ! Dans certains pays, les gens aiment ce qu’ils écoutent mais ne s’arrêtent pas car personne ne s’est arrêté avant eux ! Ils se sentent gênés, et ne veulent pas être un spectateur isolé. Dans d’autres coins comme en Angleterre, les gens s’arrêtent là où ils sont, et toute le rue peut s’arrêter, puis les gens se rapprochent doucement. C’est intéressant de voir comment chaque pays réagit. En Italie les gens me demandent de faire du reggae ou du dancehall, ailleurs c’est plutôt du drum’n’bass ou du dubstep. Je crois que mon principal talent n’est pas d’être musicien, c’est d’être flexible et de toujours m’adapter !

En festival ou dans une salle c’est différent, le public sait que vous êtes à l’affiche. Qu’est-ce que cela change pour vous ?

Les festivals sont les lieux que je préfère pour me produire, parce qu’ils représentent une combinaison des rues et des clubs, une combinaison des deux énergies. En festival les gens vont et viennent, ils sont là pour faire la fête, tu dois capter leur attention et les faire entrer dans ton jeu. Avec ma station de loop je peux faire tous les styles que je veux, des sons plutôt africains ou plus hypnotiques aux beats les plus rudes, mais quand je joue sur scène je veux que les gens dansent et se lâchent, alors la première chose que je fais c’est looper une bonne grosse basse (NDLR démonstration en direct de ses talents de beatboxer) pour que les gens commencent à bouger, puis je rajoute des harmonies et d’autres rythmes avant d’habiller le tout de mon flow. Le principal c’est de balancer de bonnes vibrations et de réincorporer l’énergie du public pour entretenir le groove.
 

dub fx sziget 2013 party arena
-Dub FX- Crédit photo : Sziget/Zoltán Balogh
 

Lorsque vous retournez en Australie, quel accueil vous réserve le public de vos débuts ?

Je passe presque tout mon temps en Europe, et ma base de fans est vraiment européenne. Ce que je fais en tant que Dub FX ne colle pas vraiment avec ce que la grande majorité des Australiens écoute. Dans ce pays de 20 millions d’habitants aussi grand que l’Europe il n’y a pas vraiment de scène underground, en tous cas elle est trop petite pour me permettre de vivre de ma musique. Donc je fais une grosse date à Melbourne chaque année et c’est suffisant. En Nouvelle-Zélande je peux faire 2 ou 3 dates par an, les gens sont plus réceptifs.

Votre entourage familial a-t-il joué un rôle dans votre désir de devenir artiste ?

J’ai beaucoup de proches dans le milieu artistique. Certains de mes oncles jouent dans des groupes, une de mes tantes Miss Loulou est une danseuse de claquettes reconnue, d’autres sont acteurs et producteurs, comme mon oncle Jeremy Stanford. Il est assez connu en Australie en tant qu’acteur, il a aussi produit beaucoup de comédies musicales dont Priscilla Folle du Désert, où il tenait d’ailleurs un des rôles principaux. Un autre de mes oncles est actuellement mon manager et m’apporte de précieux conseils. Mes parents ne sont pas musiciens mais ils me soutiennent énormément, mon père a une bonne culture musicale qu’il m’a transmise. Il faut avoir écouté de la bonne musique pour espérer être un bon musicien !

Pouvez-nous parler de votre nouveau projet qui fait appel au crowdfunding ?

Effectivement je lance mon nouvel album Theory Of Harmony avec le site Pledgemusic.Je n’ai pas de maison de disque, je suis complètement indépendant, et le crowdfunding est un bon moyen de créer une dynamique pour sortir l’album. Cela te permet de connaitre tes véritables supporters, une fois que tu as ta propre identité d’artiste. Je pense que tous les artistes devraient sortir et jouer dans les rues pendant quelques années, et d’ailleurs beaucoup de grands artistes l’ont fait. La rue te force à supprimer le superflu, à ne pas t’éparpiller et à te concentrer sur ton « noyau central ». Une fois que tu as ça, tu peux te lancer dans le financement participatif. Je ne veux pas dépenser des mille et des cents pour le marketing, d’ailleurs je ne passe pas sur les ondes, ni à la télé, je compte sur le partage des gens et les réseaux sociaux, cela veut aussi dire qu’il n’y aura pas de gâchis. Je propose différentes offres en fonction du niveau de contribution, tu peux choisir la version numérique de l’album, ou le CD avec ou sans tee-shirt, ou un micro, etc. Je sais tout ce que dois fournir, j’essaie aussi de personnaliser ce que j’offre, je veux faire en sorte que les personnes ayant contribué recoivent quelque chose de spécial.

 

Comment arrivez-vous à mettre l’énergie de la rue dans un enregistrement en studio ?

Tout ce que j’ai enregistré jusqu’à maintenant en studio n’a jamais été au niveau de ce que je fais en live, car il m’a manqué la connection avec le public qui donne toute l’essence à mes créations. Pour ce nouvel album j’ai décidé par exemple d’utiliser certains samples captés pendant mes représentations, et maintenant j’enregiste toujours en présence de quelqu’un, pour qu’il y ait à chaque fois quelque chose à faire passer.

Et pour la suite, vous souhaitez continuer à fonctionner de la même manière ?

Dans l’absolu je n’aurais pas de problème à travailler avec une maison de disque, mais j’ai besoin qu’elle fasse au moins ce que je fais déjà par moi-même, et elle ne peut pas le faire. Tout ce que ferait une maison de disque serait dépenser beaucoup d’argent en publicité, en prenant une part sur mes ventes. Je pense avoir des bases suffisamment solides, notamment en ayant beaucoup travaillé dans les rues. J’ai réussi à succité un élan autour de moi, et donc je ne pense pas avoir besoin d’un label. Je préfère que les choses se passent comme ça, pour pouvoir monter en puissance à mon rythme.
 

Quelques minutes après la conférence, Dub FX prendra gentiment la pose le temps d’une photo avec votre humble serviteur, où quand les reporters redeviennent de stupides fans…

dub fx sziget 2013
Crédit photo : S. Nguyen


Liens :

Site officiel de Dub FX

Dub FX sur Pledgemusic.com



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