Pearl Jam – Lightning Bolt


N’ayant pas de fan de Pearl Jam dans notre auguste rédaction, ni même d’amateur éclairé dont l’avis aurait pu présenter une certaine pertinence, j’ai donc demandé à Seb, chanteur du groupe Abrahma, graphiste/webdesigner de talent, ami de longue date de La Grosse Radio et surtout, grand fan de Pearl Jam devant l’éternel, s’il pouvait se charger de disséquer cette nouvelle livraison, ce qu’il a accepté bien volontiers. C’est même une analyse très détaillée qu’il nous a fournie, qu’il en soit ici chaleureusement remercié !

Ah, le grunge… Cette scène révoltée de Seattle qui m’a accompagné dans mes premières gamelles de la vie. Cette époque où l’on pouvait encore entendre sur les grandes ondes des groupes tels que Nirvana ou Soundgarden…. Cette époque où les groupes semblaient encore avoir des choses à dire et le revendiquaient dans cette musique mélodieusement agressive qu’était le Grunge. Le mouvement sera en proie au succès durant la quasi totalité des 90’s,  et de là naitront de nombreuses formations talentueuses. Screaming Trees, Malfunkshun, Love Battery, Mudhoney, Tad, Gruntruck… Mais rapidement les leaders du style sortiront du lot : Nirvana, Soundgarden, Alice in Chains ou encore Pearl Jam. Après avoir été sucé jusqu’à la moelle par les maisons de disques, en quête de gros sous, le mouvement s’essoufflera à l’aube des années 2000. Décès de Kurt Cobain, séparation de Soundgarden et l’éclipse d’un Alice In Chains dont le chanteur Layne Staley a alors de graves problèmes personnels…. Bref dans la dernière moitié des années 90 le genre perd ses plus grands combattants ce qui l’amènera malheureusement dans un quasi-oubli dont il semblait de plus devoir ressortir.

Néanmoins un groupe ne cessera jamais de se battre, multipliera les concerts mais aussi les productions ! Pearl Jam ! 5 passionnés de Rock qui, en 91, viendront mettre une baffe monumentale : Ten… Il faut dire que nos gadjos ne sont pas non plus nés de la dernière pluie. Anciens membres de Green River pour certains, groupe quasi pionnier du style, mais aussi de Mother Love Bone ; Pearl Jam n’avait plus qu’à se trouver son line-up pour accoucher de l’oeuvre qui deviendra vite une référence de l’histoire du rock ! 

Quasi 30 ans après sa conception ; le Grunge revient ! Reformation d’Alice in Chains avec un nouveau chanteur, nouvel album de Soundgarden 15 après leur dernier opus en date et depuis quelques jours le In Utero de Nirvana remis en avant  pour les 20 ans de l’album… Vous l’aurez compris, la scène de Seattle a décidé qu’elle n’avait pas dit son dernier mot. Mais loin des come-backs, plutôt à la mode ces derniers temps, Pearl Jam lui continue son bonhomme de chemin avec une nouvelle production tous les 3,4 ans et c’est avec Lightning Bolt que le groupe a décidé de marquer l’année 2013. 
 

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Mais avant de parler de l’album en lui même, il est je pense nécessaire de le re-préciser : Le Pearl Jam des années 2000 n’est plus vraiment celui des 90’s et tous ceux qui s’attendent à retrouver la hargne de Ten ou VS peuvent passer leur chemin. On le sait déjà…. Cela fait même presque 15 ans que le combo fait évoluer sa musique d’album en album. Plus réfléchie, plus audacieuse et parfois plus posée, la musique des PJ est aujourd’hui beaucoup plus ouverte qu’elle ne le fût auparavant. Sans oublier l’adoration que porte le groupe à Neil Young et ce désir de mettre en avant cette influence, un choix qui leur a plutôt réussi.

Mais qu’attendre en 2013 de Pearl Jam ?

Ne nous le cachons pas, le dernier album en date Backspacer a déçu. Peu inspiré, répétant souvent des gimmicks un peu trop entendus l’opus ne reçu pas vraiment un accueil des plus chaleureux. Quid de ce 10e acte de l’épopée Pearl Jam ? Une chose est sûre et ce dés la première écoute, Brendan O’Brien et Pearl Jam, c’est le duo gagnant ! Bon, ok on commence à le savoir depuis le temps que ces joyeux lurons bossent ensemble, mais mon dieu QUEL SON !

Pour ce qui est de la musique en elle même ??? Eh bien, belle surprise ! Certes on retrouve la patte du groupe, (qui aurait cru le contraire) mais à l’inverse de Backspacer, la lassitude ne vient jamais pointer le bout de son nez. Car c’est dans la durée que s’appréciera Lightning bolt. Une entrée en matière des plus plaisantes (« Getaway »), du rock grungy qui pourrait nous rappeler l’époque Vitalogy ou Yield (« Mind your Manners », « Lightning Bolt », « My Father’s son »), mais aussi des morceaux calmes aux harmonies imparables. Alors je vous arrête tout de suite, car je sais ce que vous pensez en lisant cette dernière ligne : « Morceaux calmes aux harmonies imparable ? Merde c’est reparti pour de la ballade dégoulinante et radiophonique à souhait ! » Bon alors oui, il y’en a aussi, je l’avoue.


« Infaillible », ou le morceau de trop, que seul Aerosmith à l’époque de Just Push Play aurait eu l’idée de composer. Mais il faut parfois aussi savoir donner leur chance aux morceaux calmes. Dans le genre, « Swallowed Whole » est une réussite, même si typiquement Pearl Jamesque, il n’empêche que l’on ressent quelque chose à l’écoute dudit titre. Il y a aussi « Pendulum ». Un morceau sombre au songwriting sans faute, une ligne vocale qui vous fait hérisser les poils, un Tonton Vedder vous murmurant au creux de l’oreille son chagrin, jusqu’à ce crescendo des mieux sentis… Ah zut … J’ai dit sans faute… Mais qui a laissé passer ce « HA HA HA HA HA » sirupeux a souhait… Dommage, le titre avait pourtant tout pour plaire.

Mais passons ! Des fautes de goût il y’en a assez peu et à l’écoute de « Let The Records Play » on revient vite dans le droit chemin. Un titre plutôt étonnant dans son inspiration blues, bien que la trace Neil Young soit là elle aussi. On ne révolutionne rien, mais on étend son champ musical et l’on retrouve surtout cette spontanéité perdue sur les dernières productions. L’album reprend ainsi son rythme, nécessaire après 3 morceaux plutôt calmes.

Pour la suite et fin de l’album, ce sont les adeptes du frontman, qui seront heureux. Soulignons d’ailleurs la prestation du Monsieur, qui signe avec ce 10e album, l’une de ses meilleure performance ; à se demander s’il en ferait même pas un chouilla trop des fois… Mais revenons à nos moutons, cette fin d’album. 3 titres intimistes, acoustiques, lorgnant entre le folk et l’americana. On aurait pu clairement retrouver certains de ces titres sur la B.O d' »Into The Wild » (« Yellow Moon ») mais qu’importe, la qualité de composition est là et une fois de plus Mr Vedder, de son organe, fait un peu ce qu’il veut de nous (hum…). 3 titres, c’est peut être trop il est vrai. L’album aurait sûrement pu être plus court et Ed aurait sûrement mieux fait de garder un de ces morceaux pour une future production du grand écran.


Mais pourquoi pas après tout ? Car si ce n ‘est pas après 20 ans de carrière que l’on peut se permettre de se lâcher, quand le faire ? C’est en se forçant à essayer de satisfaire son public que l’on tombe dans le mauvais goût. Aerosmith nous l’a d’ailleurs indécemment montré avec son dernier album. Ici Pearl Jam se fait plaisir avant tout. Et c’est sûrement ce qui donne à cet album de l’elan. Après le faux pas du 9e album , P.J revient avec une œuvre nettement plus réussie. Certains pointeront du doigts les défauts, mais Lightning Bolt en reste néanmoins un ouvrage agréable et qui  réussi le tour de force de rallier ambiances électrisés des débuts aux climats calfeutrés Vedderiens, le tout sur une même galette. L’on retrouve surtout cette spontanéité qui a toujours caractérisée la musique du groupe. Bien entendu on en aurait voulu plus, retrouver la franchise d’un No Code ou encore de Binaural, mais cet « Eclair » est peut être justement le signe d’un retour aux choses sérieuses pour l’avenir … Bref, ce nouvel épisode, malgré une certaine fragilité, reste néanmoins rassurant quand à l’avenir du groupe.

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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