Les Kooks, c'était l'un des fers de lance de la scène indie rock des années 2000, et un successeur plus ou moins lointains de la britpop. Le groupe anglais a eu sa grande heure de gloire il y a près de vingt ans, mais n'a jamais cessé son activité. Et son public l'a manifestement suivi, si l'on en juge le Zénith complet de ce lundi soir.
Girl In The Year Above
Pour ouvrir ce Zénith de Paris complet, c'est un groupe parfaitement inconnu qui a été choisi. Girl In The Year Above n'a aucun album à son actif, aucun morceau sur Deezer ou Bandcamp, à peine une demi-douzaine de vidéos sur sa page YouTube, dont la moitié semblent dater de l'époque où ce n'était qu'un projet solo acoustique de la chanteuse Jennifer Ball - il y a tout de même une décennie.
Ce soir, le groupe cornique-irlandais se présente sur scène à six : la chanteuse donc, une claviériste, deux guitaristes dont un très souvent à la guitare acoustique, un bassiste et un batteur. Le groupe joue un folk rock très doux mais vivant, nettement plus plaisant et dynamique que ce que ses vidéos YouTube laissaient supposer.
La plupart des morceaux sont en rythme mid tempo ou ballade, souvent assez éthérés ou mélancoliques. Le groupe explique mêler rock et racines irlandaises. Cela ne se ressent pas vraiment dans les mélodies, mais de façon diffuse dans l'atmosphère des chansons. Le clavier joue aussi assez fréquemment des mélodies avec une sonorité de violon ce qui ajoute du charme à l'ensemble – même si cela ne vaut évidemment pas un vrai violon. La deuxième chanson, « Territory », offre un aspect rock théâtral tout en gardant une certaine sobriété.
Les musiciens et leurs compositions ne dépareilleraient pas dans un pub mais restent assez sobres. Quant à la chanteuse, elle est extrêmement à l'aise sur scène. Elle se déplace, esquisse comme des pas de danse, incarne physiquement les chansons, et ses bras semblent dotés d'une vie propre.
Elle communique pas mal avec le public, et présente notamment la bien nommée « Hair » en expliquant qu'elle pourrait servir de slogans pour les coiffeurs, demandant s'il y a des coiffeurs dans la salle - manifestement oui, ce qui semble la réjouir – et racontant l'avoir été elle-même. On l'entend aussi rire avec les musiciens, et elle salue les origines irlandaises du guitariste acoustique. C'est en tous cas assez bien reçu par le public, qui applaudit chaleureusement – même si ce n'est pas non plus la folie. Cela semble d’ailleurs presque la surprendre.
Les deux derniers morceaux gagnent en intensité. Sur l'avant dernier, la voix éthérée de la chanteuse monte dans les aigus, s'énerve un peu sur le frein, sature légèrement. L'ensemble est lent mais rythmé, et la voix de la chanteuse s'énerve avant le deuxième refrain. Elle se retrouve à genoux, se relève, toujours aussi habitée par le morceau. Ce morceau particulièrement nous marque bien après le concert, et nous donne envie de revoir le groupe en tête d’affiche, dans une configuration plus intimiste, afin de le voir dérouler son univers.
The Kooks
Des acclamations éparses fusent quelques minutes avant que les lumières ne s’éteignent. Dans les enceintes résonne « Sweet Caroline », vieux morceau des années 1970 de Neil Diamond, dont les spectateurs reprennent en chœur le refrain. Le noir se fait puis les trois instrumentistes arrivent sous les applaudissements et les pieds qui tapent en rythme, le batteur se plaçant sur une plateforme transparente. Puis c’est au tour du chanteur Luke Pritchard, avec sa dégaine de rock star un peu poseuse, chemise ouverte et cheveux au vent. Une bonne partie du public est debout dans les gradins dès le premier morceau.
La chanson d’introduction, « Sofia Song », est très indie folk rock, assez dansante. C’est représentatif du son classique du groupe, et pour cause, le morceau est issu de son premier album, Inside In/Inside Out, qui l’a rendu célèbre. Cela donne aussi le ton du concert : ce premier album sera le plus joué ce soir. Il faut dire qu’il fête cette année ses vingt ans. Si le deuxième et le quatrième sont aussi assez bien représentés, le dernier en date et septième, Never / Know, paru l’an dernier, n’aura droit qu’à un titre, et ses deux prédécesseurs sont complètement oubliés. Ce soir, les Kooks semblent donc complètement jouer la carte de la nostalgie, manifestement peu désireux de mettre en avant leurs productions plus récentes.
Le deuxième titre, « Always where I Need to Be », un des succès des Kooks, permet de présenter son deuxième album, et d’en offrir une facette un peu plus électrique. La foule chante en chœur dès le riff de guitare introductif et sur les onomatopées du refrain.
C’est peu dire que le public est acquis à la cause des Anglais. Il chante, danse, applaudit à tout rompre. Il reprend parfois des passages entiers des paroles – entre autres sur la fin a cappella de « She Moves in Her own Way ». Sur scène, le leader communique assez régulièrement avec le public, avec quelques mots en français.
Le bonhomme a de la bouteille et cela se sent à son aisance sur scène. Il se déplace, esquisse des pas de danse, module sa voix entre des montées dans les aigus, des passages presque murmurés, parfois des sortes de cris aigus (« Stormy Weather » ou « Westside »). Selon les titres, il est muni uniquement de son micro, ou s’accompagne à tour de rôle d’une guitare électrique, acoustique, ou même d’un clavier.
Les autres musiciens sont tout aussi en place. Le guitariste Hugh Harris (seul membre originel des Kooks avec Pritchard) et le bassiste de tournée assurent les chœurs. Les petits gimmicks de guitare donnent parfois un certain relief aux chansons. La basse offre souvent des sonorités intéressantes, elle est d’ailleurs relativement en avant dans le mix, et offre des intros ou des ponts assez groovy, notamment sur les très entraînants « Stormy Weather » et « Down ». Quant au batteur Alexis Nunez, il est très statique et son travail semble millimétré. Il se remarque notamment sur « Westide », où la rythmique se fait presque disco, et sur un mini solo dans « Do You Wanna ».
La musique des Kooks reste très ancrée dans un indie rock parfois teinté de folk, plus ou moins rock ou pop selon les morceaux, et, quand on n’est pas purement afficionado, cela finit par être parfois un peu redondant. Mais les éléments apportés par les musiciens permettent d’apporter un peu de diversité et de fraicheur.
Plusieurs titres se démarquent : d’abord l’émouvant « See Me now », en hommage au père décédé de Pritchard, que celui-ci commence seul au clavier. Mais aussi « Stormy Weather », dont le rythme évoque lointainement « London Calling » des Clash ; le très dansant et chaloupé « Down », où le chanteur offre au public des déhanchés on ne peut plus sexy, ou le disco-rock « Westide », où Harris prend le clavier pour un rendu à mi-chemin entre Daft Punk et les années 80. Vers la fin du set, « Do You Wanna » profite d’un jeu beaucoup plus énervé que ce que le groupe a offert jusque-là.
Pourtant, quelque chose nous empêche d’adhérer complètement au concert. C’est très agréable et bien exécuté, mais il manque probablement un peu de consistance et de folie pour nous renverser complètement. Les musiciens interagissent très peu entre eux, ce qui donne aussi parfois l’impression d’un groupe un peu froid et en pilote automatique.
Côté lumière, le spectacle est très joli, même si l’ingé lumières ne connait manifestement que le rouge et le blanc – ce qui rappelle la pochette du premier album. De jolis jeux d’ombres et lumières viennent aussi rehausser l’ensemble.
Pour les fans purs et durs des Kooks, c’est clairement un concert très réussi – manquant peut-être un peu de nouveautés. Pour les autres, c’est un concert agréable même si pas transcendant, mais qui montre en tous cas que vingt ans après, le succès de Luke Pritchard et Hugh Harris ne se dément pas.






















