L’été en musique, c’est la saison des festivals ! Pour ceux comme moi nés au début des années 70, ça fait presque quatre décennies qu’on nous bassine avec les festivals rocks de l’été ! Mais que reste-t-il de tout ça ? Depuis les mythiques précurseurs comme Woodstock, l’Ile de Wight ou Altamont, le festival rock est un incontournable de l’été… Ils fleurissent partout ! Mais attention ! Depuis quelques années, faudrait bien en débaptiser quelques-uns… On en tout cas, prendre avec des pincettes le qualificatif « rock ». Eurockéennes 2026… Orelsan et Aya Nakamura ! Eurapéennes ou Eupopéennes peut-être… Et on pourrait multiplier les exemples… Mais comme chez Astérix, il existe quelques camps retranchés, rare mais redoutablement efficaces. Parmi eux, le festival Retro C Trop de Tilloloy…
Ça fait dix ans que ça dure… Et on y a déjà posé nos valises à plusieurs reprises du côté de la Grosse Radio… Le fond de commerce du Retro C Trop, ce sont les anciens groupes. Avec le blaze du festoche, on pouvait s’en douter. Alors pour cette cuvée 2026, du gros annoncé : les B-52 ‘s, Europe, Joan Jett & The Blackhearts… ça pose les bases quand même. On rajoute à cela un petit combo londonien découvert sur la scène Jeune Talent lors de l’Edition 2025 du festival. Vous verrez on en causera un peu plus loin…
Vous l’avez donc compris, la prog’ c’est quand même la base. Mais ça ne fait pas tout. Il faut réussir à créer une ambiance autour de cette programmation pour arriver à donner son ADN propre au festival. Et ça, les organisateurs du Retro C Trop l’ont parfaitement intégré.
Alors, en plus des concerts, cette année, le festivalier se voit offrir gratuitement la possibilité de tester ses compétences sur une dizaine de flippers ! Quoi de plus rock ‘n’ roll qu’un flipper au café ! Retour dans le passé… Début des années 80, transporté en enfance. Car, si le festival Retro C Trop attire en majorité des contemporains des têtes d’affiches qui y sont programmées, il reste aussi un festival familial.
On y arrive en avance. On boit un coup. Par ces canicules, il est d’ailleurs agréable de constater que le les 50 centilitres de soft sont à un prix très abordable. Bravo les organisateurs ! On se balade sur site… On croise quelques personnages atypiques, de vieilles voitures. On peut même apercevoir à certains moments une Rolls Royce customisée aux couleurs du festival. Puis le paradis du collectionneur, le vinyle ! Deux stands cette année avec une place de choix faite au rock énervé et au hard rock. Et je vous rassure, aucune possibilité de choper le nouveau David Guetta ! On retrouve plutôt ces ambiances de foire du disque d’avant l’ère du numérique où l’on voulait récupérer le dernier « bootleg » de son groupe favori. Il y en avait de très beaux d’ailleurs surtout pour les aficionados des stars du heavy metal comme Iron Maiden ou Metallica. Et puis comme toujours, le bac qui va bien à la gloire des artistes programmés sur le festival… Bien joué les gars !
Le temps de déambuler tranquillement, d’avoir écouté quelques morceaux d’eXTC puis de de Squeeze sous une chape de plomb, il va être temps pour nous d’assister pleinement à l’un des concerts phare de la soirée… Petite digression. C’est étonnant de voir comment le devant de scène se vide intégralement entre chaque groupe… Près d’une heure de pause entre les changements de plateau incluant des mini-balances avec le groupe à venir, les gens s’occupent…
Du côté de La Grosse Radio, on connait la puissance de feu des Molotovs, ces jeunes trublions anglais à peine majeurs mais avec déjà plus de 600 concerts au compteur dont un mémorable sur la petite scène du Retro C Trop l’année dernière.
Depuis, le trio à grandit. Issey, la bassiste est devenue majeure. Son frère Matt, compositeur, guitariste et chanteur affiche 20 balais au compteur. Ils sont signés sur le nouvel label du fabricant d’amplis Marshall Records et leur premier album Wasted On Youth cartonne. Ils inondent las plateaux télés, Taratata, Le Quotidien dans l’Hexagone où une tournée est programmée à l’automne. Et pourtant, ils arrivent timidement sur la scène. Ils se déplacent en personne pour le soundcheck. On apprécie cette simplicité…
17h55 ! La foudre va s’abattre sur Tilloloy cette fois pour notre plus grand plaisir. Matt fait rugir sa Rickenbacker avec les premiers accords de « Daydreaming ». On est immédiatement happés par la puissance et l’énergie du trio ! Issey, flanquée d’un t-shirt à l’inspiration « mod » assumée en rajoute pour le plus grand bonheur des photographes ! On approche les 40° à l’ombre dans la fosse mais on en prend plein les yeux et les oreilles ! Le frère et la sœur Cartlidge s’éclatent manifestement sur scène. Et c’est communicatif. On vous l’a dit plus tôt, les groupes de 20 ans ne sont pas vraiment la came des habitués du festival, mais là, ils forcent le respect… On entend les gens se parler… « Putain, c’est vachement bien ! Le gars, on dirait Paul Weller des Jam !»… « Et elle, elle à l’air bien barrée, comme la chanteuse des Kills »… Et mon voisin de gauche avec son vieux T-Shirt Sex Pistols délavé et troué qui balance à sa copine : « Les jeunes, ils envoient comme les Ramones en 77 ». Et bien, il y a un peu de tout ça chez les Molotovs ! Une culture « mod » pleinement assumée tant au niveau vestimentaire que dans le domaine musical. Une énergie de tous les instants… Ils ont des gueules, ils font le show et puis leurs morceaux sont ultra-efficaces !
Sur l’album, quasiment tout est potentiel single ! En live « Daydreaming » d’entrée fait penser aux riffs des meilleurs Oasis. Gageons que les frères Gallagher font partie des influences des Cartlidge. Puis Bowie aussi ! Leur version de « Suffragette City » façon Molotovs finira d’accrocher les derniers récalcitrants. Puis le show se déroule sans accrocs et monte en puissance. Le gang fait grimper le mercure à tel point que la sécurité se voit forcée de jouer du jet d’eau toutes les cinq minutes pour raviver les forces des festivaliers comblés.
Pas facile de les prendre en défaut, ces diables de Molotovs ! On aurait peut-être aimé un peu plus de communication avec le public mais ils sont encore jeunes, ils apprendront ! Puis leur musique parle d’elle-même, pas besoin d‘en rajouter. Un show « ramonesque » dans l’intensité ! Aucun temps mort. Une bouffée d’air frais dans un paysage musical rock ‘n roll où la dernière grande claque du style a été balancée par Jack White en 1998. Allez, on y retourne avec les splendides « More More More » et « Get A Life » !
19h10 ! Matt a raccroché sa Guild (il avait abandonné sa Rickenbacker pour le rappel), Issey vient de déposer les armes et le calme revient doucement sur Tilloloy ! Les Molotovs ont frappé fort ! La poignée de fans du gang (dont nous faisons partie) a eu ce qu’elle attendait ! Pour eux, le highlight de la soirée devait être le show des Molotovs et ils ont été à la hauteur des espérances ! Pour la majorité, gageons que les ventes du superbe Wasted On Youth vont connaitre ce weekend une accélération. Bien joué le Molotovs !
Lunch Time ! Il va bientôt être le moment de passer à table, en espérant que vous n’ayez pas encore claqué toutes vos thunes « cashless » plus tôt dans les vinyles. On se refait une petite bière et quelques flippers histoire d’éviter la cohue sur les stands de restauration. Puis vers 20h, on y va… A table ! Ici, encore un point fort du festival, on y mange correctement. Le sandwich club SNCF est banni pour laisser place à des choses beaucoup plus agréables. Certains choisiront un aligot, d’autres une Tulipe chez La Côte ou encore (comme nous) un jambon braisé et une andouillette chez Frit’beaf. Fallait bien ça, bercé par Roland Gift et ses reprises des Fine Young Cannibals, pour se refaire une santé après avoir sauté partout au rythme des Molotovs !
21h30, c’est là que les choses vont commencer à partir de travers. Juste avant le show des Molotovs, le big boss du festival en venant présenter le groupe comme sa plus belle surprise musicale depuis 10 ans, nous a mis en garde contre la possibilité d’un orage important et de l’évacuation possible du site. Annonce balayée par la première ligne de basse d’Issey… Mais maintenant, le ciel s’assombrit… Les gens de l’organisation s’agitent. Ça parle beaucoup dans les talkies… Premiers éclairs… Le parterre grandissant de quinquagénaires flanqués d’un logo de B-52’s s’impatiente et s’interroge. Ça s’agite sur scène. Ça va jouer ? Ou pas ? La mascotte du groupe est sur scène… Ça va le faire se disent les plus téméraires… Le vent se lève… Et va emporter nos dernières illusions de voir Kate Pierson en personne. C’est décidé, on lève le camp ! Si ça tombe, on risque l’hécatombe !
22h20… Le moteur de la Yaris tourne. Nous quittons le site avec un sentiment mitigé où la raison semble nous avoir dicté le bon choix mais l’étincelle rock dans un coin de notre cerveau nous dit qu’on n’abandonne pas les B-52’s… Nous sortons sans encombre du parking et arrivés sur la route principale quelques minutes plus tard, c’est le déluge…
Nous ne mesurerons que le lendemain la chance que nous aurons eu en voyant les images envoyées par ceux qui sont restés coincés sur le parking. Nous n’aurons donc pas d’anecdote a vous raconter façon Philippe Manœuvre... Et puis, quelle tristesse pour les fans, les organisateurs !
Nous étions venus pour l’ambiance et pour les Molotovs ! Mission accomplie ! Nous nous sommes régalés ! Maintenant, il ne reste plus qu’à dire que ce festival est exceptionnel et qu’il mérite de durer malgré les difficultés qui vont être liées aux dégâts et aux annulations. Bon courage à Philippe Tassart pour la suite ! Et par pitié, cessez ces messages de critiques ! Tout le monde a essayé de faire de son mieux pour que la fête soit belle ! Vive le rock ‘n roll et à bientôt le Retro C Trop !!!
Textes et photographies : Eric JORDA & Emilien ANGELAUD






















































