The All-American Rejects au Bataclan (Paris, 19.06.2026)

En ce vendredi soir suffocant, les Etats-Uniens de The All-American Rejects étaient au Bataclan pour faire revivre leur adolescence à plusieurs centaines de trentenaires nostalgiques.

Le concert n'est pas complet ce soir, et la salle a fermé une des deux coursives latérales entourant la fosse. Résultat, il y a tout de même une impression de peuple dans la salle. La suffocation, elle, n'est pas qu'une impression, et les éventails sont plus nombreux que les verres de bière.

En guise de première partie, c'est un DJ qui officie durant une heure, enchaînant les tubes metal, rock et pop, notamment des années 2000, remixés façon heavy pour ceux plus pop. Le public apprécie manifestement, et s'agite particulièrement sur l'avant-dernier morceau, l'indémodable « Gimme! Gimme! Gimme! (A Man After Midnight) » d'Abba, dansant joyeusement, et lançant des applaudissements et des acclamations à la fin.

Beaucoup de trentenaires et de quadras dans la salle – il faut dire que les titres les plus connus du combo de pop rock / pop punk datent du milieu des années 2000, même si le groupe a été fondé il y a plus de trois décennies. De plus, le groupe n’a pas sorti d’album entre 2012 et 2026, et connu un semi hiatus officieux de plusieurs années, ce qui explique que le gros de ses fans soient ceux qui ont connu le groupe à leur adolescence dans les années 2000 – et que le groupe ait du mal à remplir un Bataclan. Même si sur ce dernier point, le fait que ce soit le week-end du Hellfest et que les Foo Fighters jouent le même soir n’aide pas.

Le DJ quitte la scène sur « My Sharona » de The Knack tandis que les roadies finissent d'installer la scène. Mais au final, l'installation dure encore plus de dix minutes. Au bout de vingt minutes de retard, quelques cris se font entendre, à mi-chemin entre l'encouragement et la huée. Dans la fosse, des vigiles distribuent de l'eau aux premiers rangs – on vous a dit qu'il faisait chaud ? - tandis que quelques personnes frappent en rythme sur « Fat Bottomed Girls » de Queen.

La cure de jouvence The All-American Rejects

The All-American Rejects débarque finalement sur scène avec plus d'une demi-heure de retard sur l'horaire indiqué.... Et juste après du Jordi. Le groupe a-t-il donc une si piètre image des goûts musicaux français ? A titre de comparaison, la même semaine, Linkin Park était arrivé après un morceau de Daft Punk.

Une fois le quintette sur scène, le public lui pardonne immédiatement son retard et s'enthousiasme de plus belle. Les natifs de l’Oklahoma attaquent avec « Swing Swing », issu de leur premier album éponyme, que le public reprend en chœur. Le chanteur et bassiste Tyson Ritter tient le micro central, tandis que les deux guitaristes Nick Wheeler et Mike Kennerty ne tiennent pas en place, courent d'un bout à l'autre de la scène, sautent, lancent les pieds en l'air, échangent leur place le temps d'un solo de guitare… Leur surexcitation ne les empêche pas d’assurer les chœurs sur les refrains.

Sur le second morceau, « Fallin appart », tiré du troisième album qui a fait exploser le groupe à l’international, When The World Comes Down, Ritter lâche sa basse, ce qui lui permet d'improviser des pas de danse, de se retrouver au sol et de de se prendre en photo au téléphone devant une photographe. C'est le claviériste live (le groupe étant un quatuor en studio) Sebastian Tenorio-Vallejo qui prend la basse sur ce morceau - comme sur d'autres, posé sur une estrade en fond de scène, comme le batteur Chris Gaylor. Il prendra aussi la guitare acoustique sur plusieurs titres.

Le pop rock survitaminé des Etats-Uniens fonctionne bien en live. Ce n'est pas forcément ultra original et clairement pas monstrueusement technique, mais c'est efficace. Le groupe déroule sa discographie, ses quatre albums sortis entre 2003 et 2012, deux morceaux d’un EP de 2017, ainsi que trois titres de son tout nouvel album, Sandbox, sorti ce printemps. Sur plusieurs passages, la voix du chanteur est modifiée par des effets, sans que ce ne soit particulièrement gênant. La guitare acoustique ajoute parfois une touche de folk, quand les deux guitares jouant de concert peuvent ponctuellement apporter une certaine lourdeur. « Someday’s Gone » commence ainsi dans un déluge de guitares et prend des allures presque post grunge. A l’inverse, d’autres chansons ont des sonorités plus electro, comme « Close Your Eyes » ou « Move along ».

La dernière fois que le groupe est venu, c'était il y a quatorze ans, ce qui explique la ferveur des fans présents, infatigables malgré la chaleur. Les tubes d’antan comme « I Wanna » ou « Dirty Little Secrets » (qui figurait sur l'un des jeux vidéo de la franchise PES) sont acclamés dès les premières notes. La fosse saute beaucoup, slamme et pogote, se lève pour danser jusqu’au balcon, les spectateurs présents commencent ou finissent certains vers sans le chanteur.

The All-American Rejects a de l'énergie, les guitaristes se calment un tout petit peu après les premiers morceaux mais restent tout de même très agités, arpentant incessamment la scène. Le frontman, lui, est épuisant à force d’être surexcité. Pieds nus, il se retrouve à genoux devant les guitaristes, traîne son pied de micro, le soulève, le jette à terre (provoquant l’arrivée précipitée d’un roadie sur scène pour rétablir la situation), désarticule sa grande silhouette longiligne, danse… Cela confirme en tous cas l’importance d’un musicien additionnel sur scène, pour prendre la basse chaque fois que Ritter a envie d’aller gambader – l’un des guitaristes la prend aussi exceptionnellement.

En plus de ne pas tenir en place, le chanteur est extrêmement loquace. Il essaye d’abord de parler en français – si quelqu’un ce soir-là a compris, écrivez à la rédaction – mais bascule très rapidement en anglais : « That is the extent of my French but I'll speak to you as long as I can in my broken English » : ayant épuisé ses maigres ressources en français, il est effectivement plus sage qu’il poursuive en anglais, même s’il l’estime approximatif.

Tyson Ritter enchaîne les blagues et les allusions plus ou moins graveleuses, et reconnait avoir parfois été « a bitch » sur scène. Cela s’entend jusque dans les chansons – il remplace ainsi « I wanna touch you » par « I wanna fuck you » dans le dernier refrain de « I Wanna ». Il présente le titre suivant, « Sweat », issu de l’EP éponyme de 2017, à grand renfort de jurons, demandant qui est venu avec sa moitié, évoquant des odeurs puantes (référence à une ligne du titre), et offre une danse suggestive de dos durant le pont instrumental. Il faut reconnaître que le morceau dégage une vibe assez sexy, presque jazzy par moments, et se révèle un des plus intéressants du set, avec de nombreuses variations.

Tyson Ritter passe un peu plus dans l’émotion avec « Kids in the Streets » sans se départir d’une certaine ironie, revenant sur les débuts du groupe, et exprimant sa gratitude face à cette vie permise par l’accueil du public.

Après 14 titres, le groupe revient pour deux titres en rappel. D’abord « Easy Come, Easy Go », morceau solo de Ritter. Et puis, évidemment, après les remerciements à l’équipe technique, le plus gros succès du groupe, « Gives You Hell » qui fait littéralement partir la foule en folie. Presque tout le monde est debout, le pogo est ultra joyeux, l’euphorie est palpable.

Les lumières se rallument après moins d’une heure et demie de set – sans compter la demi-heure de retard. Le groupe prend cependant le temps de distribuer setlists, médiators, baguettes. La salle se vide mais certaines personnes restent et envoient à leur tour des objets que le chanteur et un guitariste signent. Essentiellement des vêtements : débardeurs, tee-shirts… Et même un soutien-gorge rouge, que le frontman renvoie signé avec obligeance. The All-American Rejects aura signé une performance sympathique, surtout empreinte de nostalgie, mais la musique qui permet de retrouver le temps d’un instant une certaine insouciance disparue reste un bien précieux en ces temps de crise.

Photos : Emma Forni. Reproduction interdite sans autorisation de la photographe



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