The Limiñanas – Costa Blanca

Les Limiñanas ont actuellement le vent en poupe. Quatre pages dans Rock ‘n’ Folk de Juin.  Leur nouveau Costa Blanca est annoncé dans les premières pages du même magazine ce mois-ci. Mojo ne tarit pas d’éloge sur eux. Ils ont été sélectionnés au Printemps de Bourges l’année dernière. N’en jetez plus !!! Mais où s’arrêteront-ils ? Le stakhanoviste duo perpignanais garde la tête froide par rapport à tout ce battage médiatique et nous sert en ce mois de novembre un nouvel opus qui sortira sur le label américain Trouble In Mind, écurie entre autres de Ty Segall ou encore Jacco Gardner. Excusez du peu…

Costa Blanca, déjà troisième album du combo (on vous fait grâce d’un bon tas de singles tous de qualité) est encore un mélange indéfinissable de plusieurs influences revisitées à la sauce (acidulée) des Limiñanas. L’album s’apparente à ce que l’on peut appeler un concept album. Il faut l’écouter en entier pour l’apprécier pleinement et voyager à travers les différents horizons du groupe.

Mais malgré cela, un tas de morceaux pourraient se poser comme des singles en puissance. Le premier sorti, « My Black Sabbath », nous immerge dans une ambiance directement issue des sixties. Des textes en anglais avec ce petit accent frenchie craquant. De la pop de grande classe. Une orchestration riche où se mêlent diverses influences. Celle de la pop française sixties bien évidemment mais aussi des sonorités plus orientales avec l’adjonction d’instruments traditionnels. On pense forcement  à la période trippée de Brian Jones avec ses musiciens de Joujoka avant que celui-ci ne sombre irrémédiablement dans l’excès. « Cold Was The Ground » sonne comme un bouzouki branché certainement sur une Big Muff. Les Limiñanas ont le chic pour trouver les combinaisons instrumentales sortant de l’ordinaire et ça paye. Les perpignanais ont séduit l’Amérique avec leur son sixties pop garage  inclassable mais non moins classieux. « Rosas » nous emmène encore dans des rythmiques et des sons hispano-arabes. Un mélange des cultures du plus bel effet. Les parties de wah-wah sont terribles couplées à la fuzz toujours présente.
 

Lionel Liminanas Marie Liminanas


Rayon pop, « Votre coté yéyé m’emmerde » aurait inondé les ondes radiophoniques s’il était sorti dans les années 60. Chez les Limiñanas, l’alternance entre la voix masculine et la voix féminine fonctionne à merveille. Ecoutez attentivement les paroles : « Lets’ take a trip, je lis Dig It ! ». Ces gens là ne peuvent pas être foncièrement mauvais. Encore un fois, les orchestrations sont superbes et les deux Limiñanas ont fait un boulot terrible. Un morceau comme « Bb » est furieusement festif. La partie pop prend le dessus et on a envie de se déchaîner sur ces rythmes enflammés. Le morceau fun de l’album. Ce truc ouvre des possibilités en concert pour des versions de plus d’un quart d’heure avec public en folie. Irrésistiblement entraînant. On les a déjà vus, live, mettre le feu au Printemps de Bourges. Avec les titres de ce nouveau Costa Blanca, les prestations sur scène devraient être de très haute volée.

Mais les Limiñanas ont plusieurs cordes à leur arc. Un son plus fuzz sur l’intro de « Alicante » nous rappelle que Lionel a connu des choses plus violentes musicalement et ne les renie pas. Orgues et synthés créent une ambiance que Syd Barrett aurait appréciée s’il avait vécu un peu plus longtemps. « Alicante » aurait pu dignement figurer sur le Piper At The Gates Of Dawn entre « Astronomy Domine » et « interstellar Overdrive ».
 

Liminanas Groupe


Autre influence importante chez les Limiñanas, la musique de film. La vraie, celle des Morricone, Lalo Schifrin et consort. Ce « I miei occhi sono i tuoi occhi” semble droit sorti d’une bande originale de série anglaise sixties. Le thème n’est d’ailleurs pas sans rappeler certains passages d’Amicalement Votre. Il y a fort à parier que Harry Mancini aurait utilisé ce titre s’il avait du envoyer sa Panthère Rose de Peter Sellers visiter l’Italie. La puissance du message délivré est saisissante même pour qui ne capte pas un traître mot d’italien, ce qui est mon cas. Un morceau différent mais encore un fois très réussi. Morceau plus nuancé, « La Mélancolie » est tout en retenue et les arrangements sont encore une fois au rendez vous. Les harmonies vocales fonctionnent toujours. Une foi n’est pas coutume ce sont les claviers qui portent le morceau.

Pour cloturer l’album, « Liverpool », avec ses lyrics en français raconte une histoire qui pourrait être celle des Limiñanas. A l’écoute des paroles beaucoup de groupes se retrouveront dans cet idéal rock ‘n’ roll que tout rocker qui se respecte souhaite atteindre. La mise en musique de l’histoire est parfaite et nous transporte. On s’imagine comme un pacha dans les avions de la Panam des années 60 et on se prend à rêver. Les Limiñanas réussissent à travers leurs morceaux à créer des univers parallèles où l’on se trouve inexorablement embarqué. Pour moi, le troisième coup de cœur de l’année après Mama Rosin en janvier et Barrence Whitfield il y a deux mois.

On tient donc là un album très bien construit, un album concept a écouter d’une traite pour en retirer toute sa puissance. Des singles potentiels ne manquent pas pour autant avec notamment « Votre Coté Yéyé M’emmerde », « My Black Sabbath » ou « Alicante ». En fait, beaucoup d’autres morceaux mériteraient le traitement du single. C’est certainement là la force de ces Limiñanas qui nous offrent donc un album varié et assez inclassable. Du rock, y en a… De la pop sixties, y en a aussi… Des influences orientales, aussi… Mais à la manière de Jean Lefebvre dans les Tontons Flingueurs, dans la scène de beuverie mémorable, y a aussi autre chose, indéfinissable,  et c’est là que réside l’originalité des Limiñanas. Super album !!!
 

 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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