Sikala – éponyme

Sikala a sorti un album absolument énormissime. Et tout le monde s’en fout. C’est terrible parfois, de tomber sur des albums de cette qualité, tout en sachant qu’ils n’obtiendront pas la reconnaissance qu’ils méritent, mais c’est malheureusement souvent le cas. Cela étant, arrêtons le misérabilisme d’entrée pour nous concentrer sur la musique du groupe bordelais, qui est infiniment plus intéressante qu’ une énième complainte sur l’injustice inhérente au devenir des oeuvres dans les mondes de l’art. Cette formation autoproduite s’y entend en effet comme personne pour écrire une musique difficilement catégorisable, qu’ils ont choisi de désigner comme étant du post-rock, ce qui est la fois bien parce que ça simplifie les problèmes peu passionnants de catégorisation, et pas tout à fait juste étant donné que les influences vont du post-rock au jazz en passant par le progressif. Tout ça pour dire qu’il est particulièrement difficile de dire à quoi la musique de Sikala, assez unique en son genre, peut ressembler, ce qui est en général plutôt bon signe.
 

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Plus rock que The Cinematic Orchestra, plus jazz que Tortoise, plus barré qu’Oceansize… Autant dire que si l’album en a carrément dans le ventre, il ne plaira sans doute qu’aux oreilles les plus aventureuses. Mais pour celles-ci, quel régal ! La richesse de l’album, la liberté de ton, le grand nombre d’instruments utilisés (les classiques du rock, mais aussi de la clarinette, de l’alto (et pas du violon, merci Mr Tuchais), du synthé, des arrangements électro, quand le mixage n’est pas directement mis à contribution pour renforcer l’ambiance) permettent à Sikala de proposer ce qui devient une véritable denrée rare, à savoir de l’inédit (ou presque, mais ne rentrons pas dans les grandes questions branlette genre qu’est-ce que la création). Impossible de savoir où le groupe va nous emmener le long des 10 compositions instrumentales présentes sur son album. Les passages lumineux et aériens qui évoquent Pink floyd succèdent à des passages bien sombres (« Jagharmonist », bam !), quand ce ne sont pas des ambiances intimistes et touchants qui aboutissent à des phases plus torturées. Un savoir-faire qui n’est pas sans rappeler, dans un registre finalement pas si éloigné, la maëstria de Steven Wilson

Car pour retrouver une telle liberté de ton, une telle richesse, remonter aux années 1970 n’est pas du luxe. Pour autant, Sikala n’a rien d’un groupe nostalgique, et des riffs plus groovy ont tôt fait de rappeler que l’album a tout à fait sa place en 2013. Etonnant d’entendre des boucles qui ne sont pas sans rappeler Tool ou le math-rock réhaussées d’un solo de clarinette (« Doudoudidon »). Jouissif de voir le groupe enchaîner avec une piste planante plus proche d’une bande originale que d’autre chose. Mortel de les voir poursuivre avec un titre au moins aussi barré que si King Crimson avait décidé de réactualiser sa musique sur l’incroyable montée en puissance de « Mélo », qui explose en un crescendo venu d’ailleurs que ne renieraient nullement les maîtres du progressif (cette voix finale qui renverrait presque au travail de Thierry Balasse et de la Compagnie Inouïe) !

Bien sûr, la tonalité globalement un peu sombre ne plaira pas à tout le monde, l’absence de mélodies catchy en rebutera certains, tout est affaire de goût. Mais si les références précédemment citées vous parlent, ne réfléchissez plus et foncez. Foncer, bien sûr ! Mais où ça ? Car le seul véritable point noir de Sikala semble être leur manque de savoir-faire en matière de comm’. Pour tout vous dire, j’avais reçu cet album il y a bien longtemps, et j’attendais le retour d’une interview à laquelle le groupe avait accepté de répondre. N’ayant rien reçu, je me demandais si le projet était toujours d’actualité. Et voilà-t y pas qu’ils envoient une nouvelle vidéo live de longs mois plus tard ! Désolé pour la chronique en retard les amis. Bref, tout ça pour dire qu’il n’est pas très facile de trouver des infos sur le groupe. Pourtant, le jeu en vaut tellement la chandelle ! Tout n’est pas perdu pour vous, chers lecteurs et auditeurs, puisque les liens utiles se trouvent en bas de cette page. Mais qu’il est dur de constater que les meilleurs musiciens sont rarement les meilleurs business-men. Parce que niveau musique, quelle claque ! 

Voici donc le myspace du groupe

Et puis aussi leur Facebook


NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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